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Sarlat et le changement climatique : la place du ruisseau urbain (24)

Au collège La Boétie de Sarlat, un projet pédagogique ambitieux a mobilisé des élèves de 6e dans une exploration complète de la Cuze, petit cours d’eau oublié mais essentiel à la compréhension des risques climatiques locaux.

Les élèves ont imaginé des solutions de renaturation, de création d’îlots de fraîcheur et de réaménagements urbains, à partir de recherches d’archives, de rencontres avec des spécialistes, de visites urbaines et d’un diagnostic sur les risques d’inondations.

Présentées aux acteurs territoriaux, leurs propositions s’inscrivent dans une démarche citoyenne visant à mieux préparer l’avenir climatique de Sarlat et à reconnecter la ville avec son milieu naturel.

Entretien avec Frédéric Fournier, professeur d’histoire-géographie au collège la Boétie

Parole de collectivité
Frédéric Fournier, professeur d’histoire-géographie au collège la Boétie à Sarlat - Crédits photo : Frédéric Fournier
Gestion des milieux aquatiques

Ce projet est présenté par :

  • Frédéric Fournier, professeur d’histoire-géographie au collège la Boétie à Sarlat.
Ce projet s’inscrit dans une démarche de pédagogie citoyenne : les élèves seront demain des habitants, voire des décideurs locaux.
Frédéric Fournier

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le projet est né d’un constat simple : la plupart des habitants, comme les collégiens, ignorent totalement l’existence de la Cuze, un cours d’eau pourtant situé à quelques mètres de leurs lieux de vie. Cette « amnésie environnementale » m’a frappé. En parallèle, les effets du changement climatique deviennent de plus en plus visibles à Sarlat : îlots de chaleur importants dans une ville médiévale très minérale, hivers plus secs, orages estivaux violents… Autant d’éléments qui demandent une profonde réflexion sur les risques d’inondation et la gestion de l’eau.

Pour que les élèves comprennent mieux ces enjeux, il m’a paru essentiel de leur montrer comment ce territoire a évolué et comment le ruisseau a progressivement disparu du paysage urbain. La Communauté de communes a d’ailleurs récemment désimperméabilisé un ancien parking en zone de débordement de crue, à seulement 75 mètres du collège. Ce type d’aménagement, visible et concret, était le point d’entrée idéal pour initier une réflexion pédagogique sur la place de l’eau dans la ville.

Le sujet s’est donc naturellement inscrit dans le calendrier. il permettait d’articuler mémoire du territoire, enjeux climatiques actuels et démarche citoyenne. L’objectif était de transmettre aux élèves une vraie culture environnementale, tout en leur donnant les clés pour comprendre et imaginer la ville de demain.

Comme dans tout projet à dimension écologique, l'adhésion au projet est fondamentale, a fortiori pour les élus et aménageurs, fréquemment confrontés à l'incompréhension voire même la défiance des administrés. D'une certaine manière, ce projet permet d'impliquer la population qui sera, sans doute, plus réceptive aux aménagements à venir.

Lutter contre l'amnésie environnementale est important, tout comme préparer les esprits aux mutations, à leurs coûts et aux travaux qui redessinent la ville. D'où la volonté de maintenir les activités en même temps que la transformation écologique.

Les échanges avec les familles l'ont confirmé : le projet a un impact social qui dépasse largement le cadre scolaire.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous avons pu nous appuyer sur un partenaire de premier plan, Epidor, qui mène depuis plusieurs années des projets de renaturation dans la vallée. Leur travail a été une source d’inspiration pour réfléchir à la réintroduction de la nature dans un centre urbain aussi dense et touristique que celui de Sarlat. Je tenais à montrer aux élèves comment ces démarches, souvent observées en zone rurale, pouvaient être transposées en ville. Nous avons également pu compter sur l’expertise de la Communauté de communes, responsable de la gestion du ruisseau.

Les programmes scolaires de 6e ont également fourni un bon levier pédagogique : le thème « Habiter » - se déplacer, se loger, se rencontrer, exercer des activités - offrait une grille de lecture idéale pour aborder la transformation d’un espace urbain. Les élèves étaient invités à proposer des solutions réalistes, respectant ces quatre dimensions : maintenir l’activité commerciale, ne pas supprimer les places de stationnement nécessaires, créer des îlots de fraîcheur, améliorer la qualité de vie.

Nous avons aussi consulté des ressources d’Aquagir, d’Epidor, de l’Agence de l’eau, ainsi que des publications scientifiques et des fiches thématiques adaptées au niveau des élèves. Ces contenus ont permis d’alimenter notre réflexion avant leur passage à la phase de conception. C'est un socle de connaissances pour imaginer des aménagements conciliant enjeux écologiques, pratiques urbaines et patrimoine historique.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co construit avec eux ?

Ce projet a demandé un important travail de recherche et de documentation. J’ai d’abord consulté les archives municipales et départementales, en particulier le cadastre de 1830, pour retracer le cours originel de la Cuze et comprendre comment les différentes étapes de sa canalisation. Je me suis également appuyé sur des ouvrages d’historiens et des données sur l’évolution des quartiers, la disparition des zones humides et les aménagements successifs.

Ensuite, nous avons mené un repérage sur le terrain afin d’identifier les traces encore visibles du ruisseau et de documenter ces zones. La collaboration avec la documentaliste du collège s'est révélée précieuse pour sélectionner des ressources accessibles aux élèves, sans jargon technique, tout en gardant le corpus scientifique.

