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A Houat et Hoëdic (56), l’eau potable demeure une ressource sensible et fragile

A une trentaine de kilomètres au large de Quiberon, les îles de Houat et Hoëdic sont des joyaux qui attirent les visiteurs de passage. L’été, la population peut ainsi être multipliée par 30 !

Pourtant, vivre à l’année sur ces bouts de cailloux isolés du continent relève de la gageure. La Loi Littoral impose ses règles, les coûts de construction sont 30 % plus chers et l’activité insulaire ne permet pas de garder des jeunes sur le territoire. La preuve, la tendance démographique est à la baisse, le développement urbain réduit à son minimum.

Pour les élus, l’objectif demeure de pérenniser les infrastructures existantes sans chercher à les développer. Et de continuer d’apporter aux résidents un service de qualité, notamment dans la distribution d’eau, tout en adoptant une stratégie globale d’économie de la ressource.

Entretien avec Yann Bufferand et Roland Gastine

Parole de collectivité
Roland Gastine, Vice-président AQTA en charge de l’eau et de l’assainissement et Yann Bufferand, Directeur Cycle de l’Eau à AQTA - Crédit photo : Banque des Territoires
Distribution de l’eau

Ce projet est présenté par :

  • Roland Gastine, Vice-président AQTA en charge de l’eau et de l’assainissement
  • Yann Bufferand, Directeur Cycle de l’Eau AQTA
La télérelève, en test sur Houat, doit permettre de mieux préserver la ressource en eau.
Roland Gastine

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Contraintes insulaires

Impactées par le dérèglement climatique, Houat et Hoëdic sont en première ligne de la prévention sécheresse. Fragiles et sensibles à la ressource en eau, ces îles du Ponant sont difficiles d’accès dès lors qu’il s’agit d’intervenir en urgence, les équipes techniques étant sur le continent. « Organiser un chantier sur l’île nécessite de l’anticipation, un déplacement à la journée en raison des horaires de bateaux, le risque d’annulation en plein hiver. Par ailleurs, la station d’épuration se trouve éloignée de la gare maritime – alors même qu’il n’y a pas ou peu de véhicules sur l’île - ce qui implique des contraintes supplémentaires en termes d’acheminement et de stockage de matériel », reconnaît Yann Bufferand.

Stockage tampon et modernisation du réseau

Houat est dotée de trois forages qui prélèvent en permanence 8 m3 d’eau par heure. Objectif ? Ne jamais descendre en dessous du niveau de l’eau souterraine, d’une part pour éviter les entrées d’eau de mer, et d’autre part pour être certain d’avoir suffisamment d’eau pour la saison estivale suivante. Ce débit minimal toute l’année permet de stocker une eau brute dans un réservoir de 6 000 m3 à Hoëdic et 12 000 m3 à Houat, qui sera traitée avant distribution sur le réseau, pour une capacité de 100 à 180 m3 par heure. « Ce stockage est essentiel car il permet d’assurer les pics de consommation estivaux », reconnaît Roland Gastine. Un stockage tampon qui protège également les forages et la qualité de la ressource. Car la principale problématique des îles du Ponant reste la consommation d’eau très saisonnière. « Les îles sont dépendantes de la pluviométrie. Aussi, les périodes les plus complexes à gérer sont de septembre à octobre, après la saison et avant la régénération par une pluviométrie soutenue », souligne Yann Bufferand.

Compétent dans la production et le transport d’eau potable, le syndicat Eau du Morbihan est très attentif à la situation des îles d’Houat et Hoëdic, dont la production et la distribution d’eau potable est très sensible. « Comme nous ne sommes pas reliés au continent, il est impératif de sécuriser les forages sur les îles », indique Françoise Jehanno, directrice d’Eau du Morbihan. « Nous profitons de l’hiver, des mois de décembre à mars pour recharger les nappes souterraines. Nous prélevons de la ressource et stockons cette eau pré-traitée sur bâche avant de l’utiliser durant la haute saison, après désinfection. L’enjeu est de faire en sorte que le stock soit plein avant la saison d’été ». Le taux de chlorure est surveillé. Et si les nappes bénéficient d’une bonne protection naturelle, il faut éviter la surexploitation des forages pour les préserver.

