Besoin d'aide ou de conseils personnalisés pour votre collectivité ?

Déploiement de la filière membranaire haute performance au SEDIF : améliorer et sécuriser durablement la qualité de l’eau potable

Le projet de filtration membranaire haute performance du SEDIF vise à intégrer une étape avancée en fin de chaîne de traitement de l’eau potable, afin d’en améliorer durablement la qualité.

Ce procédé repose sur des membranes agissant comme des filtres extrêmement précis, capables de retenir de nombreux polluants dissous présents dans l’eau brute. Avant sa généralisation, des unités pilotes permettent de tester le fonctionnement du système en conditions réelles.

Le programme s’inscrit dans une stratégie d’investissement de long terme destinée à sécuriser l’alimentation en eau potable de 4 millions d’habitants.

Entretien avec Thomas Martin

Parole de collectivité
Portrait de Thomas Martin, chef du service Études de faisabilité et filières haute performance au SEDIF. -Crédits photo : SEDIF
Pollutions

Ce projet est présenté par :

  • Thomas Martin, chef du service Études de faisabilité et filières haute performance au Syndicat des Eaux d’Île-de-France (SEDIF). Il pilote les études patrimoniales de faisabilité, le contrôle du délégataire lié au déploiement du programme de filtration membranaire haute performance.
La filtration membranaire haute performance agit comme une barrière sanitaire renforcée. C’est un traitement physique à très large spectre (...).
Thomas Martin

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Quel est votre rôle au sein du SEDIF dans ce projet ?

Le service Études de faisabilité et filières haute performance intervient à deux niveaux. En tant que maître d’ouvrage public, il contribue au renouvellement et à la pérennité du patrimoine industriel du SEDIF : usines, réseaux, réservoirs et stations de pompage. Par ailleurs, il assure le contrôle du délégataire, Franciliane, société dédiée de Veolia en charge de la concession depuis le 1er janvier 2025. Le Syndicat demeure propriétaire des ouvrages et veille, tout au long du projet, au respect des engagements contractuels, techniques et sanitaires.

Que recouvre précisément l’expression « filtration membranaire haute performance » ?

Ce procédé, surnommé FMHP dans notre jargon, repose sur un traitement physique de l’eau à l’aide de membranes très fines qui agissent comme des filtres. Elle combine deux technologies : la nanofiltration et l’osmose inverse. À titre de comparaison, les pores d’une membrane de nanofiltration sont environ 10 000 à 100 000 fois plus petits qu’un cheveu humain, tandis que ceux de l’osmose inverse peuvent être jusqu’à un million de fois plus petits ! Cette finesse permet une dépollution, appelée abattement, de nombreuses substances dissoutes présentes dans l’eau brute.

Pourquoi le SEDIF a-t-il retenu cette solution ?

Le Syndicat produit une eau issue quasi exclusivement de cours d’eau (la Seine, la Marne et l’Oise), des ressources de surface particulièrement exposées aux pollutions agricoles, industrielles et urbaines. Historiquement, les filières de traitement ont été renforcées au fil des avancées technologiques. La nanofiltration installée à Méry-sur-Oise en 1999 constituait déjà une étape majeure. Le projet FMHP vise aujourd’hui à compléter et à généraliser cette approche membranaire afin de répondre à l’émergence de nouveaux micropolluants.

Comment fonctionnent les unités membranaires ?

Elles sont composées de plusieurs modules de membranes disposés en série, organisés en trois étapes successives de filtration. À chaque étape, une partie de l’eau traverse la membrane : c’est le perméat, qui constitue l’eau potable. L’autre partie, appelée refus membranaire, concentre les polluants retenus et est dirigée vers l’étape suivante afin d’optimiser l’utilisation de la ressource. In fine, environ 85 % de l’eau entrante est transformée en eau potable, tandis qu’environ 15 % fait l’objet d’une gestion spécifique avant rejet, après traitement adapté.

Pourquoi exploiter des unités pilotes avant le déploiement industriel ?

Ce sont de véritables installations industrielles à échelle réduite, produisant environ 65 m³ par heure, soit l’équivalent des besoins d’une ville de 10 000 habitants. Elles reproduisent fidèlement les futures installations : mêmes membranes, mêmes réactifs, mêmes automatismes et mêmes instruments de mesure. Elles permettent d’évaluer la performance de dépollution, le comportement des membranes selon les saisons, la stabilité du procédé, la maintenance et les consommations énergétiques.

Quels résultats sont déjà observés ?

