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Watertech en France : état des lieux, innovations et enjeux de l’eau

Cet article a été rédigé par Florence Léandri

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Piloté par la Banque des Territoires, le Programme aquagir a pour mission centrale d'aider les collectivités territoriales à prendre conscience des enjeux de l'eau, à accélérer leur passage à l'action et à prendre en main le sujet de l'eau sur leur territoire. Il vise à stimuler l’émergence, à accompagner et à financer les projets des collectivités liés à la gestion durable de l’eau.

Crédits photos : Ian Taylor - Unsplash

La France se place au cinquième rang mondial pour les inventions liées à l’eau. Mais cela suffit-il pour parler d’une watertech ? La réponse est importante car elle sous-entend l’existence ou pas d’une dynamique de fond susceptible de répondre aux enjeux que pose cette ressource précieuse.

Après la fintech, la legaltech, place à la watertech ? Si l’on suit l’analogie avec un écosystème biologique, une watertech ou écosystème technologique autour de l’eau existe si les acteurs de ce secteur s’organisent comme un réseau organique et interagissent pour favoriser l'émergence, la croissance et la survie d'entreprises innovantes dédiées à cette ressource. « Un écosystème tech suppose un ensemble bénéficiant de l’appui de structures et d’organismes permettant à des porteurs de solutions -créateurs ou entreprises installées- d’échanger, de se financer, de se mettre en réseau, précise Anne Gargov, responsable de l’Accélérateur Eau de Bpifrance. Cette intermédiation des acteurs très établis s’inscrit dans un environnement de recherche où les besoins et les développements sont très spécifiques. » Innovations, environnement atypique ou encore intermédiation d’acteurs établis : examinons donc les critères requis afin de déterminer si une watertech existe en France.

Une force innovatrice

Selon une étude publiée en juillet 2024 par l'Office européen des brevets, avec 40 % des inventions, l'Europe est le leader mondial dans le domaine des technologies liées à l'eau, devant les États-Unis et le Japon [1]. Si tous les grands domaines technologiques relatifs à l'eau (collecte, utilisation efficace, traitement des eaux usées, protection contre les inondations…) sont couverts, le traitement de l'eau ressort comme le domaine le plus innovant (environ 60 % de l'ensemble des familles internationales de brevets ou FBI). Toujours selon cette étude, l’automatisation et le contrôle des opérations de traitement de l’eau sont les domaines ayant connu la croissance la plus rapide.

5ème au niveau mondial et 2ème en Europe, derrière l’Allemagne, la France a proposé 1 031 FBI entre 1992 et 2021 sur les technologies liées à l’eau soit une invention européenne sur huit en ce domaine. La part des FBI français représentent 12,06 % au niveau européen et 5 % au niveau mondial de l’ensemble des FBI liées à l’eau [1]. La France figure donc parmi les principaux innovateurs dans le domaine des technologies de l'eau.

Les solutions françaises et le CES de Las Vegas

Une solution française était présente au CES 2026 de Las Vegas, salon phare de la tech : Infinit’O du Groupe O qui ouvre la voie à la maison autonome en eau, via la récupération de l’eau de pluie et sa régénération, en s’appuyant sur une intelligence embarquée qui dimensionne et pilote l’ensemble du circuit pour toute taille ou configuration de maison (surface de toit, pluviométrie, nombre d’occupants, capacité de stockage, pics de consommation). Des capteurs surveillent les niveaux, les débits, la température et la qualité de l’eau, tandis que des alertes en temps réel et des réponses automatiques gèrent les épisodes de pluie intense, de sécheresse ou les anomalies détectées.

En 2023 c’est Acwa Robotics qui avait attiré les regards et les prix au CES pour son robot autonome, qui inspecte les canalisations d'eau pour les localiser et détecter d'éventuels problèmes.

