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Renaturation du Lac Vert (65) : huit hectares rendus au Gave de Pau et à la biodiversité

À quelques kilomètres en amont de Lourdes, un ancien site de loisirs s’est mué en laboratoire grandeur nature pour la renaturation des rivières. Sur huit hectares rendus au Gave de Pau, les toboggans et autres piscines ludiques ont laissé place à des zones humides où ont réélu domicile la faune et flore locale.

L’objectif ? Redonner vie à la rivière, restaurer ses milieux aquatiques et renforcer la résilience face aux crues. Fruit d’une coopération exemplaire entre le syndicat mixte du Pays de Lourdes et des Vallées des Gaves, les propriétaires de la base de loisirs, les collectivités locales, l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, la région Occitanie, la Fondation des pêcheurs et la Fédération pour la pêche et la protection du milieu aquatique des Hautes-Pyrénées, ce projet chiffré à un million d’euros illustre comment l’ingénierie écologique réconcilie prévention des inondations et préservation de la biodiversité.

Entretien avec Hélène Sazatornil, responsable du service Gestion des milieux aquatiques et directrice du SPANC

Parole de collectivité
Mickaël Sansas, technicien rivière au PLVG et Hélène Sazatornil, responsable du service Gestion des milieux aquatiques, directrice du SPANC au PLVG - Crédit photo : Laure Buquet et Hélène Sazatornil
Gestion des milieux aquatiques

Ce projet est présenté par :

  • Hélène Sazatornil, responsable du service Gestion des milieux aquatiques, directrice du SPANC, Pays de Lourdes et des Vallées des Gaves (PLVG)
Sans les financements publics, jamais les collectivités locales n’auraient pu financer ce million d’euros pour rendre ces milieux à la nature.
Hélène Sazatornil

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda du Pays de Lourdes et des Vallées des Gaves ?

En juin 2013, la crue du Gave de Pau a lourdement endommagé les équipements de la base de loisirs du Lac Vert, installée à proximité et en contrebas des communes d’Agos-Vidalos et de Geu. Pour les propriétaires –trois frères– c’était un gros coup dur. Ils se sont longuement interrogés sur la remise en état de leur outil de travail mais le montant des travaux dépassait leurs capacités financières. Comme nous étions en contact régulier avec eux et que l’intérêt du site était manifeste en matière d’espaces naturels à reconquérir, nous avons commencé à imaginer comment l’aborder. L’objectif était d’essayer de répondre aux enjeux de chacun. Puis, en 2016, l’Agence de l’Eau Adour-Garonne et la région Occitanie ont lancé un appel à projets « Valorisons et restaurons les zones inondables ! ». Nous avons candidaté et notre projet de renaturation visant à redonner au Gave de Pau sa dynamique naturelle et une zone d’expansion en cas de crue, a été retenu. Le site est désormais ouvert aux promeneurs et aux pêcheurs qui peuvent s’y rendre toute l’année. Tout un cheminement pédagogique matérialisé par des panneaux relate l’histoire du Lac vert, les étapes de sa renaturation et l’écosystème en présence.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous n’avions jamais mené de projets de cette nature ni de cette ampleur sur le territoire. Pour Mickaël Sansas, technicien rivière du PLVG qui a aussi suivi le projet, comme pour moi, c’était une première. Néanmoins, la GeMAPI est l’une des compétences du PLVG. À ce titre, renaturer, préserver les lits mineur et majeur des rivières et leurs milieux associés pour filtrer les eaux, favoriser l’épanouissement de la flore et de la faune, et bien-sûr ralentir les crues pour limiter le risque inondation, sont au cœur de nos missions. Le principe de ce projet partenarial est la mise en avant de solutions de gestion des cours d’eau fondées sur la nature. En pratique aujourd’hui, ce principe fonctionne mieux que ce que nous avions imaginé en théorie, sur le papier ! Ces impacts, nous les évaluons dans le cadre d’un suivi adapté et précis du fonctionnement hydraulique et de la biodiversité sur une période de 10 ans. Le site est intégré au « Réseau de sites pilote » porté par l’Agence de l’Eau visant à évaluer les solutions fondées sur la nature.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Les bureaux d’études nous ont accompagnés sur la partie technique pour définir différents scenarii capables de répondre aux différents enjeux. Par ailleurs, nous avons mené Mickaël et moi un gros travail de concertation avec les trois frères, qui nous a beaucoup mobilisés. Voir détruire l’outil de travail qui avait été le leur pendant toute une vie n’a pas été simple. Dès le départ, nous avons privilégié l’entente, sans quoi ils se seraient braqués alors même que nous avions besoin les uns des autres pour mener ce projet à bien. La négociation du foncier a été âpre jusqu’à ce que nous trouvions un compromis, y compris pour reloger l’un des frères qui vivait dans l’un des chalets installés sur place et qu’il a fallu démonter. C’était un arrachement pour eux. Tout cela peut sembler anecdotique mais dans les faits, chaque point bloquant retardait à chaque fois de quelques mois l’issue du projet. Les dénouer faisait partie de notre rôle qui était aussi de coordonner le projet avec les financeurs et les partenaires.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Une étude de faisabilité a été réalisée en 2018 par un groupement d’entreprises composé de Casagec Ingénierie, El Paysage et Alios, experts sur différentes thématiques : hydromorphologie, études des sols, renaturation, valorisation. Son travail a consisté en l’étude de différents scenarii d’aménagements pour limiter le risque de « capture » du grand lac, une ancienne gravière profonde de plus de douze mètres. En effet, en période de crue, le Gave de Pau pourrait être tenté de le rejoindre et s’y décharger de tous ses matériaux (galets, graviers, gros blocs, sables et limons) alors même que le secteur est déjà en déficit. A force, le Gave de Pau risque de s’enfoncer, de s’inciser ; ce que nous voulons éviter à tout prix. Le scenario que nous avons choisi permet une recharge en matériaux fins, au fil des crues, qui viendra combler progressivement le grand lac pour limiter les conséquences d’une capture complète si elle devait surgir. Plusieurs modèles hydrauliques ont été étudiés en amont pour définir la quantité d’eau à réintroduire et donc, la capacité et l’altitude de la cote du déversoir mis en œuvre à cet effet. La maîtrise d’œuvre a été confiée au bureau d’étude SCE Aménagement et Environnement, chargé de dimensionner les travaux de restauration du site. Réalisés par l’entreprise Soares, ils ont consisté à démanteler les installations de l’ancienne base de loisirs, à supprimer ou à reprendre des ouvrages semi-naturels, améliorer les connexions hydrauliques ou encore à restaurer un hectare de zones humides sur la partie remblayée.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

