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Mont-de-Marsan (40), une entrée de ville exemplaire dans sa gestion des eaux pluviales

Les avenues Henri Farbos et Sabres composent l'entrée nord-ouest de la commune de Mont-de-Marsan. D'une longueur totale d'environ 1,6 km, cet axe majeur emprunté aux heures de pointe par plus de 500 véhicules a fait l'objet d'un vaste projet de réaménagement.

L'objectif est triple : limiter l'impact environnemental des déplacements, améliorer la qualité de vie des riverains, mais aussi mieux gérer les eaux de ruissellement de voirie par l'utilisation de matériaux et d'équipements innovants.

L'opération doit permettre de réduire le taux d'imperméabilisation de 90 à 65 % et augmenter le taux d'infiltration de 10 à 35 %.

Entretien avec Isabelle de Tauzia et Michaël Labatut

Parole de collectivité
Isabelle de Tauzia et Michaël Labatut, en charge de l'opération de réaménagement de l'entrée de ville nord-ouest de Mont de Marsan - Crédits photo : Banque des Territoires
Prévention des inondations

Ce projet est présenté par :

  • Isabelle de Tauzia, directrice adjointe du pôle technique de la ville et de l'agglomération de Mont-de-Marsan
  • Michaël Labatut, technicien voirie de l'agglomération de Mont-de-Marsan en charge du pilotage de l'opération
Notre projet s'inspire du concept de ville-éponge, un modèle d'aménagement urbain consistant à désimperméabiliser autant que possible la ville.
Isabelle de Tauzia

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Les premières réflexions autour du réaménagement de l'entrée nord-ouest de Mont-de-Marsan remontent à une douzaine d'années. Cet axe a toujours joué un rôle stratégique, à la fois pour l'activité commerciale et le tourisme. Mais il s'était progressivement dégradé. Le bâti, très hétérogène, donnait l'impression d'un laisser-aller, difficile à ignorer. Il n'y avait que de l'enrobée, la chaussée était en mauvais état, les espaces paysagers quasi inexistants, et la piste cyclable servait de parking… À l'époque, le cabinet d'architecture Debarre Duplantiers avait été choisi pour la maîtrise d’œuvre, accompagné par le bureau d'études Infraconcept (aujourd'hui T.S.A. 24, ndlr). Un avant-projet avait été présenté en 2013 aux habitants dans le cadre d'ateliers et de réunions publiques. Faute de financement suffisant, le projet a été mis en pause avant d'être relancé en 2021. Si la maîtrise d’œuvre a été conservée, nous avons retravaillé en profondeur le programme, avec un accent plus marqué sur la problématique des eaux pluviales.

L'axe se compose de deux pentes naturelles, ce qui demande de repenser le retraitement des eaux de part et d'autre. Nous avons donc privilégié, autant que possible, la gestion des eaux en surface, et recherché des solutions favorisant l'infiltration naturelle des eaux pluviales. Avec une triple ambition : prévenir les risques d'inondations ; réduire le volume d'eau retraité ; limiter les risques de saturation du réseau unitaire, et donc de pollution des rivières.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous avons travaillé en lien étroit avec l'Agence de l'eau Adour-Garonne, qui propose aux collectivités des animations dédiées à la gestion des eaux pluviales, mais aussi en étroite collaboration avec les services de l’eau et de l’assainissement rattachés à l’agglomération. Patrice Marboutin, directeur du Cycle de l'eau de Mont de Marsan Agglo, nous a notamment sensibilisés à la « ville-éponge », un concept développé par l'architecte chinois Kongjian Yu qui s'appuie sur des techniques alternatives pour jouer sur les sols, la végétalisation, les revêtements et leur porosité ou leur perméabilité, afin de faciliter l'infiltration des eaux de pluie.