Un environnement spécifique

Cette capacité créatrice s’incarne en particulier au sein des plus petites structures. Patrick Faisques, délégué permanent du Comité stratégique de la filière Eau et chargé des relations institutionnelles Veolia Eau France, en atteste : "La filière eau compte beaucoup d’entreprises de 1 à 10 salariés très innovantes dans un secteur technique certes mais qui recouvre aussi du comportemental et qui s’ouvre à l’intelligence artificielle (IA). Ces TPE tout comme les structures un peu plus installées - les PME - se positionnent sur des niches." Une caractéristique qu’Anne Gargov constate avec la troisième promotion de l’Accélérateur Eau de Bpifrance, lancée en octobre 2024, qui regroupe 13 entreprises, pour l’essentiel des PME, pour un chiffre d’affaires moyen de 14 millions d’euros : "Toute la promotion s’inscrit dans une démarche constante d’innovation. Cette appétence pour la technologie, le digital, l’excellence opérationnelle est l’une des caractéristiques de l’Accélérateur Eau". Et de l’ensemble du secteur relève Patrick Faisques : "Les champions du secteur sont innovants grâce à une R&D interne forte, parfois en léger décalage, ou par absorption à l’instar du rachat en 2021 par le groupe Carso, leader en France des prestations et services analytiques environnementales, de Biomae, start-up française leader dans le domaine de la biosurveillance de l’eau et des milieux aquatiques."

Autre spécificité du secteur, la place toute particulière qui occupe les collectivités, qui assument un double rôle, donneur d’ordre et acheteur public : "il est donc essentiel qu’elles soient prêtes à acheter de l’innovation, pointe Patrick Faisques. Les collectivités y sont plus ouvertes depuis quelques années. Mais le temps nécessaire au retour sur investissement lorsqu’on intervient sur des installations qui durent des dizaines d’années se heurte à la durée courte des mandats des élus… "

Souveraineté et diversité

C’est aussi l’importance de la ressource eau elle-même qui crée la dimension spécifique de l’écosystème. Ressource essentielle, l’eau est devenue un enjeu de souveraineté nationale. En effet, la dynamique innovante du secteur adresse des défis d’ampleur (sécheresses, pluies extrêmes qui n'infiltrent pas le sol, diminution des cours d'eau, moindre recharge des nappes phréatiques , pollution...) auquel notre territoire et notre planète sont et seront confrontés. L’exigence de solutions de sobriété s’incarne dans le plan Eau lancé en mars 2023 pour une gestion durable de l’eau, les sécheresses de 2022 et 2023 ayant agi comme un électrochoc tant pour les utilisateurs que les gestionnaires.

Face à ces exigences, les acteurs vont de la start up au groupe mondial en passant par les ETI, PME , fédérations de collectivités locales, organismes scientifiques et techniques ou d’études et de formation, pôle de compétitivité de l’eau ou encore clusters régionaux. Réparties sur l’ensemble du territoire, les plus de 5 000 entreprises ou entités œuvrant dans le domaine de l’eau, très diversifiées en taille et en positionnement, représentent 124 000 emplois[2] , un chiffre d’affaires de 22 milliards d’euros[3]  et "contribuent à 1% du PIB national" complète Anne Gargov. "Du bureau d’étude à la construction, nos entreprises couvrent chaque maillon de la chaîne de valeur, avec des champions dans chaque segment. La France est là aussi une exception !" s’enthousiasme Patrick Faisques. "Mais, derrière ses champions, on trouve peu d’ETI. Il y a un vide entre les géants et les PME dans notre pays et cela freine la dynamique de l’écosystème."

Des acteurs d’intermédiation

"La notion de rapport systémique est essentielle pour qualifier un écosystème tech" rappelle Anne Gargov. La filière eau l’a bien compris : les acteurs majeurs du secteur servent d'incubateurs ou de partenaires pour les jeunes pousses. Ainsi Véolia a participé à la création de Première Brique, un incubateur qui accompagne les entrepreneurs sociaux actifs dans les domaines de l’eau, de la propreté et de la ville intelligente et durable à Toulouse. Des acteurs majeurs d’autres secteurs contribuent aussi à créer des synergies, par exemple EDF Pulse Ventures, émanation du groupe EDF qui, dans une logique de corporate venture capital, identifie de nouvelles activités et solutions innovantes développées par des start-up : parlant de « WaterTech », EDF Pulse Ventures a identifié trois domaines et 78 start up intéressant le groupe EDF.

