Besoin d'aide ou de conseils personnalisés pour votre collectivité ?

Une zone tampon paysagère pour prévenir les coulées de boue à Weitbruch (67)

A Weitbruch, un ouvrage de grande ampleur permet de se prémunir contre les phénomènes météorologiques intenses dont la commune a souffert par le passé : une zone tampon paysagère d’une capacité de stockage équivalente à deux piscines olympiques.

L’aménagement a également permis de favoriser la biodiversité et le caractère humide de la zone, avec la plantation de multiples espèces végétales.

Entretien avec Cyprien Lebreton et Mélanie Begey

Parole de collectivité
Cyprien Lebreton et Mélanie Begey, en charge du projet au SDEA - Crédit photo : Julien Loisel
Prévention des inondations

Ce projet est présenté par :

  • Cyprien Lebreton, chef de projet Etudes et Maîtrise d’œuvre au Syndicat des Eaux et de l’Assainissement Alsace-Moselle (SDEA)
  • Mélanie Begey, responsable Maîtrise d’Ouvrage Grand Cycle de l’Eau au sein du Bureau d’Etudes du SDEA
En terme de fonctionnalité, les bassins se sont avérés bien dimensionnés pour des pluies longues.

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Comment le sujet de la création d’une zone tampon paysagère s’est-il imposé à votre agenda ?

Cyprien Lebreton : En règle générale, les élus des communes qui subissent des coulées de boues se tournent vers le SDEA pour répondre à leurs problématiques et réaliser une étude diagnostic, puisque nous pouvons travailler sur l’hydrologie en modélisant les pluies et leurs conséquences sur les débits des cours d’eau.
A Weitbruch, la problématique concernait principalement un grand bassin versant agricole (de plus de 100 hectares) qui ruissellent énormément en cas d’orages de forte intensité : nous avons donc identifié les secteurs où la création d’une zone tampon pouvait s’avérer pertinente.

Mélanie Begey : Le dernier événement majeur à Weitbruch remontait à 2012, lorsque des torrents d’eau boueuse avaient sinistré le village. La commune souhaitait depuis lors se prémunir face à ce risque : dès que nous avons repris la compétence GEMAPI en 2018, nous avons étudié et identifié un ensemble de problématiques hydrologiques sur le territoire de la Basse-Zorn, puis réalisé entre 2019 et 2021 un portrait du bassin versant concerné afin d’aboutir à un panel de propositions – dont la zone tampon - pour réduire la vulnérabilité des infrastructures.

Cyprien Lebreton : Un ouvrage structurant n’est d’ailleurs pas nécessairement la première réponse face à cette vulnérabilité : nous cherchons d’abord à travailler sur l’hydraulique douce, les pratiques culturales et l’assolement concerté, afin d’infiltrer les eaux pluviales au plus près de la parcelle. Mais cela dépend aussi de la volonté des exploitants locaux.

Mélanie Begey : Les dispositifs de solutions fondées sur la nature s’avèrent en effet très efficaces en réponse aux événements courants, mais dans le cas d’orages conséquents, très intenses et soudains, le sol n’a pas la perméabilité suffisante pour infiltrer les pluies et les ruissellements doivent être captés aux lieux d’émission. C’est ce qui a motivé notre projet à Weitbruch.

Cyprien Lebreton : Nous aurions pu renforcer la capacité du réseau en place ou agrandir le fossé, car cette action n’aurait fait que décaler le problème vers la commune en aval : nous travaillons toujours pour « tamponner » les écoulements au plus près de leurs lieux d’émissions.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Cyprien Lebreton : Nous nous sommes plutôt appuyés sur nos compétences et nos ressources techniques pour réaliser ce projet : la base du calcul se fait via une modélisation hydrologique et hydraulique, en injectant une pluie simulée via un logiciel qui contient notamment les données du « tuyau » en aval ; en fonction de sa capacité et de son débit, nous obtenons le volume à tamponner : il nous reste alors à trouver les parcelles pour réaliser cette zone tampon.

A cette étape, deux solutions s’offrent à nous : creuser très profond sur un minimum de surface, ou proposer un projet financé et plus ambitieux présentant une multitude de vocations : comme ici, un aménagement paysager en milieu périurbain qui permet de restaurer la biodiversité et favoriser le caractère humide de la zone, ainsi que le développement des espèces végétales. De surcroît, il s’accompagne d’une continuité urbaine puisqu’un cheminement piétonnier a été autour de ce secteur.

Mélanie Begey : Nous avons aussi souhaité écouter les élus locaux, pour répondre à leurs besoins – un niveau de protection satisfaisant face aux risques – en fonction de leurs opportunités – la disponibilité du foncier, notamment – et co-construire un projet équilibré, avec un rapport coût / bénéfice pertinent. Nous travaillons aussi via une convention signée avec la Chambre d’Agriculture, qui détermine les montants d‘indemnisation pour les exploitants agricoles des parcelles concernées par le projet. Dans le cas de Weitbruch, les agriculteurs étaient des habitants du village qui avaient eux aussi été touchés par les inondations, et il nous a donc été plus facile de les convaincre de nous laisser réaliser le projet.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Cyprien Lebreton : L’étude de faisabilité, sur l’aspect technique (ruissellements, stockage de l’eau, débits), avait eu lieu en 2020. Nous y avons ajouté une étude « Zone Humide » réalisée par le Bureau d’Etudes l’Atelier des Territoires, ainsi qu’une déclaration de mise en eau temporaire dans le cadre de la loi sur l’Eau.

