À la suite d’une pollution chimique des eaux de captage, la commune de Lédignan (30) distribue des bouteilles d’eau pendant un mois
Suite à de fortes précipitations en avril 2025 ayant provoqué un lessivage des sols, l’ARS a détecté dans la nappe phréatique qui alimente le captage de Lédignan, un taux élevé de terbuméthon-déséthyl, un herbicide interdit en 2003. Cette pollution des eaux de captage a contraint la commune à faire appel à la solidarité de ses voisines pour distribuer de l’eau en bouteille à ses habitants pendant près de cinq semaines, le temps que l’eau de la nappe retrouve naturellement sa pureté.
Pour éviter ce genre d’incident à l’avenir, le maire de la commune Bernard Cauvin souhaite se raccorder au SIAEP de Domessargues et Saint-Théodorit, situé en amont de Lédignan.





Entretien avec Bernard Cauvin, maire de Lédignan
Ce projet est présenté par :
- Bernard Cauvin, maire de la commune de Lédignan (30)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de la commune de Lédignan ?
Mercredi 23 avril 2025, l’ARS nous a prévenu dans la soirée qu’elle avait détecté un taux trop élevé de terbuméthon-déséthyl dans la nappe phréatique. Le seuil autorisé est de 0,1 mg/l et nous étions à 0,116 mg/l. Cet herbicide, utilisé à l’époque pour traiter les vignes mères, est interdit depuis 2003 mais demeure particulièrement rémanent dans la terre. Avec les intenses précipitations du printemps, les sols ont été lessivés et avec le ruissellement, les résidus d’herbicide ont atteint notre captage, situé en aval. Ce ruissellement a été d’autant plus rapide que de très nombreux hectares de vigne mère avaient été arrachés ces six dernières années pour être remplacés par des cultures de céréales. Au printemps, ces champs ressemblent à des terrains de golf, où l’eau emporte tout sur son passage contrairement à la vigne qui ralentit le ruissellement.
À la suite de l’alerte de l’ARS, nous avons tout de suite prévenu la population qu’il était désormais interdit, et ce pour une durée illimitée, d’utiliser l’eau du robinet pour les usages alimentaires directs. Le risque sanitaire potentiel est de développer, sur le long terme, des maladies neurologiques. Prendre sa douche était en revanche toujours possible. Dans les heures qui ont suivi, nous avons mis en place une première distribution d’eau en bouteilles grâce à l’aide des gérants d’une supérette U dans le village, qui se sont démenés pour obtenir une quinzaine de palettes le jour même. En parallèle, nous avons demandé l’aide de la Communauté d’agglomération d’Alès avec laquelle nous avons l’habitude de travailler sur la protection des captages. Au bout de 48h, cette dernière a mis à notre disposition une citerne alimentaire de 36 000 litres, renouvelée tous les 3 jours. Les habitants de Lédignan pouvaient venir s’y réapprovisionner quotidiennement et prendre autant d’eau qu’ils le souhaitaient.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Mon prédécesseur était un général d’aviation qui avait coutume de dire « on est moins bête à plusieurs », ce que je me suis efforcé d’appliquer au cours de cette crise. Par ailleurs, nous avions réactivé notre plan communal de sauvegarde le mois précédent l’alerte de l’ARS.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
S’agissant des compétences, il faut de la modestie, accepter qu’il faille se renseigner et de manière très rapide. Il faut aussi des compétences administratives et techniques. Nous avons ici un poste d’ingénieur agronome ainsi qu’un conseiller municipal ingénieur hydrogéologue.
Concernant l’adhésion des citoyens, nous l’avons obtenue car nous avons été très transparents sur toutes les analyses de l’eau. C’est pourquoi la distribution s’est très bien passée pendant les cinq semaines. Sur les 750 abonnés au service de l’eau, nous n’avons eu qu’une seule plainte, d’une dame qui n’avait pas confiance dans l’eau de la citerne. Autrement, tout le monde a été très coopératif, il n’y a pas eu de panique. Beaucoup sont venus nous proposer leur aide pour distribuer l’eau au point de ralliement et l’amener directement chez les personnes dépendantes. Ça a été une surprise car en mairie, on ne rencontre souvent que les râleurs [rires]. Ceux qui n’ont pas de soucis ne viennent pas vous remercier.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Au début de l’incident, nous avons au départ envisagé de nous raccorder à la commune de Cardet. L’idée était de diluer notre eau dans la leur, ce qui nous aurait permis de retrouver une teneur en terbuméthon-déséthyl acceptable. Problème, il fallait installer des pompes, payer l’électricité, construire un nouveau réservoir, trouver le foncier. Le bureau d’étude avait estimé que cela nous coûterait environ 250 000 euros, ce qui était beaucoup trop cher. Par ailleurs, le taux avait commencé à diminuer de lui-même avec le temps.