Ce projet avait aussi une ambition citoyenne forte. Les élèves ont été placés au cœur de la démarche et encouragés à proposer des transformations concrètes pour la ville.

Leurs idées ont ensuite été présentées à des techniciens et experts du territoire. Cette dimension participative valorise leur vision de l’espace urbain et renforce leur compréhension des enjeux écologiques. Les adolescents ont une sensibilité particulière aux questions de climat et d’eau : leur regard, souvent plus audacieux, complète celui des adultes et nourrit une véritable culture citoyenne.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

En tant qu’enseignant, mon objectif n’était pas de réaliser une étude de faisabilité technique, mais de proposer un projet immersif pour aider les élèves à mieux comprendre leur environnement et à imaginer des solutions. Ils avaient carte blanche pour proposer des aménagements, sans être limités par les contraintes techniques qui relèveraient d’une collectivité. L’essentiel était d’encourager leur créativité et leur capacité d’analyse.

Ce projet s’inscrit dans une démarche de pédagogie citoyenne : les élèves seront demain des habitants, voire des décideurs locaux. Il est donc essentiel qu’ils développent leur capacité à évaluer un espace, à comprendre les logiques territoriales et à identifier ce qui peut être amélioré. Ils ont d’ailleurs commencé par analyser l’environnement immédiat du collège et ont proposé des actions pour réduire son impact écologique.

Ils ont, par exemple, imaginé l’installation de cuves enterrées pour récupérer l’eau de pluie à destination des habitants. Ce type de proposition montre que les jeunes ont une perception très concrète des enjeux liés à l’eau.

L’objectif n’était pas de pré-dimensionner des travaux, mais de former des citoyens capables de raisonner sur leur cadre de vie, d’imaginer, d’argumenter et de proposer.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le projet n’a nécessité aucun financement particulier. Il s’est appuyé principalement sur des ressources humaines et pédagogiques. Les techniciens de la Communauté de communes, la mairie de Sarlat et un élu du Département ont apporté leur expertise et participé aux temps d’échange avec les élèves. Aucune dépense matérielle n’a été engagée, ce qui montre qu’un projet éducatif peut être mené avec peu de moyens, dès lors que les acteurs locaux sont mobilisés et que les élèves sont encouragés à explorer leur environnement.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

La restitution finale des travaux a réuni plusieurs spécialistes du territoire. Les élèves ont présenté leurs propositions devant David Guigue, technicien de la Communauté de communes, Olivier Guerri, directeur adjoint d’Epidor, Lydie Riera, chargée de mission ainsi qu'un représentant du Département.

Durant 2 heures, chaque binôme a exposé son projet, et débattu avec des professionnels.

D’autres intervenants ont contribué à enrichir la démarche comme Emmanuel Joussein, géologue-hydrologue (Université de Limoges – laboratoire Aclimaterra), qui a donné une conférence sur les risques climatiques locaux.

Deux autres experts sarladais, Cédric Fagot (qualité de l’eau) et Yannick Lenglet (végétal, faune, biodiversité), sont également intervenus.

Aujourd’hui, le projet est transmis à la Communauté de communes, qui envisage d’en faire une exposition pour valoriser le travail des élèves.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Un projet de ce type peut être idéalement porté par un Conseil municipal des jeunes ou par les éco-délégués, désormais présents dans les collèges et lycées. Leur regard sur la ville est souvent plus aiguisé et plus pragmatique que celui des adultes. Ils abordent les problèmes environnementaux avec une grande maturité et une conscience aiguë des enjeux climatiques.

L’essentiel est de créer un cadre permettant aux jeunes de s’exprimer, de comprendre les contraintes techniques et réglementaires, mais aussi de proposer des solutions novatrices. Leur créativité est une vraie richesse pour les collectivités. Même si tous les projets qu’ils imaginent ne sont pas réalisables immédiatement, ils nourrissent la réflexion et ouvrent des perspectives nouvelles.

Le principal défi pour une collectivité concerne la faisabilité technique, la maîtrise foncière et le financement. Mais cela ne doit pas freiner l’implication des jeunes. Ils apportent une vision globale et souvent très juste des besoins du territoire. Leur donner la possibilité d'y contribuer, c’est renforcer la culture citoyenne locale et encourager l’appropriation de la ville par ses futurs habitants actifs.

L’objectif n’est pas de tout réaliser à court terme, mais de créer un espace de dialogue fertile entre jeunes, techniciens et élus, et de faire émerger une dynamique collective autour de la renaturation et de la gestion de l’eau.

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Le projet en détails

Dates clés

Août 2024

Début des recherches d’informations, d’aménageurs ou services techniques susceptibles d’intervenir

Avril 2025

Début du travail des élèves

Juin 2025

Retransmission

Chiffres clés

3

semaines de travail pour les élèves

15 à 20

sites analysés et transformés dans les propositions

110

élèves impliqués (4 classes), ainsi que leurs familles

À retenir

Construction d’une véritable culture citoyenne et écologique, en impliquant les élèves dès le début

Mise en pratique concrète des enjeux environnementaux : renaturation, risques d’inondation, îlots de chaleur, gestion de l’eau

Seul point de vigilance, les contraintes techniques ou foncières qui relèvent de la collectivité, mais cela n’a pas freiné la démarche pédagogique

Les partenaires de ce projet

logo-sarlat-perigord-noir-aquagir

Communauté de communes Sarlat-Périgord Noir

logo-AcclimaTerra-universiteLimoges-aquagir

Université de Limoges – laboratoire Aclimaterra

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