Création d’un réservoir d’eau semi-enterré de 700 m3 à Bayeux (14)
Ce projet consiste en la création d’un réservoir d’eau potable semi-enterré de 700 m³, réparti en deux cuves circulaires de 350 m³ chacune. Implanté sur un terrain acquis dans les années 2010, il fonctionne comme un réservoir intermédiaire avec des pompes de reprise.
Cette conception permet de maintenir l’exploitation lors des phases de lavage ou d’entretien, sans coupure totale d’alimentation.
L’ouvrage a été réalisé conjointement avec une reprise de réseaux sur environ trois kilomètres. Les travaux du réservoir ont débuté en juillet 2023, suivis des travaux de réseau en novembre 2023, pour une livraison en juillet 2024, de l’ensemble final.






Entretien avec Rémi Françoise et Karine Lesage
Ce projet est présenté par :
- Rémi Françoise, vice-président de Bayeux Intercom en charge du petit cycle de l'eau depuis 2005
- Karine Lesage, responsable du pôle cycle de l'eau
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment ce projet de réservoir s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le démarrage de ce projet s’est fondé sur le besoin d’une sécurisation de l’alimentation et de développement de l'habitat sur deux communes : Saint-Vigor-le-Grand (aux portes de Bayeux) et Sommervieu (à quelques kilomètres).
Sur Sommervieu, le réservoir existant de 150 m3 était devenu insuffisant pour alimenter correctement en eau les habitants de la commune. Son remplissage en gravitaire depuis le réservoir de tête à Saint-Vigor-le-Grand se faisait par un faible débit, devenu incohérent au regard du débit d’appel de consommation et rendant complexe la distribution vers les usagers et difficile les interventions des équipes d’exploitation pour leur entretien.
Par ailleurs, nous sommes sur une zone à fort potentiel de développement urbain, ce qui nécessite cette sécurisation pour devenir constructible. Nous sommes dans la continuité de l’agglomération bayeusaine, il y a une volonté d'anticiper l’urbanisation et l'arrivée de nouvelles populations.
Le terrain a été acheté dans les années 2010, pour un autre projet qui n’a finalement pas abouti. Nous avons lancé ce projet de réservoir en 2019-2020 avec une étude de faisabilité réalisée en 2021. Nous l’avons mené conjointement avec le renouvellement de nos réseaux sur trois kilomètres.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de la conception ?
Ce réservoir est constitué de deux parties circulaires pour avoir un volume d’eau disponible de manière permanente. Quand on fait un lavage de réservoir, on vide une partie et le réservoir continue à être exploité sur la seconde. C'est une facilité pour l'exploitation. C'est-à-dire qu'on n'est jamais obligé de couper totalement l'alimentation et on a toujours un volume disponible. C’est quelque chose d’innovant pour la communauté de communes.
Nous avions construit un précédent réservoir en 2009 sur un autre secteur de 500 mètres cubes en une seule cuve. A l’époque, cette conception n’a pas été proposée et à l’exploitation, nous avons constaté des difficultés pour entretenir l’ouvrage tout en maintenant la distribution d’eau.
Quand nous avons fait l'étude de faisabilité pour ce nouveau réservoir, nous avons soulevé ce problème : comment assurer la continuité du service au moment du lavage du réservoir et de son entretien courant ? Le bureau d'études qui assurait l'étude de faisabilité, a été aussi désigné comme maître d'œuvre dans la suite de l’opération. Il nous a proposé ce mode de fonctionnement en double cuve. Ça coûte un petit peu plus cher, parce qu’il y a un peu plus de génie civil, mais cela répondait parfaitement à notre problématique.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens ?
D’un point de vue d’élu, on a de la chance d'avoir des services structurés avec des personnes compétentes à Bayeux Intercom.
Pour des projets comme celui-là, nous faisons appel à des cabinets d'études et maîtrises d'œuvre extérieure. Et puis, nous avons aussi en interne deux chargés d'opérations “Eau et assainissement” qui assurent le suivi des opérations en direct. La présence active d’un représentant de la maîtrise d’ouvrage lors de ces opérations permet de rappeler à chaque instant les objectifs et les besoins du projet : cela garantie la conformité des travaux par rapport à nos attentes et évitent les éventuelles dérives, notamment financières.
Notre force dans tous nos projets, est notre exploitation en régie. Cela permet vraiment de définir le besoin au mieux des exploitants et d'adapter le projet en conséquence en alliant exploitation et continuité de service. Avec un exploitant issu de la collectivité, cela facilite forcément les échanges.
Nous avons communiqué auprès des citoyens sous forme de courrier principalement sur les travaux réseaux. Et nous avons fait circuler des communiqués de presse pour prévenir de nos interventions en raison des perturbations que celles-ci entraînaient dans le quotidien des riverains au regard des déviations routières nécessaires et des coupures d’eau au moment des raccordements au réseau. Nous avons aussi travaillé en partenariat avec la commune pour leur exposer le projet. Nous avons rencontré l'ensemble du conseil municipal pour leur expliquer ce que l'on faisait, pour qu'ils aient aussi un niveau d'information suffisant, s'ils étaient sollicités par les riverains.
