ASSAINISSEMENT DES EAUX USéES

Green Bow puise les eaux usées dans les égouts pour arroser des espaces verts du Village olympique (93)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Comment arroser de manière innovante certains espaces verts du village des athlètes, construit en Seine Saint-Denis à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ?

Grâce à la solution Green Bow, mise en œuvre par la société Nereus.

Elle consiste à pomper les eaux usées dans le réseau souterrain, les envoyer dans une station de traitement dédiée, puis la stocker dans une cuve qui servira à l’arrosage d’une centaine d’arbres et du demi-hectare d’espaces verts attenants, notamment dans le but de créer des îlots de fraîcheur.

Nous intervenons en amont du traitement, pour exploiter des gisements d’eau non utilisés.

Patrick Jean Pichavant

Comment ce projet de réutilisation des eaux usées s’est-il imposé lors de la conception du village olympique ?

C’est la Société de livraison des ouvrages olympiques (SOLIDEO), l’établissement chargé des ouvrages et des opérations d’aménagement, qui a sélectionné tout un éventail de solutions innovantes, développées par des PME françaises.

Pour la création d’îlots de fraîcheur, plusieurs projets ont été envisagés : brumiser de l’eau potable, mais c’était faire un mauvais usage de cette ressource ; utiliser de l’eau de pluie, mais cela posait des difficultés de captage et de stockage…

La solution NEREUS répond à la problématique grâce à des espaces verts arrosés de manière à la fois innovante et respectueuse de l’environnement. Green Bow repose sur l’extraction de l’eau au plus près du point d’usage, dans le gisement d’eaux usées mais très en amont de la station de traitement principale. C’est du « water mining » ! Il n’y a que des avantages : nous exploitons une ressource disponible, qui a déjà été utilisée une première fois ; ce qui permet de réduire les prélèvements en eau pour l’arrosage, en utilisant une eau de qualité REUT plutôt que de l’eau potable. Bonus : la charge hydraulique est réduite en aval.

Comment fonctionne votre solution ?

La captation de l’eau dans le réseau souterrain se fait à l’aide de vannes développées avec notre partenaire F-REG. La filtration repose ensuite sur nos membranes de dernière génération, céramiques, opérées en mode dynamique. Elles permettent de traiter de plus grands volumes, y compris de fluides difficiles. Nous les avons par exemple mises en œuvre dans une distillerie de rhum, qui a pu trier et réutiliser ses effluents et a fini par fermer sa station d’épuration !

L’eau filtrée est ensuite stockée dans une cuve destinée à l’arrosage. Nous avons travaillé avec une société spécialisée dans la végétalisation, la Compagnie des paysages, pour sélectionner des espèces endémiques évapo-transpirantes, afin que chaque îlot de fraîcheur soit le plus efficace possible.

Cette solution peut bien sûr s’appliquer à tout type d’espaces verts, des campings, des parcs, des stades… Elle permet de les arroser sans utiliser d’eau potable et sans dépendre de la pluviométrie.

Est-ce qu’une étude de faisabilité ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Le processus de sélection de la SOLIDEO était particulièrement exigeant, et nous avons dû fournir de très nombreux éléments : depuis le nombre et le type de végétaux requis pour parvenir à un abaissement de température de 1, 2 ou 4°C jusqu’aux quantités d’eau requises et l’impact du prélèvement sur les stations d’épuration. Sur la dimension sanitaire, il a également fallu répondre aux exigences du ministère de la Santé et de l’ARS.

Il ne faut pas non plus oublier l’impact économique : la réutilisation permet de réduire l’utilisation des réseaux et les pertes en ligne, et se révèle très intéressante en termes de coûts. On parvient à obtenir des prix comparables, voire inférieurs, à ceux du tarif vert.

Pour une collectivité, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans un projet de ce type ?

Il faut bien sûr une très bonne connaissance du réseau, et une maîtrise de la végétalisation et des espaces verts existants.
L’objectif est de bien identifier les usages, les ressources nécessaires, et les différents gisements. En fonction de ces différents paramètres, il est possible de déployer la solution la plus adaptée. Il est même possible de compléter ou de substituer progressivement un dispositif d’eau grise déjà existant, voire de partager une cuve de stockage alimentée en parallèle par des eaux pluviales.

Il faut également avoir à l’esprit les exigences en termes de sécurité sanitaire, de plus en plus contraignantes.

Comment ce projet a-t-il été financé, des aides ont-elles été sollicitées ?

La SOLIDEO a acquis l’équipement et finance les premières opérations de maintenance, et le projet était éligible au Crédit Impôt Recherche. A partir de fin 2025, Plaine Commune prendra progressivement le relais. Nous assurerons le transfert de 95% des compétences, ce sera facilité par le fait que nos solutions reposent sur des matériels standard, connus par les équipes d’assainissement, et qu’elles s’intègrent dans leurs plateformes de gestion centralisée

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2019 - 2020

    Mise à l’agenda et Inspiration

  2. 2021

    Compétences

  3. 2022

    Diagnostic et planification

  4. 2023

    Réalisation

Chiffres clés

  • 1

    container suffit pour alimenter en eau une centaine d’arbres et d’arbustes

  • < 6

    mois pour implanter une solution

À retenir

  • Toutes les exigences en termes de sécurité sanitaire ont été remplies

  • Le projet s’inscrit dans le long terme

  • Des marchés publics peu adaptés pour l’adoption des solutions innovantes, surtout quand elles sont portées par des TPE / PME.

  • Crédit Impôt Recherche

  • Plaine Commune

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