C.C. Sud Roussillon (66) : quand une collectivité transforme ses eaux usées en ressource
Face à la tension hydrique et à la baisse des prélèvements autorisés, la Communauté de communes Sud Roussillon a fait un choix stratégique : transformer l’eau traitée de la station d’épuration de Saint-Cyprien en ressource.
Avec une unité de refiltration produisant jusqu’à 1,2 million de m³ d’eau réutilisable par an, le territoire sécurise ses usages agricoles, l’arrosage et la défense incendie tout en réduisant fortement la pression sur les nappes.
Porté par Thierry Del Poso, maire de Saint-Cyprien et président de la Communauté de communes Sud Roussillon, et soutenu par l’Agence de l’Eau, la Région et le Département, ce projet marque un tournant dans la gestion locale de l’eau.





Entretien avec Thierry DEL POSO, président de la Communauté de communes Sud Roussillon
Ce projet est présenté par :
- Thierry DEL POSO, maire de Saint-Cyprien et président de la Communauté de communes Sud Roussillon
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de la Communauté de communes Sud Roussillon ?
Au sein de la Communauté de communes Sud Roussillon, la question de l’eau s’est imposée comme une urgence dès le début des années 2020. Les épisodes de sécheresse répétés, la baisse du niveau des nappes et l’augmentation de la pression touristique ont mis le territoire face à une réalité assez brutale : ses ressources en eau étant insuffisantes.
Il a alors fallu identifier une ressource alternative, stable et sécurisée, d’autant plus fortement que Sud Roussillon est un territoire littoral, touristique, particulièrement soumis au changement climatique. La station d’épuration de Saint-Cyprien produisant déjà un volume significatif d’eau en sortie de traitement, l’idée de la réutilisation de ces eaux usées traitées a naturellement émergé. On a compris que cette eau, déjà conforme aux normes, pouvait devenir une ressource. On ne pouvait plus se permettre de la laisser partir à la mer.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Pour structurer son projet, Sud Roussillon s’est inspirée de territoires qui avaient déjà une longueur d’avance sur la réutilisation : l’Espagne, notamment la Catalogne, et Israël, qui sont des références historiques dans la réutilisation de l’eau. Ces deux territoires utilisent depuis longtemps l’eau traitée pour l’irrigation agricole et l’arrosage des golfs, la preuve de la faisabilité technique et sanitaire de ces usages.
L’équipe a également étudié le cas français le plus avancé -le programme Jourdain- mené par Vendée Eau ; une expérimentation de référence qui a permis de comprendre les niveaux de qualité attendus en France, notamment la qualité A France (le niveau de qualité sanitaire le plus élevé pour l’eau issue de la réutilisation des eaux usées et qui permet son emploi pour l’irrigation agricole, y compris pour des cultures destinées à l’alimentation humaine sous conditions, l’arrosage des espaces verts ouverts au public, certains besoins urbains comme les golfs ou les stades, et, à titre expérimental, la défense extérieure contre l’incendie), ainsi que les conditions de sécurité sanitaire applicables à une filière territoriale.
Sud Roussillon s’est aussi appuyée sur les retours d’expérience, séminaires et publications de l’Agence de l’eau dans le cadre du plan Eau et du plan Résilience avec un objectif clair : construire une filière conforme au modèle français, certes exigeant mais désormais encouragé.
L’usine mise en service s’inscrit donc dans un écosystème d’expérimentations existantes, adaptées au territoire local.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
La mise en œuvre du projet a évidemment nécessité des compétences techniques et sanitaires pointues : maîtrise de la filtration membranaire, des traitements UV, du respect de la norme de qualité A France et de toutes les procédures de contrôle associées. Il a également fallu maîtriser les aspects réglementaires particulièrement stricts encadrant l’usage des eaux usées traitées.
Pour mener à bien un projet conforme et sécurisé, Sud Roussillon s’est appuyée sur son service Eau-Assainissement, l’ARS, l’Agence de l’eau, ainsi que des entreprises spécialisées capables de dimensionner la filière et d’installer les membranes et l’unité d’ultrafiltration.