Mélanie Begey : Nous avons eu la chance de mener ce projet dans un milieu finalement assez pauvre en terme de biodiversité (avec très peu de flore, et peu de faune), ce qui a limité le besoin en inventaires et en dossiers règlementaires, et in fine limité également notre budget global.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Cyprien Lebreton : Les premières compétences à mobiliser sont bien sûr techniques : en tant qu’ingénieur hydraulicien, j’ai mené moi-même l’étude hydraulique et hydrologique, puis suivi le projet du diagnostic à la maîtrise d’œuvre, en passant par le volet agricole avec la SAFER, ou encore politique, puisqu’il a fallu convaincre les élus, les financeurs, les exploitants.

Mélanie Begey : Nous avons aussi mobilisé nos visions sur l’aménagement du territoire, puisque ce projet nous a amené à comprendre la vision des élus locaux en terme de vulnérabilité du territoire, de biodiversité, de continuité urbaine, etc : nous avons appris avec ce projet à leur poser les bonnes questions pour intégrer tous ces sujets en amont de l’opération, et gagner du temps.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment le SDEA a-t-il assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Cyprien Lebreton : L’étude initiale nous propose un dimensionnement possible en fonction d’une occurrence de pluie choisie et de l’espace disponible pour l’ouvrage, même s’il reste un bon nombre de paramètres qui s’avèrent trop variables : nous menons l’étude sur la base d’une pluie décennale très intense, mais qu’en serait-il par exemple de l’état du sol, saturé ou non à ce moment-là ? Il y a un curseur à définir, qui est aussi un choix politique fait en fonction des volontés locales, du foncier ou du budget.

Et nous complétons bien sûr cette phase de dimensionnement technique par de nombreuses réunions avec les élus et le monde agricole.

Mélanie Begey : Nous tâchons aussi de prendre en compte les inquiétudes des riverains concernant les nuisances, écologiques (la présence de moustique, ou de bruits de grenouilles) ou logistiques (les bruits ou déplacements des engins de terrassement), que nous espérons aussi compenser par la sensibilisation et la pédagogie sur l’écosystème que l’on créé. L’idée est aussi, par le cheminement piéton et la préservation de la zone, de remettre la nature dans le cœur des gens sur place, et à long terme.

Cyprien Lebreton : Et côté communication locale, des articles sont régulièrement parus dans les bulletins communaux et intercommunaux ; le maire a également convié à l’inauguration de la zone des sinistrés de 2012, qui ont pu appréhender les efforts déployés pour se prémunir des risques.

Comment le SDEA a-t-il financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Cyprien Lebreton : L’Agence de l’Eau a financé l’ouvrage à hauteur de 50%, la Région Grand Est 25%, la Communauté de Commune de la Basse-Zorn les 25% restants, pour un montant total des travaux de 240 000 euros.

Mélanie Begey : Mais pour ce type d’opération, il peut être intéressant de prospecter d’autres financements, au niveau européen (FEDER) ou du Fond Vert. Il s’agit ici d’un plan de financement à l’instant T, qui doit considérer les compatibilités de financement.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné le SDEA dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Cyprien Lebreton : C’est l’entreprise SPIE Batignolles Valerian qui nous a accompagné sur la partie Travaux, ainsi que leur sous-traitant Gottri pour la partie paysagère. Nous avons aussi rencontré la DDT67, l’Agence de l’Eau, la Région Grand Est, des exploitants locaux, la Chambre d’Agriculture, travaillé avec des géomètres, la Communauté de Communes, la Mairie de Weitbruch.

Financement de projets en faveur de l’environnement

Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.

Le projet en détails

Dates clés

2020

Mise à l’agenda et dépôt du dossier

2020 - 2021

Inspiration

2021 - 2023

Compétences, diagnostic et planification

2024 - 2025

Chantier

Chiffres clés

5 200

m3 de stockage

320

mètres linéaires de haies

350 000

€ TTC de budget total, études inclues

À retenir

Le caractère humide du secteur est bien installé, avec la création d’une mare permanente qui est restée en eau ces derniers mois. La partie prairie humide est également fonctionnelle avec le développement d’une flore devenue rare en Alsace

Les élus et les riverains sont satisfaits de l’ouvrage, avec la présence du cheminement piétonnier qui est venu renforcer le sentiment d’appropriation

Je soulignerais un aspect règlementaire lié aux zones humides, où nous avons dû convaincre politiquement que nous œuvrions pour le bien-être du secteur, sans destruction de la biodiversité

Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Rhin-Meuse

Agence de l’Eau Rhin-Meuse

LOGO_Region grand est

Région Grand Est

logo-basse-zorn-aquagir

Communauté de communes de la Basse-Zorn

Chambre d'agriculture de l'Aisne

Chambre d’Agriculture

logo-weitbruch-bas-Rhin-aquagir

Mairie de Weitbruch

Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

SPIE batignolles valérian

En savoir plus sur Weitbruch

habitants

2 839

Données de contact

L'eau sur mon territoire

logo aquarepère

Les autres projets - Prévention des inondations

Vous êtes passés à l'action sur la gestion de l'eau ?

Présentation du déroulé d'un projet

Je souhaite profiter des offres de financement de la Banque des Territoires pour mon projet

Les champs marqués de * sont obligatoires

Seuls les numéros et caractères #, -, * sont acceptés.

Votre projet

Le financement de votre projet

Autres financements

Vous souhaitez partager un retour expérience ?

Les champs marqués de * sont obligatoires

Seuls les numéros et caractères #, -, * sont acceptés.