Montreuil (93), un bassin de rétention contre les inondations par débordement du réseau d’assainissement
Le bassin de rétention de la Fontaine des Hanots de Montreuil vise à limiter les inondations dans un secteur historiquement exposé. Implanté en milieu urbain dense, il permet de stocker temporairement les eaux de pluie lors d’épisodes intenses, puis de les restituer progressivement au réseau afin d’éviter les débordements.
L’ouvrage repose sur un principe de rétention et de ralentissement des flux, sans infiltration, compte tenu des volumes en jeu, de la nature des sols et des contraintes urbaines.
Il s’inscrit dans une stratégie départementale de long terme, fondée sur des diagnostics hydrauliques et un retour d’expérience accumulé depuis plusieurs décennies.





Entretien avec Florence Choquet, François Chaumeau et Benjamin Julien
Ce projet est présenté par :
- Florence Choquet, cheffe du service Études & Travaux (Département de la Seine-Saint-Denis)
- François Chaumeau, chef du service Hydrologie urbaine & Environnement (Département de la Seine-Saint-Denis)
- Benjamin Julien, responsable de projet au sein de la direction de l’Eau et de l’Assainissement (Département de la Seine-Saint-Denis)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet des inondations à Montreuil s’est-il imposé à l'agenda du Département de la Seine-Saint-Denis ?
Florence CHOQUET : Montreuil est une ville confrontée depuis longtemps à des phénomènes de ruissellement très marqués, liés à une topographie pentue et à une urbanisation dense. Lors d’épisodes pluvieux intenses, l’eau s’accumule rapidement dans certains secteurs et met en difficulté le réseau d’assainissement, avec des impacts sur la voirie, les équipements publics et parfois les habitations. Ces situations ont été observées de manière récurrente et documentées par des études hydrauliques menées dès les années 1990. Le secteur de la Fontaine des Hanots fait partie des zones identifiées comme particulièrement sensibles, ce qui a conduit le Département, en partenariat avec l’EPT Est-Ensemble, à engager un projet structurant de gestion des eaux pluviales à cet endroit.
En quoi consiste le projet du bassin de rétention de la Fontaine des Hanots ?
Benjamin JULIEN : Il s’agit d’un bassin de rétention enterré destiné à stocker temporairement les eaux pluviales lors des épisodes de pluie intense. L’objectif est de limiter les arrivées brutales d’eau et de restituer l’eau de manière progressive au réseau, afin de limiter les débordements en aval. L’ouvrage est implanté en milieu urbain dense, à proximité d’équipements et d’habitations, ce qui a nécessité une attention particulière à son insertion dans la voirie et à la prise en compte des réseaux existants. Le bassin et ses équipements ont également été conçus pour réduire, lors des pluies courantes, la pollution rejetée au milieu naturel par les déversoirs d’orage situés en aval.
Comment ce projet s’inscrit-il dans la stratégie départementale de prévention des inondations ?
Benjamin JULIEN : Le bassin de la Fontaine des Hanots s’inscrit dans une stratégie départementale de gestion des eaux pluviales engagée depuis les années 1970 et concrétisée notamment par la construction de 35 bassins. À Montreuil, cette stratégie s’est notamment traduite par la réalisation du bassin Guernica en 2002. Le bassin de la Fontaine des Hanots, construit en amont, vient compléter ce dispositif existant. Le projet repose sur l’analyse d’épisodes pluvieux observés et modélisés, afin d’améliorer le fonctionnement du réseau et de limiter les débordements, dans une logique de cohérence territoriale et de continuité de l’action publique.
Sur quels retours d’expérience ou références techniques le Département s’est-il appuyé pour concevoir ce bassin ?
François CHAUMEAU : Nous nous appuyons en premier lieu sur le retour d’expérience local, notamment celui du bassin Guernica, dont le fonctionnement a été observé et analysé dans le temps. Ces observations ont nourri les études successives et permis d’affiner les hypothèses de dimensionnement. Plus largement, les projets s’inscrivent dans un cadre technique partagé, fondé sur des études hydrauliques, des modélisations numériques du réseau et des principes reconnus de gestion des eaux pluviales en milieu urbain dense.
Quels diagnostics hydrauliques ont été réalisés et comment ont-ils permis de dimensionner l’ouvrage ?
François CHAUMEAU : Les diagnostics reposent sur des études engagées dès les années 1990, régulièrement actualisées. Ils incluent des modélisations du réseau d’assainissement permettant de simuler différents scénarios de pluie et d’identifier les points de saturation. Pour le bassin de la Fontaine des Hanots, ces études ont été complétées par une modélisation plus fine, localisée, afin de représenter précisément le fonctionnement hydraulique du secteur et le rôle des prises d’eau. Ces éléments ont permis de définir le volume de stockage nécessaire pour limiter les arrivées brutales d’eau dans le réseau lors des épisodes pluvieux. Le bassin de rétention déleste le réseau d’assainissement départemental, mais aussi territorial. Le Territoire Est Ensemble a donc financé la moitié de l’ouvrage.
Quels principes techniques ont guidé la conception du bassin ?