Côté citoyens, la collectivité a mis en place une enquête publique au printemps 2025 pour présenter la démarche, vérifier les usages envisagés et évaluer l’acceptabilité du projet. La démarche de pédagogie locale a également été importante : publications régulières, mise en avant de la qualité d’eau obtenue, explication des usages (espaces verts, agriculture, défense incendie). Les agriculteurs, confrontés à des tensions fortes sur l’irrigation, se sont bien sûr montrés réceptifs.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Avant de lancer les travaux, la collectivité a mené une étude d’impact et de faisabilité technique et sanitaire qui a permis d’identifier les usages possibles, la capacité durable de production d’eau réutilisable et les contraintes liées à l’acheminement.
Le dimensionnement final -1,2 milliard de litres d’eau refiltrée par an- est issu de l’analyse croisée des capacités de la station d’épuration, des besoins agricoles, des espaces verts et de la défense incendie. La collectivité a fait le choix d’une infrastructure évolutive, compatible avec une montée en puissance des usages au fil des années.
La filière repose sur une série de contrôles stricts : analyses en continu, pilotage automatisé, dispositifs d’arrêt immédiat en cas d’anomalie. Ce dimensionnement permet de produire une eau répondant aux exigences de la catégorie A France, pouvant être utilisée en agriculture, arrosage des golfs, espaces verts et, en phase expérimentale, défense incendie.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le coût total du projet s’élève à 3,4 millions d’euros, financés en grande partie par des financements locaux. Des soutiens ont ainsi été apportés par :
- Conseil Départemental 66 : 183 321 €
- Région Occitanie : 170 000 €
- Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse : 545 972 €
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Plusieurs partenaires techniques et institutionnels ont été associés :
- La directrice du plan de résilience eau France ;
- L'Agence Régionale de Santé (ARS) pour valider les protocoles sanitaires et la "Qualité A" de l'eau ;
- Les services de l'Etat (Préfecture, DDTM) pour instruire les dossiers d'autorisation réglementaire ;
- Les Bureaux d'Études et Ingénierie SCE NRTI HPI ;
- L'ASA de Villeneuve de la Raho ;
- La chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales ;
- Les Usagers comme le Golf de Saint-Cyprien et les services techniques des communes (pour l'arrosage des stades) ont également été des partenaires clés dans la définition des besoins en volume et en qualité.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Il ne faut pas attendre. Il faut démarrer, même si tout n’est pas encore financé. Et surtout, il faut être clair : l’eau est un sujet politique, pas seulement technique.
Il est nécessaire d’anticiper, de s’appuyer sur des technologies éprouvées et de travailler avec les services de l’État dès le début.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
Avril 2021
Mai - Juin 2023
Septembre 2023
Avril / Juin 2025
Chiffres clés
1 200 000
8,5
500 000
À retenir
La principale force du projet réside dans la sécurisation de la ressource en eau, indispensable dans un territoire soumis à une si forte sécheresse. La filière permet de réduire nettement les prélèvements dans les nappes tout en garantissant une qualité d’eau élevée, conforme au standard A France
Cette qualité rend l’eau produite parfaitement compatible avec les usages agricoles et les besoins du territoire ; c’est une solution fiable et immédiatement opérationnelle
La complexité réglementaire, les procédures sont longues et exigeantes en matière de REUT. S’y ajoute un investissement initial conséquent mais incontournable pour atteindre les niveaux de sécurité requis. Enfin, la collectivité a dû mener un travail pédagogique continu pour favoriser l’acceptation citoyenne du projet et rassurer les usagers sur la qualité de l’eau
Les partenaires de ce projet

Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse

Région Occitanie

Conseil départemental des Pyrénées-Orientales

Agence Régionale de Santé

ASA de Villeneuve de la Raho

Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
En savoir sur la Communauté de communes Sud Roussillon
habitants
communes membres
Données de contact
- Communauté de Communes Sud Roussillon 16 rue Jérôme & Jean Tharaud 66750 Saint-Cyprien
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