Avant cela, en 2013, nous avions entrepris de rédiger un schéma intercommunal de l’eau avec six autres communes alentour. L’idée était de mailler le réseau afin de se protéger les uns les autres de tout problème de ce type. Le SIAEP de Domessargues et Saint-Théodorit, situé en amont de Lédignan, était inclus dans cette boucle. Cette étude avait été réalisée sous l’égide de l’ARS et de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et la Chambre d’agriculture du Gard.
Au bout de deux ans d’études préalables et 65 000 euros de dépense, l’ARS nous a annoncé qu’elle ne pouvait pas financer ce programme de maillage car son cahier des charges avait évolué : désormais, seuls les projets collectifs permettant une réduction des captages dans les rivières seraient subventionnés. Ce n’était pas notre cas, nous avons donc laissé tomber.
Aujourd’hui, nous relançons un schéma directeur d’eau potable pour Lédignan seul, avec toujours dans l’idée de se raccorder au SIAEP de Domessargues et Saint-Théodorit. L’idée est d’avoir une source d’eau alternative en cas de problème. Le syndicat de Domessargues dispose d’une grande réserve d’eau située à 2,8 km sur une colline, ce qui permettrait d’alimenter tout le village par la seule force gravitationnelle, sans surpresseurs. S’il y a une coupure d’électricité à cause d’un orage, l’eau sera donc toujours à disposition.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Concernant « l’incident », nous avons dû payer l’ensemble des palettes d’eau distribuées, les déplacements de la citerne à chaque remplissage par un véhicule adapté ainsi que les heures supplémentaires pour les agents communaux. Tout cela nous a coûté environ 45 000 euros, pris directement sur le budget de la commune. La Communauté d’Agglomération d’Alès nous a mis l’eau à disposition, sans rien nous faire payer. Le Département a accepté de fournir l’eau en petites bouteilles pour la cantine du collège. Une vraie solidarité s’est mise en place.
Le premier schéma intercommunal de l’eau nous a coûté 65 000 euros, financé en partie par l’Agence de l’Eau et le département du Gard.
Le nouveau schéma directeur d’eau potable pour Lédignan devrait coûter environ 60 000 euros, vraisemblablement pris en charge à 65 % par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Les travaux de raccordement au SIAEP de Domessargues et Saint-Théodorit restent à évaluer et pourrait être financés à 75 % par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Concernant le schéma intercommunal de l’eau, nous avons pu bénéficier de l’aide technique du Département du Gard, qui a mis à notre disposition son service d’assistance technique.
À la suite de l’alerte, l’ARS nous avait demandé de réaliser nos propres analyses de l’eau. Elle en faisait aussi de son côté mais ne nous les communiquait pas systématiquement. Assez rapidement, nos analyses ont montré que nous étions retombés en dessous du seuil de 0,1 mg/l de terbuméthon-déséthyl mais l’ARS ne nous donnait pas son feu vert et était très difficile à joindre. Il a fallu le concours de la sous-préfète du Vigan pour obtenir une personne à contacter à l’ARS ainsi que le soutien du sénateur LR du Gard Laurent Burgoa.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
D’être très regardant sur le bureau d’études qu’il va consulter : il faut prendre des gens qui ont l’habitude de ce genre d’analyses et qui ont déjà des contacts avec l’ARS et l’Agence de l’eau. Je lui déconseille de prendre un bureau d’étude peu cher mais que personne ne connait, il va perdre énormément de temps.
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Le projet en détails
Dates clés
10 avril 2025
23 avril 2025
24 avril 2025
13 juin 2025
Chiffres clés
45 000
250 000
2 100
À retenir
Nous avons réussi à réagir rapidement grâce à la réactualisation de notre plan communal de sauvegarde
Sur le long terme, notre projet avorté de schéma intercommunal de l’eau nous a permis de gagner du temps et d’accélérer notre schéma directeur d’eau potable pour Lédignan
Les relations difficiles avec l’ARS
Ressources
Pollution de l’eau à Lédignan : des premiers résultats connus, mais la restriction d’eau toujours maintenue
Midi Libre
Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Rhône Mediterranée Corse

Département du Gard

Communauté d’Agglomération d’Alès
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