Recycler l’eau, protéger le territoire : la stratégie hydrique de Canet-en-Roussillon (66)
Après deux années consécutives de sécheresse et une baisse marquée des ressources disponibles, Canet-en-Roussillon a dû revoir sa gestion de l’eau.
Dans un territoire où l’eau potable ne peut plus répondre à tous les usages, la commune a choisi de transformer une contrainte en opportunité : réutiliser une partie des 1,6 million de m³ d’eaux traitées rejetées chaque année par la station d’épuration.
Déjà engagée dans l’arrosage des espaces verts avec de l’eau recyclée, Canet franchit une nouvelle étape en structurant une filière REUT pensée pour l’agriculture, la viticulture et les usages communaux. Études de faisabilité, montée en puissance progressive, concertation avec les usagers et accompagnement institutionnel ont jalonné ce projet devenu prioritaire.



Entretien avec Stéphane Loda, maire de Canet-en-Roussillon
Ce projet est présenté par :
- Stéphane LODA, maire de Canet-en-Roussillon
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet de la REUT s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
A Canet-en-Roussillon, comme dans l’ensembles des Pyrénées-Orientales, la raréfaction de la ressource en eau s’est progressivement imposée comme une problématique majeure. Des précipitations durablement inférieures aux normales saisonnières, combinées à deux années consécutives de sécheresses, ont entraîné une baisse critique des niveaux de ressources, agissant comme un véritable électrochoc pour le territoire. Face à cette situation, la collectivité a dû repenser ses pratiques et mettre en œuvre des solutions innovantes afin de limiter les impacts sur les différents usages de l’eau, en particulier agricoles, économiques et touristiques.
Si la commune utilisait déjà de l’eau recyclée pour l’arrosage de ses espaces verts — à hauteur d’environ 150 m3 par — ces volumes restaient insuffisants pour répondre aux besoins croissants du secteur agricole et viticole. Dès lors, l’idée de réutiliser une partie des 1,6 millions de m3 d’eaux usées traitées et rejetées chaque année dans la Têt s’est imposée comme une évidence.
Cette réflexion a rapidement pris la forme d’un chantier prioritaire, à la fois stratégique et opérationnel : produire localement une eau sécurisée afin de préserver les usages essentiels, réduire la pression sur les nappes phréatiques et soutenir les filières économiques du territoire. Dans un contexte d’urgence climatique, la réutilisation des eaux usées traitées est ainsi devenue une réponse incontournable. Nous ne pouvions plus nous contenter d’attendre, il fallait agir.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
La municipalité n’a pas avancé à l’aveugle. Elle s’est appuyée sur des modèles déjà éprouvés, en particulier en Espagne, où la REUT est devenue un outil courant d’adaptation agricole, et Israël, référence internationale en matière d’irrigation par eau recyclée. Ces territoires montrent qu’une eau traitée peut devenir une ressource fiable dès lors que les traitements et les contrôles sont maîtrisés.
En France, Canet a suivi de près les travaux du Plan Eau national, les recommandations du Cerema (Centre d’études et d’expertises sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) ainsi que les retours d’expérience d’autres collectivités littorales confrontées à la même urgence. La commune a également observé les actions menées par Perpignan Méditerranée Métropole, qui gère la station d’épuration dont dépend Canet pour inscrire son projet de façon cohérente sur le territoire.
L’ensemble de ces références a permis de consolider la vision du projet : un système techniquement maîtrisé, adossé à une doctrine sanitaire robuste, pensé pour évoluer progressivement vers ses usages futurs, en agriculture, viticulture, voirie et espaces verts.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
La réussite du projet repose sur plusieurs compétences clés : la maîtrise des procédés de traitement, la gestion des réseaux d’eau non potable et bien évidemment une très bonne compréhension du cadre réglementaire. La commune a dû s’assurer que la qualité de l’eau produite répondait aux exigences sanitaires, tout en développant une infrastructure de transfert capable d’acheminer l’eau depuis la STEP jusqu’aux usages identifiés.
Pour accompagner cette montée en compétence, la collectivité a travaillé avec les services techniques de la Métropole, l’Agence de l’eau, la Région, le Département, ainsi que l’ASA du ruisseau du moulin, indispensable pour les usages agricoles et viticoles.
Côté citoyens, Canet a misé sur la transparence : communication et pédagogie, échanges avec les maraîchers et viticulteurs, communication régulière sur les usages autorisés et les volumes concernés, distribution de réducteur de pression auprès des hébergeurs touristiques et à la population. Avec un objectif à la clé : clarifier ce qu’est réellement la REUT, ses bénéfices et ses limites. Cette acceptabilité par les citoyens fait bien sûr partie intégrante du projet.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
La commune a mené une évaluation technico-économique pour déterminer les volumes mobilisables et leur adéquation avec les besoins agricoles, urbains et saisonniers. Cette étude a permis d’établir un objectif de 300 000 m³ par an, adossé à un réseau de transfert de 8 km, dimensionné selon les périodes d’irrigation et les contraintes topographiques.
Le projet s’est construit par étapes : tout d’abord une autorisation temporaire permettant de tester la filière et d’ajuster les paramètres, puis un travail visant à obtenir une autorisation pérenne, conditionnant l’extension des usages.
Les besoins des différentes filières (viticulture, maraîchage, espaces verts) ont été comparés afin d’établir un calendrier d’allocation cohérent. La STEP, qui rejette 1,6 million de m³/an, offre un gisement qui dépasse largement la demande locale, permettant une montée en puissance progressive.
Cette phase préparatoire a permis de calibrer un dispositif fiable, compatible avec les contraintes réglementaires, et adapté à la saisonnalité des usages agricoles.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
La première phase du projet représente un investissement de plus de 130 000 € HT, destiné à produire jusqu’à 5 m³/j d’eau réutilisable.
Le financement repose sur :
- l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse,
- les AquaPrêts de la Banque des Territoires,
- la Région Occitanie,
- le Fonds hydraulique agricole.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les partenaires mobilisés sont nombreux :
- Perpignan Méditerranée Métropole pour le traitement de l’eau,
- la commune de Canet pour les infrastructures de transfert,
- l’Agence de l’eau, la Région et le Département pour l’accompagnement,
- l’ASA du ruisseau du moulin pour l’organisation agricole,
- des entreprises spécialisées pour la partie technique.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Il faut « partir d’un diagnostic territorial précis », anticiper les obstacles réglementaires et associer très tôt les usagers, en particulier les agriculteurs. S’appuyer sur des partenaires institutionnels solides et prévoir une montée en puissance progressive pour accompagner les usages saisonniers permet aussi de mieux piloter ce type de projet.
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Le projet en détails
Dates clés
Septembre 2023
2023 - 2025
2025
Chiffres clés
1,6
1 500
8
À retenir
Ce projet a réduit la pression sur la ressource potable en offrant une réponse opérationnelle à la sécheresse et en proposant un modèle reproductible pour d’autres communes littorales
Il renforce aussi la résilience du territoire en période touristique
La complexité réglementaire reste le principal obstacle, suivie du coût initial, de la nécessité d’adapter certaines infrastructures, et d’un travail d’explication indispensable pour favoriser l’acceptabilité agricole et citoyenne
Ressources
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Actu.fr
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Radio France
Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse
Banque des Territoires

Région Occitanie

Perpignan Méditerranée Métropole
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