Nous sommes dans un quartier semi-résidentiel. La crainte principale était : est-ce qu'un tel ouvrage peut amener du bruit. Comme le réservoir est semi-enterré et comme l’ensemble des équipements se situe à l’intérieur de l’ouvrage, nous avons pu rapidement rassurer les riverains. Et nous avons été vigilant à l'impact visuel dans l'environnement qui est, somme toute, assez réduit. Notre architecte a pris en compte cette thématique d’intégration dans le paysage.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement de la réalisation ?
Nous avons travaillé avec le bureau d'études ARTELIA, avec lequel nous avons l'habitude de collaborer. Le projet n'était pas complexe en soi mais ça nous paraissait important de faire cette étude préalable, avec des études préliminaires plus poussées. Nous avions des questionnements sur les volumes nécessaires dont nous avions besoin. ARTELIA nous a aidé dans la définition du volume utile pour sécuriser correctement le secteur.
Ils ont aussi fait des campagnes de mesures pour ajuster le projet. C'est comme ça que nous avons découvert des débuts de fuites sur notre réseau existant, plus importantes que ce que nous imaginions : il y avait un décalage entre le volume facturé relevé chez les usagers et ce que nous relevions dans la distribution du réservoir. Cela nous a aussi permis de mieux comprendre l'environnement et le fonctionnement du réseau.
Dans l'étude de faisabilité, nous avions aussi posé la question de l'énergie pour essayer de la réduire au maximum. Nous n'avons malheureusement pas pu s'affranchir d’un système de pompes de reprise puisqu’il s’agit d’un réservoir intermédiaire à deux réservoirs sur tour. La topographie du sol ne nous permettait pas de créer un nouveau réservoir assurant une alimentation gravitaire.
Toutefois, l’avantage d’un réservoir semi-enterré est plus facile à intégrer dans l'environnement, puisqu’il n'y a pas de construction importante en termes d’élévation. Par rapport au riverain, en clair, il y a moins de levées de boucliers. L'inconvénient est que la consommation d'énergie électrique est plus importante avec des pompes de reprise que sur un château d'eau sur tour.
L'étude de faisabilité nous a aussi permis d'y voir un peu plus clair sur l'ensemble du budget à mobiliser et pour savoir si nous disposions des moyens pour passer le projet en une seule fois, ce qui n'était pas le cas. Aussi, nous avons répercuté les travaux sur deux exercices budgétaires en réalisant deux tranches d’intervention. Avec les études, l’opération globale s’est étalée sur environ 5 ans.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides obtenues ?
Nous avons été aidés par l'Agence de l'eau, avec une subvention de 640 000 euros. Seule la construction du réservoir et la partie “production” des réseaux étaient éligibles. Et puis nous avons eu recours à un emprunt à la Banque des Territoires, un Aqua Prêt à hauteur d'1 M€.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés ?
Nous avons travaillé avec une entreprise de génie civil Vauban GC basée à Ifs (14), qui maîtrise totalement le sujet du génie civil et la spécificité des réservoirs d’eau potable, associée à la SAUR pour l’ensemble des équipements. En termes de réseau, nous avions un groupement des entreprises SADE CGCT et CISE TP, qui connaissent bien notre territoire et qui sont des canalisateurs reconnus. L'équipementier SAUR a également un rôle important à jouer pour assurer la continuité du service lors de la mise en service de l’ouvrage et sa prise en main par les équipes d’exploitation.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
C'est important de montrer qu'on a une maîtrise d'ouvrage présente sur ce genre de sujet, pour à la fois définir le besoin correctement, mais aussi pour bien cadrer le projet. La présence d'un chef de projet, représentant de la maîtrise d'ouvrage, facilite grandement les échanges.
Le choix du maître d'œuvre pour compléter les compétences techniques, sur la partie génie civil, était très important ainsi que pour le suivi du chantier afin d’assurer une bonne coordination entre les différentes entreprises. Tout doit être anticipé et prévu dès le départ pour éviter les dérives financières et être ajusté à la marge, à l’avancement du chantier en fonction des aléas rencontrés.
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Le projet en détails
Dates clés
2019-2020
2021
Juillet 2023
Novembre 2023
Chiffres clés
1,8
700
150
3
À retenir
Le point positif, je dirais que c'est l’intervention d’entreprises, qui connaissent très bien leur métier et qu’elles avaient vraiment la volonté de collaborer entre elles. Nous avons eu une bonne coordination des travaux, avec, une pertinence des interventions entre la partie réseau et la partie infrastructure
Une des difficultés rencontrées est l’intervention du contrôleur technique. On a l'obligation, puisque c'est un bâtiment, d'avoir un contrôleur technique qui a manqué d’un petit peu de réactivité dans l’émission de ses avis. C'est important que le contrôleur soit bien au fait du type de génie civil, parce que ce n'est pas un bâtiment classique
Un autre point de vigilance : nous avons fait une mise en service au mois de juillet, en plein courant de l'été. Il faut vraiment que les équipes soient disponibles au moment de la mise en service et avant pour prendre l'ouvrage en main, parce qu'il y a toujours des ajustements à faire
Ressources
Près de Bayeux, 700 m³ d’eau potable supplémentaires pour l’accueil de nouveaux habitants
Article de Ouest France
Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Eau Seine Normandie
Banque des Territoires

SAUR
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
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habitants
Données de contact
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