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Transpr’EAUvinois : une interconnexion structurante pour 58 communes de Seine-et-Marne (77)

L’interconnexion du TransprEAUvinois est un projet qui concerne 58 communes de l’est de la Seine et Marne, confrontées depuis longtemps à des problèmes de qualité et de quantité d’eau.

Ce projet hors norme vise à réapprovisionner en eau potable les communes faisant face à des problèmes de conformité, secourir des communes en manque d’eau et sécuriser durablement l’approvisionnement en eau potable des 55 000 habitants du périmètre à partir de ressources en eau de la vallée de la Seine.

Entretien avec Olivier Lavenka, maire de Provins et 1er vice-président du département de Seine-et-Marne

Parole de collectivité
Au centre, Olivier Lavenka, maire de Provins, 1er vice-président du département de Seine-et-Marne, a suivi le projet de Transpr’eauvinois - Crédits photo : Département de Seine-et-Marne
Distribution de l’eau

Ce projet est présenté par :

  • Olivier Lavenka, maire de Provins, 1er vice-président du département de Seine-et-Marne en charge de l'aménagement du territoire, des routes, des politiques contractuelles et de l'agriculture. Conseiller départemental du canton de Provins.
L’enjeu n’était pas seulement de construire une infrastructure performante, mais aussi de le faire de façon durable, avec une vision de long terme sur la résilience du territoire.
Olivier Lavenka

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Comment le projet Transpr’EAUvinois s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le point de départ, ce sont plusieurs dizaines de communes de l’est seine-et-marnais confrontées à des problèmes de qualité et/ou de quantité d’eau. Certaines étaient déjà en deuxième, voire en troisième dérogation de potabilité. On allait tout droit vers une crise à la fois sanitaire et politique. Dès le début des années 2000, les élus ont commencé à réfléchir à une solution d’envergure. Il s’agissait de créer un grand maillage d’interconnexion, en s’appuyant sur une ressource de bonne qualité située au sud de Provins. Cette ressource avait été identifiée et exploitée à la suite d’un épisode de pollution dans les années 1990, qui avait conduit la ville de Provins à forer, à une vingtaine de kilomètres au sud, en bord de Seine, des captages lui permettant de sécuriser son alimentation. Le Schéma départemental d’alimentation en eau potable (SDAEP), avait révélé l’étendue de nos vulnérabilités. Dans ce contexte, le projet Transpr’EAUvinois a émergé comme une réponse stratégique et prioritaire. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de mutualisation des ressources et d’interconnexion des réseaux, permettant de passer d’une logique de « survie locale » à une approche de solidarité territoriale. L’objectif était clair : sécuriser durablement l’alimentation en eau pour 58 communes, en les connectant à des réseaux stables et puissants.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

En 2012, le syndicat du Transpr’EAUvinois a été créé, à l’initiative de Christian Jacob, qui présidait alors la communauté de communes du Provinois. Puis les étapes se sont enchaînées : élargissement du périmètre, structuration du syndicat sur la base de cette dynamique, et gestion de la compétence eau potable dans un périmètre élargi. Nous nous sommes également appuyés sur les constats concrets du SDAEP qui mettait en lumière les risques multiples : nappes surexploitées, captages uniques sans secours, réseaux anciens parfois inadaptés aux nouvelles normes.
Au-delà des aspects techniques, ce projet s’est nourri d’une volonté politique forte : celle de ne plus tolérer les inégalités d’accès à l’eau potable, parfois invisibles mais bien réelles. Dans une collectivité comme la nôtre, garantir l’équité d’accès à ce bien vital est un marqueur de cohésion territoriale.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Bien sûr, Il y a eu plusieurs études successives : études d’impact environnemental, études liées à la création de nouveaux forages pour augmenter les capacités de captage… Toute la batterie classique pour ce type de chantier. C’était indispensable car même si on partait d’une intuition politique forte : celle de partager une ressource de qualité, il fallait valider tout cela sur le plan technique et réglementaire. C’est ce qu’ont permis les études. On y a aussi intégré un volet environnemental : franchissement de milieux naturels sensibles, optimisation des tracés, bilan carbone du chantier, etc. L’enjeu n’était pas seulement de construire une infrastructure performante, mais aussi de le faire de façon durable, avec une vision de long terme sur la résilience du territoire.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Un tel projet est transversal. Il nécessite de maîtriser aussi bien les compétences techniques qu’administratives et politiques. Sur le plan technique : il faut savoir gérer des systèmes d’alimentation en eau complexes, dimensionner les réseaux, anticiper les besoins futurs, et intégrer les contraintes liées aux zones de captage ou de protection de la ressource. Sur le plan réglementaire et financier : il faut naviguer dans les dispositifs de subvention (agence de l’eau, département, État), monter des dossiers complexes, et articuler maîtrise d’ouvrage publique et délégation éventuelle de gestion. Enfin, la dimension humaine est capitale. On ne réussit pas un projet d’interconnexion sans embarquer les élus, les syndicats, les habitants et les services techniques. Il faut savoir expliquer, convaincre, et construire un consensus autour de l’intérêt général.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