Florence CHOQUET : Le gypse, une roche particulièrement présente en Seine-Saint-Denis, peut rendre les sous-sols instables. Ainsi, pour construire le bassin, la DEA a réalisé des injections à 6 mètres de profondeur avec la technique du jet grouting. Ce procédé consiste à forer le sol à l’aide d’un jet haute pression. La terre issue du forage est mélangée à des matériaux durcissant pour créer, sous terre, une structure solide qui maintient la structure.
La DEA fait le choix de la technique de la paroi moulée, qui consiste à créer la coque extérieure du bassin en béton armé. Le sol est creusé, puis de la bentonite est injectée, afin de maintenir les parois et d’y ancrer une armature en fer. À l’intérieur, les ouvriers y coulent enfin le béton qui constitue la paroi moulée.
En raison de la superficie restreinte du terrain, les équipes ont tout d’abord construit le plafond du bassin, dit « dalle de couverture », habituellement réalisé en fin d’opération. Cette dalle a permis aux engins de manœuvrer pendant les travaux et de stocker les matériels nécessaires.
Comment la concertation avec les acteurs locaux a-t-elle influencé le projet ?
François CHAUMEAU : La concertation a joué un rôle déterminant. Le projet a d’abord été envisagé sous un square, mais cette option a suscité une forte opposition des riverains, très attachés à cet espace vert. À l’issue des échanges, un site alternatif a été proposé par les habitants, sur une zone déjà imperméabilisée à proximité d’un gymnase et d’une école. Ce changement de site a conduit à reprendre les études hydrauliques, à repositionner les prises d’eau, puis à reprendre les études de génie civil, ce qui est assez rare pour ce type d’ouvrage. Cela a permis d’aboutir à un projet mieux accepté localement.
Quelles compétences ont été mobilisées pour mener à bien ce projet ?
Florence CHOQUET : Le projet a mobilisé des compétences internes variées au sein du Département, notamment en maîtrise d’ouvrage, études et travaux, hydrologie urbaine et hydraulique. Il a également nécessité une forte capacité de coordination avec la Ville de Montreuil, l’EPT Est-Ensemble, ainsi que des bureaux d’études spécialisés en hydraulique urbaine, mobilisés sur les études et le dimensionnement des ouvrages.
Quels enseignements tirez-vous de cette réalisation ?
Florence CHOQUET : L’un des principaux enseignements concerne l’importance de la concertation et de l’acceptabilité locale. Le changement de site a complexifié le projet, mais il a permis d’aboutir à une solution plus partagée. Sur le plan technique, le projet confirme l’intérêt des bassins de rétention comme outils efficaces de gestion du ruissellement, à condition de s’appuyer sur des études solides et une bonne connaissance du fonctionnement des réseaux.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres collectivités souhaitant réaliser un bassin de rétention en milieu urbain dense ?
Florence CHOQUET : Il est essentiel de bien comprendre le fonctionnement hydraulique du territoire, de s’appuyer sur des diagnostics approfondis et d’accepter que la concertation puisse conduire à revoir certaines hypothèses. Les bassins de rétention sont des ouvrages efficaces, mais ils doivent s’inscrire dans une stratégie globale de gestion des eaux pluviales et être pensés sur le long terme.
Cela suppose de ne pas raisonner ouvrage par ouvrage, mais à l’échelle d’un bassin versant urbain, en tenant compte de la topographie, de l’évolution des usages, de l’imperméabilisation et des effets attendus du changement climatique. Il est également important d’anticiper les contraintes d’insertion en milieu dense, la présence des réseaux existants et les conditions d’exploitation future.
Enfin, partager les retours d’expérience est un levier précieux. Ouvrir les ouvrages à la visite, expliquer les choix techniques, les difficultés rencontrées et les enseignements tirés du fonctionnement réel permet d’enrichir les projets d’autres collectivités. Cette mise en commun des expériences contribue à faire progresser collectivement les pratiques de prévention des inondations et d’adaptation des territoires aux pluies intenses.
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Le projet en détails
Dates clés
1996 - 1998
2002
2011
2024
Chiffres clés
21 500
2024
28
À retenir
Une réduction significative du risque d’inondation par débordement du réseau d’assainissement grâce au stockage temporaire des eaux pluviales, ce qui limite les arrivées brutales d’eau dans le réseau
Une intégration réussie en milieu urbain dense, rendue possible par une coordination étroite entre le Département, la Ville, l’intercommunalité et les partenaires techniques
Une concertation locale délicate, ayant conduit à un changement de site et à la reprise de certaines études, avec des impacts sur le calendrier et l’ingénierie du projet
Ressources
À Montreuil, des bassins de rétention pour lutter contre les inondations
Actualité du Département de la Seine-Saint-Denis
Découvrez en vidéo la Fontaine des Hanots à Montreuil
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Un nouveau bassin de prévention des inondations en construction à Montreuil
Communiqué de presse de Est Ensemble
Les partenaires de ce projet

EPT Est Ensemble
En savoir plus sur le Département de la Seine-Saint-Denis
habitants (2022)
Données de contact
- Conseil Départemental De La Seine-Saint-Denis, Hôtel du Département, 93006 Bobigny
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