"En France, les synergies sont étroitement liées aux territoires, partage Patrick Faisques. Les champions s’appuient sur l’écosystème local via les pôles de compétitivité Aqua-Valley et Aquanova qui favorisent les interactions Territoire/Recherche/Acteurs privé."

Des dispositifs publics participent aussi à la dynamique du secteur en soutenant des pépites [4]. Tel est le cas de l’Accélérateur Eau de Bpifrance : "l’accompagnement dispensé à chaque promotion va du conseil à la formation sans oublier de la mise en réseau. Différents besoins émergent comme celui de l’intégration dans chaque structure d’un système de management de l’innovation. Les dirigeants demandent aussi à mieux comprendre les enjeux du secteur et des filières adjacentes : cela exige une prise de hauteur et une ouverture que nous proposons durant certains de nos évènements, par exemple notre journée sur la ville de demain."

Ces synergies caractérisent aussi l’une des forces du secteur, sa capacité exportatrice : 36 % du chiffre d’affaires est réalisé à l’international [3] et cela englobe aussi des PME : « dès que leur taille le leur permet, nos entreprises exportent. Pour passer certains paliers, grossir, accélérer leur développement international, des associations entre champion/PME ou entre PME sont opérées, indique Patrick Faisques. Ces associations permettent aussi de répondre à des besoins spécifiques comme le fait de former des opérateurs étrangers aux technologies françaises. »

Une watertech : oui mais…

Innovation, spécificités, interactions, développement conjoint… : tous les critères semblent donc réunis pour parler d’une watertech en France. Mais "ce terme met à l’écart une dimension très importante, celle de la nécessaire acceptation des technologies par les citoyens, alerte Patrick Faisques. Ainsi l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour atteindre une meilleure efficacité hydrique suppose l’exploitation des données relatives à la consommation de l’eau par les utilisateurs. Les particuliers, les industriels, les agriculteurs font montre d’une certaine réticence à ce sujet, alors que l’exploitation des données personnelles par les applications présentes sur les smartphones est largement acceptée" . Cette dissonance pourrait s’expliquer par le fait que « l’eau est une matière première, différente des autres et qui suscite un imaginaire", indique Patrick Faisques. "Pourtant on ne peut pas ignorer que la dimension comportementale influe de manière conséquente sur la dynamique tech de l’écosystème eau », sa consolidation et donc l’émergence de réponses pertinentes aux enjeux posés. Bonne nouvelle : les mentalités ne sont pas figées : "il y a quelques années encore, la possibilité même de consommer des eaux usées retraitées, ouverte grâce à des procédés et technologies innovants, était rejetée par les utilisateurs", relate Patrick Faisques. "Désormais c’est une réalité."

 

[1] Source INPI

[2] Chiffres 2020, étude EY, Étude prospective emplois, métiers et compétences de la Filière Française de l’Eau

[3] Filière Eau de France, 2026

[4] Autre exemple : le Techsprint de la Caisse des dépôts et consignations qui, lors de sa seconde édition, a primé dans le domaine de l’eau Alter Rain, solution digitale qui aide les collectivités à définir leur stratégie de planification et de gestion des eaux pluviales en leur fournissant un diagnostic multithématiques intégré de leur territoire), soutient ses lauréats via des subventions, un label, un programme d’accompagnement, des accès facilités au marché.
Sur ce dispositif et ses lauréats, lire aussi notre article.

 

Pour découvrir des solutions tech dans le domaine de l’eau, lire (par exemple) :

 

 

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Cet article a été écrit par Florence Léandri

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