L’acquisition, les études et les travaux ont coûté 1 million d’euros hors taxes, que l’Agence de l’Eau Adour-Garonne et la région Occitanie ont respectivement financés à hauteur de 55% et 12%. Le PLVG et la Fondation des pêcheurs ont financé le solde.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Notre référente locale de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne nous a mis en relation avec la Fondation des pêcheurs dont la vocation est d’acquérir des territoires d’eau, comme celui du Lac vert, un peu partout en France, pour les restaurer et les valoriser. C’est cette dernière qui est devenue propriétaire du foncier, avec un accompagnement financier de l’Agence et de la Région, tandis que la gestion et l’animation du site ont été déléguées par convention à la Fédération pour la pêche et la protection du milieu aquatique des Hautes-Pyrénées. Des parcelles communales ont, quant à elles, été cédées à titre grâcieux par les communes d’Agos-Vidalos et de Geu.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le premier conseil, c’est de réunir dès le départ, l’ensemble des parties prenantes : les propriétaires du site, les communes et les partenaires financiers. Tous ont pu exprimer collectivement leurs attentes vis-à-vis du projet. Mais derrière les aspects techniques énoncés par les communes et les partenaires financiers, il a fallu comprendre l’enjeu humain, les inquiétudes, les points de blocage. C’est à force d’échanges avec les propriétaires que nous les avons clairement cernés. Ils n’ont pas été posés sur la table d’emblée et pourtant, ils auraient pu mettre un coup d’arrêt au projet. L’écoute constructive a été capitale.

Enfin, il est important de pouvoir s’adapter en phase travaux. Par exemple, la nappe phréatique estimée à 2 mètres sur les modèles hydrauliques, n’était pas forcément à cette profondeur quand on a sondé le sol ! Idem aux abords des zones humides, nous n’avions pas prévu de planter initialement mais la sécheresse et l’ensoleillement nous ont convaincus du contraire. Il a fallu y aller à tâtons, improviser et s’adapter.

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Le projet en détails

Dates clés

2016

Réponse à l’appel à projets de l’Agence de l’eau Adour-Garonne + région Occitanie

2017

Travail de concertation avec les parties prenantes

2018 - 2019

Étude de faisabilité / maitrise d’œuvre

2020 - 2023

Acquisition / Travaux / Inauguration / Sensibilisation / Gestion

Chiffres clés

4 000

m2 de zone bétonnée désimperméabilisée

150

tonnes de déchets traités (plastiques, ferrailles, anciens réseaux …)

9 000

m3 de matériaux décaissés et réinjectés dans le grand lac

À retenir

Un projet mené à bien et qui réussit à satisfaire les attentes respectives des différentes parties prenantes

Une réalisation qui fonctionne d’un point de vue hydraulique et environnemental

Des financements publics majoritaires sans lesquels le projet de renaturation n’aurait pu avoir lieu

Ressources

Renaturation du lac vert : un nouvel espace naturel pour le gave de Pau

Eau Grand Sud-Ouest

Renaturation du Lac Vert

PLVG

Les partenaires de ce projet

Agence Adour Garonne

Agence de l'eau Adour-Garonne

La-region-occitanie

Région Occitanie

logo-fondation-pecheurs

Fondation des Pêcheurs

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Commune d'Agos-Vidalos

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Commune de Geu

Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

Alios Ingénierie

En savoir plus sur le syndicat du Pays de Lourdes et des Vallées des Gaves

communes couvertes

85

EPCI membres

2

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