Ainsi, chaque fuite ou surconsommation possède un impact direct sur une ressource non abondante. Aussi l’une des missions essentielles d’AQTA est de moderniser le réseau de distribution d’eau potable, afin de préserver le patrimoine, limiter ces fuites et assurer la performance du service. Vieilles de plus de 50 ans, les canalisations de Houat et Hoëdic ont ainsi été renouvelées ces dernières années. A Houat, ce renouvellement a été finalisé pour un budget de l’ordre de 2,1 M€ porté par AQTA.

La télérelève, un outil au service de la préservation de la ressource

Le renouvellement du contrat de distribution auprès de la SAUR, opérateur de distribution, a permis de mettre en place un nouvel outil au service de la préservation de la ressource. La télérelève doit permettre de détecter les fuites et les surconsommations pour les éviter. « Il s’agit d’un compteur disposé au sein de chaque branchement, qui permet de faciliter la transmission de données concernant les consommations d’eau », précise Yann Bufferand. « Dès que la consommation excède 1 m3 sur la moyenne des trois derniers jours, l’usager reçoit une notification et cela lui permet d’agir rapidement pour résoudre le problème, le cas échéant. Ce paramétrage est modifiable. » L’habitat d’Houat et Hoëdic est essentiellement occupé par de la résidence secondaire. Des propriétaires qui vivent loin de leur logement et ne ferment pas toujours leur compteur d’eau en partant. L’alerte sur l’application de la SAUR permet alors de réagir avant la saison suivante, de ne pas laisser une fuite d’eau perdurer pendant huit à dix mois. « Outre la possibilité d’action immédiate sur une possible fuite d’eau, la télérelève permet également d’évaluer le volume d’eau consommé sur une période », poursuit Yann Bufferand. Si la télérelève est en phase de test sur Houat, AQTA lancera une réflexion sur son déploiement à l’échelle de la communauté de communes.

En plus du compteur de télérelève, la SAUR a pu installer six compteurs de sectorisation sur Houat, permettant d’intervenir plus efficacement sur les fuites du réseau de distribution. « Un suivi quotidien assure ainsi une veille en cas de dérive de la consommation par tronçon », ajoute Yann Bufferand. A cela s’ajoute un suivi spécifique des grands consommateurs d’eau que sont les campings municipaux. Enfin, une vanne générale est également installée à l’entrée du réseau, en sortie de production, afin de limiter la distribution d’eau en cas de fuite de grande ampleur.

Une action de sensibilisation auprès des résidents

Pour parfaire cette approche responsable de la ressource en eau sur les îles, les maires des communes d’Houat et Hoëdic lancent également des campagnes de communication et de sensibilisation. « Nous communiquons beaucoup envers les habitants toute l’année, et plus spécialement en été grâce à des affichettes et des relais via l’application Mon Village », explique Philippe Le Fur, maire d’Houat. « Ici, l’eau vaut de l’or. Aussi, nous demandons à réduire au maximum la consommation d’eau. Nous avons distribué à chaque logement un kit pour économiser l’eau, à installer sur les robinets de la cuisine et de la salle de bain pour réduire le débit. Ces kits sont fournis en amont par AQTA ». Pour compléter ces actions, la commune a supprimé les douches de plage et a installé de nouvelles douches limitées à quatre minutes dans le camping municipal. « Les résidents doivent prendre conscience que nous avons aujourd’hui la chance de bénéficier de trois forages qui pompent l’eau entre 20 et 40 mètres de profondeur.

Mais, avec l’augmentation du niveau de la mer, l’eau salée monte et pourrait s’immiscer dans l’eau douce. Ce qui rendrait notre accès à l’eau potable plus difficile », complète Philippe Le Fur. D’autant qu’une usine de désalinisation d’eau de mer avait été mise en place sur l’île, puis fermée car trop coûteuse en énergie. Si cette hypothèse reste lointaine, la protection de la ressource s’engage dès aujourd’hui. « L’avenir de l’eau sur l’île demande de la responsabilisation de chaque instant », assure l’édile.