Sur cette base, le bureau d'études T.S.A. 24 nous a ensuite accompagnés dans la mise en œuvre des solutions retenues. Nous avons ainsi créé des noues végétales d'1 ou 2 m de large et de 40 à 50 cm de profondeur, libéré des emprises pour de nouveaux espaces paysagers, aménagé des places de stationnement en dalles engazonnées et installé, sous la chaussée, des cagettes d'infiltration capables de répondre à des pluies trentennales. Nous avons également fait le choix d'expérimenter des bétons poreux bas carbone. Sur ce dernier point, c'est un partenaire avec lequel nous travaillons régulièrement, Les Bétons montois, qui nous a mis en relation avec la start-up landaise Materrup. Celle-ci propose une alternative locale et vertueuse au traditionnel ciment Portland. Son ciment MCC1, à base d’argile non calcinée, permet de fabriquer des bétons structurels bas carbone biosourcés.

Dans la même logique de sobriété environnementale, nous avons été sollicités par l'entreprise française TenCate Aquavia qui nous a convaincus d'adopter une technique alternative de dépollution des eaux de ruissellement. Les cagettes d'infiltration ont ainsi été enveloppées d'un aquatextile, baptisé GeoClean, capable de piéger et de dégrader les hydrocarbures avant infiltration. Cette solution se substitue aux séparateurs à hydrocarbures classiques, qui n'ont pas toujours les effets escomptés.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co construit avec eux ?

Ce type de projets nécessitent avant tout des compétences en VRD (Voirie et Réseau Divers), en espaces verts et dans le domaine hydraulique. En matière de VRD, le chantier est, somme toute, assez classique. En revanche, pour les noues végétalisées, le choix des essences, la taille des arbres ainsi que l'anticipation des risques de déformation de la chaussée liés aux racines, nous nous sommes appuyés sur l'expertise interne des techniciens rattachés au service des espaces verts de la Ville. Pour la gestion des eaux pluviales, nous avons bénéficié des compétences de l'équipe de la direction Cycle de l'eau de l’agglomération montoise.

Concernant l'aquatextile GeoClean, nous ne disposions pas d'expertise spécifique : nous nous sommes assurés que ce matériau soit reconnu et homologué pour le piégeage et la dégradation des hydrocarbures. Avec Materrup, l'approche était différente. Nous avons fait confiance aux certifications, tout en menant plusieurs essais grandeur nature pour valider la teinte recherchée. Nous souhaitions des bétons de couleur ocre, plus réfléchissants, afin de limiter les effets d’îlots de chaleur urbains.

En ce qui concerne l'adhésion des citoyens, nous avons organisé plusieurs réunions publiques avec les riverains, en présence du cabinet Debarre Duplantiers, du paysagiste associé au projet, des élus et d'un responsable du Cycle de l'eau de Mont-de-Marsan Agglo.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

En amont, nous avons surtout mené des études géotechniques. Nous avons également essayé d'estimer l'impact des solutions envisagées sur la gestion des eaux. Cela nous a permis de déterminer plusieurs indicateurs clés : le taux d'imperméabilisation (appelé à passer de 90 à 65 %), le taux d'infiltration (de 10 à 35 %), les volumes de stockage pluvial en casiers et en noues estimé à 1 470 m³, la surface désimperméabilisée (4388 m²)... Pour le reste, il s'agit davantage d'essais menés au cours de la phase des travaux.

Le bon dimensionnement du projet découlait quant à lui essentiellement des contraintes liées aux choix techniques retenus. Il a fallu, par exemple, réduire la largeur de la chaussée pour permettre la création des noues. Nous avons également créé deux pistes cyclables unidirectionnelles en enrobé drainant, ce qui nous a conduits à modifier la largeur des noues. A la marge, nous avons introduit quelques ajustements à l'issue des quatre réunions publiques organisées avec les habitants du quartier. La gestion des eaux pluviales n'a pas suscité de débats particuliers. Les préoccupations portaient surtout sur les usages, la vitesse des véhicules, la sécurité, le stationnement... Certaines remarques formulées par les riverains nous ont ainsi amenés à créer des places de stationnement supplémentaires.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

L'opération a été financée à hauteur de 60 % par des partenaires extérieurs pour un coût global des travaux et de la maîtrise d’œuvre proche de 3,7 millions d'euros HT. L'Agence de l'eau Adour-Garonne a apporté un soutien d'1 million d'euros. La Ville de Mont-de-Marsan a contribué à hauteur de 845 000 €, et Mont-de-Marsan Agglo 790 021,04 €. L’État est intervenu via la dotation d'équipement des territoires ruraux (DETR), pour un montant de 696 600 €. A cela s'ajoutent 301 609 € issus du Fonds Vert, et 136 160,80 € versé par le département des Landes, au titre du contrat de relance et de transition écologique (CRTE).