La conscience des citoyens est montée progressivement. Ce sont surtout les élus qui, au départ, étaient très inquiets. C’est eux qui subissaient les conséquences directes d’une mauvaise qualité de l’eau. Mais au fil du temps, et surtout avec l’engagement dans les travaux, les choses sont devenues visibles et perceptibles. Les coupures, les distributions d’eau, les messages d’alerte : tout cela a sensibilisé les habitants. Ce qui a été essentiel, c’est d’avoir d’abord embarqué les maires et leurs conseils municipaux. Ils ont bien compris l’intérêt pour leur population, notamment ceux qui étaient confrontés à des problèmes de qualité ou de quantité d’eau. Une fois que les élus locaux sont convaincus, les nuisances telles que des routes barrées, le bruit, les terrassements, sont alors mieux comprises et acceptées. Et puis, à l’échelle des ouvrages visibles, comme les deux châteaux d’eau construits, les choses se sont bien passées. Ce sont des infrastructures qui ont trouvé leur place sans opposition majeure. Il y a eu des moments plus sensibles sur le terrain, mais globalement, tout a été bien anticipé et concerté.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement du Transpr’EAUvinois a reposé sur un triptyque public solide. D’abord, le département de Seine-et-Marne a mobilisé 17,4 millions d’euros dans le cadre de sa politique volontariste. Cette contribution reflète notre volonté d’agir comme assembleur et facilitateur de projets structurants. Ensuite, l’Agence de l’Eau Seine-Normandie a soutenu le projet à hauteur de 22 millions d’euros. Son accompagnement a été décisif : à la fois financier, mais aussi stratégique, en confortant la logique de sécurisation à l’échelle de grands territoires. Enfin, le reste du financement a été porté par le S2E77. Le syndicat joue un rôle opérationnel essentiel dans le pilotage et la maîtrise d’ouvrage. L’effet de levier public a permis de maintenir un coût raisonnable pour les usagers. Ce projet incarne notre manière de travailler en Seine-et-Marne : coproduire des solutions entre tous les échelons en gardant le souci de la soutenabilité financière pour les habitants.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Au-delà du Département et de l’Agence de l’Eau, le Syndicat de l’eau de l’est Seine-et-Marnais a assuré la coordination technique et institutionnelle. C’est le grand acteur de ce projet. Je tiens d’ailleurs à remercier ici tout le travail effectué par les équipes dirigées par Claire Crapart, la Présidente du syndicat. Nous nous connaissons très bien car bous siégeons dans la même communauté de communes. Je n’oublie pas non plus tous mes collègues maires des communes concernées : ils ont été des relais indispensables. Ce sont eux qui ont permis de rassurer les habitants, d’expliquer le projet, et d’assurer une dynamique territoriale autour de l’eau.

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Le projet en détails

Dates clés

2018

Premières discussions techniques et élaboration du diagnostic partagé avec les élus.

2020

Intégration du projet dans le SDAEP 77, qui l’identifie comme stratégique à l’échelle départementale.

2022–2023

déroulement du chantier et phases de mise en eau progressive.

10 septembre 2024

Inauguration officielle du Transpr’EAUvinois.

Chiffres clés

60,5

millions d'euros, c’est le coût total du Transpr’EAUvinois, dont un soutien financier de 17,4 M€ du Département et de 22 M€ de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie.

58

communes sont directement bénéficiaires du projet. Cela représente plus de 55 000 habitants désormais alimentés par une eau de qualité, issue de ressources mieux protégées et interconnectées.

2

châteaux d'eau construits à Maison Rouge et Courtacon

Résultats

  • La sécurisation durable de l’alimentation en eau de 58 communes, dans un contexte de dérèglement climatique et de raréfaction des ressources. Cela change la vie, concrètement, pour des milliers d’habitants.

À retenir

Ce projet a rassemblé élus, techniciens, partenaires institutionnels autour d’un objectif commun. Il illustre que même dans un département très contrasté comme le nôtre, nous savons bâtir des solidarités concrètes.

L’exemplarité technique : respect de l’environnement, efficacité énergétique, anticipation des besoins futurs… Le Transpr’EAUvinois n’est pas seulement un chantier d’ingénieurs, c’est un levier d’aménagement durable.

La complexité administrative, bien sûr, reste un défi comme dans tout projet de cette ampleur : les procédures, les autorisations, les délais... L’impact concret a été, pour certaines communes, une hausse du prix de l’eau qui a pu être ressenti négativement. C’est une conséquence directe de la solidarité territoriale. Mais si on assume pleinement cette logique, ce n’est pas un point négatif : c’est le prix d’un service sécurisé et durable. Par ailleurs, malgré nos efforts de pédagogie, certains habitants ont pu s’interroger sur les raisons du chantier ou ses impacts (nuisances temporaires, interrogations sur le coût, etc.). Cela rappelle l’importance de la communication de proximité, en continu et dans la durée.

Ressources

Inauguration du Transpr'EAUvinois : interconnexion majeure pour sécuriser l'alimentation en eau

Eau en Seine-et-Marne

Les partenaires de ce projet

seine-et-marne-departement_logo

Département Seine-et-Marne

Agence de l'eau Seine Normandie

Agence de l'Eau Seine-Normandie

S2E77-logo

S2E77 (Syndicat de l'eau de l'est Seine-et-Marnais)

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communes

507

habitants en 2022

1 452 399

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