Comment le projet de la télérelève s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Les travaux de rénovation et de modernisation des canalisations de Houat et Hoëdic devenaient nécessaires. Le rôle d’AQTA est de préserver la ressource et de faire en sorte que le patrimoine soit optimisé. Nous avons profité du renouvellement du contrat d’exploitation avec la SAUR, qui court jusqu’en 2033 désormais, pour entreprendre ces opérations de modernisation. Nous avons décidé d’y adjoindre un nouveau service de pilotage intelligent avec la télérelève et les compteurs sectorisés permettant une meilleure maîtrise de la distribution d’eau, chez l’usager, le long des tronçons de distribution ou au début du réseau de distribution.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Il s’agit d’une réflexion globale visant à limiter la surconsommation d’eau. Les élus ont pris conscience de l’importance de préserver la ressource en eau, et cela passe par le maintien en bon état des canalisations, notamment pour maîtriser les fuites. Même si AQTA connaît 91 % de bon rendement en matière de distribution d’eau potable, les efforts doivent être maintenus.

Nous avons observé comment Belle-Île et Groix s’organisaient, notamment, et avons découvert différents retours d’expérience. Par ailleurs, le personnel technique, ici, qui a travaillé pour d’autres collectivités, continue de renforcer l’expertise interne.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

L’expertise concerne la gestion des transports et la logistique. Une maîtrise du savoir-faire est essentiel afin de limiter les impacts environnementaux. Cette mission nécessite par ailleurs beaucoup d’anticipation afin de réserver longtemps à l’avance les barges qui feront transiter matériaux et matériels sur les îles, pour les phases de travaux, d’essais et d’exploitation. Il faut avoir conscience que des travaux coûtent 30 % plus chers sur les îles que sur le continent. Il faut pouvoir maîtriser ces plus-values.

Concernant l’adhésion des citoyens, le projet s’est construit avec eux. En effet, les iliens craignent de ne pas être suffisamment accompagnés. Aussi, ils sont ravis que nous investissions pour leur territoire. L’accueil a été très positif.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

L’estimation des besoins était déjà réalisée par le bureau d’études interne d’AQTA. Comme les territoires d’Houat et Hoëdic ne présentent pas de fort développement urbain et que l’objectif est de maintenir et de préserver les infrastructures existantes, il n’a pas été nécessaire de répondre à d’importants besoins supplémentaires.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement a été réalisé par fonds propres.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Aux côtés d’AQTA, les partenaires de ce projet sont :

  • Les municipalités d’Houat et Hoëdic,
  • Le syndicat départemental de l’eau, Eau du Morbihan
  • La SAUR, acteur de la production, distribution d’eau potable et traitement des eaux usées.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Il est impératif de bien s’approprier le fonctionnement du réseau et les installations concernées par le déploiement d’un tel dispositif. Lorsqu’il s’agit d’un projet insulaire, il faut également avoir conscience des contraintes d’approvisionnement et des surcoûts engendrés par le caractère isolé du territoire. Cela nécessite une organisation logistique et une anticipation stricte.

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Le projet en détails

Dates clés

2022

Début des travaux de modernisation du réseau de distribution d’eau à Houat et Hoëdic

2023

Déploiement télérelève à Hoëdic

2025

Fin des travaux de modernisation

2025

Déploiement télérelève à Houat

Chiffres clés

8

km de réseau de canalisation présents sur l’île d’Houat

234

branchements à Hoëdic

16 500

m3 de volumes d’eau consommés à Houat en 2024

À retenir

La garantie d’une maîtrise et d’un bon suivi des consommations d’eau

L’accompagnement des élus, engagés et facilitateurs

La difficulté d’intervention dans des rues étroites et sur un sol rocheux

Ressources

A Houat, les réseaux d’assainissement et d’eau potable rénovés

ouest france

Gestion de la rareté de la ressource en eau dans la perspective du changement climatique

ahsp

Les partenaires de ce projet

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Eau du Morbihan

SAUR

SAUR

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Commune de Houat

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Commune de Hoëdic

En savoir plus sur Houat et Hoëdic

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335

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