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Tout au long du projet, nous avons été accompagnés par le Cycle de l'eau et le service de gestion des eaux pluviales urbaines (GEPU) de Mont-de-Marsan Agglo, par l'agence d'urbanisme Debarre Duplantiers,ainsi que le bureau d'études T.S.A. 24. Sur les volets plus innovants, l'entreprise TenCate Aquavia est intervenue pour la mise en œuvre de son aquatextile GeoClean et la start-up Materrup pour ses bétons bas carbone géosourcés.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Les études hydrauliques doivent impérativement intégrer la pluviométrie trentennale, voire décennale, selon la localisation du projet. C'est un préalable indispensable avant de choisir les dispositifs d'infiltration les mieux adaptés. Dans tous les cas, nous conseillons de privilégier les solutions surfaciques, c'est-à-dire des systèmes d'infiltration de surface, en arbitrant à chaque fois sur les coûts et la facilité d'entretien. Ce sont des points de vigilance essentiels car, au-delà du coût de l'aménagement, les traitements surfaciques impliquent, sur la durée, des moyens humains conséquents. À terme, ce sont nos équipes des espaces verts qui auront la responsabilité de l'entretien et de la gestion des noues végétalisées.

L'acceptation du projet par les usagers est une autre question à prendre en compte. Il est indispensable d'engager, très en amont, une concertation citoyenne afin d'expliquer les enjeux environnementaux du projet : le choix d'infiltrer les eaux de pluie près de leur point de chute pour éviter leur renvoi en station ou vers les cours d'eau ; la nécessité de concilier ces différentes problématiques avec les questions de mobilité, de stationnement et d'usages... Nous vivons depuis longtemps dans un modèle de ville ''tout voiture'', et ce n'est pas facile de faire changer les habitudes. Les visites organisées par l’Agence de l’eau sont à ce titre des opportunités à saisir pour écouter les retours des administrés et mieux prendre en compte leurs besoins et leurs attentes.

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Le projet en détails

Dates clés

2013

Lancement des premières études sur le projet de réaménagement de l'entrée de ville

Juin 2021

Reprise du projet et lancement de nouvelles études

Octobre 2023

Démarrage des travaux

Janvier 2026

Réception des travaux de la seconde tranche

Chiffres clés

27 467 m²

de surface des espaces aménagés gérés par des dispositifs de gestion des eaux pluviales

1 470 m3

de volume de stockage des eaux pluviales en casiers SAUL (Structure Alvéolaire Ultra Légères)

370

arbres plantés sur l'ensemble de l'axe, contre 31 arbres seulement avant l'opération

À retenir

Une opération vertueuse de déconnexion des eaux pluviales du réseau unitaire pour réduire considérablement les volumes d'eaux traités en aval en station ou rejetés dans les rivières lors des épisodes de fortes pluies.

Infiltration par systèmes de noues végétalisées et de cagettes d'infiltration enrobées d'un aquatextile innovant permettant de gérer la qualité de l'eau pluviale lors de son infiltration dans le sol en fixant de manière irréversible les hydrocarbures, dont les HAP.

Lors des travaux, rencontre d'un réseau d'eau pluviale pour un poste de refoulement qu'il a fallu conserver, empêchant la pose de cagettes d'infiltration sur une portion de l'avenue Henri Farbos.

Ressources

Requalification de l’entrée nord-ouest de la ville et de l’agglomération

Mont-de-Marsan

Dépollution des eaux pluviales : Mont de Marsan mise sur un aquatextile

Environnement Magazine

Les partenaires de ce projet

Agence Adour Garonne

Agence de l'eau Adour-Garonne

logo-DETR

Dotation d'équipement des territoires ruraux

logo-département-des-landes

Département des Landes

Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

Debarre Duplantiers Associés

T.S.A. 24

TenCate AquaVia

En savoir plus sur Mont-de-Marsan Agglomération

habitants

56 373

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