Les premières analyses montrent un abattement très fort, c’est-à-dire une dépollution significative, de nombreuses molécules mesurées. Cela concerne notamment des métabolites, des produits de dégradation de substances chimiques comme les pesticides, et qui peuvent persister dans l’eau même longtemps après leur interdiction. Les pilotes confirment la robustesse du procédé face aux variations saisonnières de la qualité de l’eau brute.

Comment s’organise le déploiement sur les trois usines ?

L’usine de Méry-sur-Oise dispose déjà d’une filière membranaire de nanofiltration en service depuis 1999. Le projet y consiste donc principalement à remplacer les membranes existantes par un mix nanofiltration-osmose inverse, ce qui permet une mise en œuvre plus rapide. Le déploiement y est prévu jusqu’à fin 2027, avec des travaux réalisés de manière séquencée afin de garantir la continuité de l’alimentation en eau potable.

À Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne, où aucune filière membranaire n’existait jusqu’à présent, le projet implique la construction de nouveaux bâtiments dédiés accueillant l’ensemble de la filière FMHP. Ces travaux, plus conséquents, sont programmés pour une mise en service entre 2030 et 2032.

Sur l’ensemble des sites, le phasage des interventions est conçu pour assurer une continuité absolue du service public, sans interruption de la production et de la distribution d’eau potable aux usagers.

Quelles sont les implications en matière d’exploitation et de maintenance ?

Les unités pilotes servent également à anticiper les conditions d’exploitation sur le long terme. Des travaux spécifiques portent sur l’ergonomie, la sûreté de fonctionnement, l’accessibilité des équipements et la maintenance des membranes. L’objectif est de concevoir des installations exploitables et maintenables sur plusieurs décennies, tout en garantissant des performances sanitaires constantes.

Qu’en est-il des consommations énergétiques ?

La filtration membranaire entraîne une hausse de la consommation électrique des usines. En revanche, elle permet un fort adoucissement de l’eau. Une eau plus douce nécessite moins d’énergie pour être chauffée dans les équipements domestiques. À l’échelle des 4 millions d’usagers, les économies d’énergie réalisées sont estimées entre 115 et 200 GWh par an, compensant, voire dépassant, le surcroît de consommation électrique lié au fonctionnement des pompes en usine.

Quel rôle joue RTE dans le projet ?

Le projet intègre un volet spécifique de sécurisation et de renforcement de l’alimentation électrique des usines, piloté en coordination avec RTE. La mise en œuvre des nouvelles filières membranaires implique en effet des besoins énergétiques accrus. Ce travail avec RTE vise à garantir, sur le long terme, la continuité et la sûreté du service public de l’eau potable, en sécurisant l’alimentation électrique des sites de production concernés.

Vous évoquez un adoucissement significatif de l’eau. Une reminéralisation de l’eau est‑elle prévue en aval du traitement pour la consommation ?

Grâce à la combinaison des membranes mises en œuvre, le procédé permet de préserver les équilibres minéraux de l’eau, rendant inutile une étape de reminéralisation en aval. Le dispositif trouve ainsi un juste équilibre entre niveau élevé de sécurité sanitaire et production d’une eau directement consommable par les habitants.

Comment le programme est-il financé ?

Le déploiement des filières FMHP représente 1 milliard d’euros d’investissements, au sein d’un plan global du SEDIF de 2,9 milliards d’euros sur la période 2024-2036. Le financement spécifique du programme repose principalement sur un Aqua Prêt de la Banque des Territoires, d’un montant de 967 millions d’euros, couvrant l’essentiel des dépenses liées à la conception, à la construction et à la mise en service des nouvelles installations. L’Agence de l’eau Seine-Normandie finance par ailleurs une partie de l’unité pilote de Choisy-le-Roi. Ce projet s’inscrit dans une stratégie patrimoniale plus large, combinant innovation industrielle et renouvellement des ouvrages existants. Le SEDIF demeure propriétaire de l’ensemble des infrastructures, y compris celles réalisées dans le cadre de la délégation de service public.

Comment s’organise la gouvernance et le pilotage du programme ?

En complément des instances de contrôle prévues par le contrat de délégation de service public, le Syndicat a mis en place une comitologie dédiée à la FMHP. Un comité mensuel réunit le SEDIF, le délégataire Franciliane et RTE afin de suivre l’avancement du projet, d’identifier les points de vigilance et d’arbitrer les décisions techniques. Ce dispositif est complété par des échanges réguliers et la production de livrables thématiques, garantissant un suivi étroit tout au long des phases de conception, de travaux et de préparation à l’exploitation.

Quels enseignements pour les autres collectivités ?

Avant toute chose, il est essentiel de partir de l’analyse de la ressource : type d’eau, nature et variabilité des pollutions, objectifs sanitaires et territoriaux. La filière FMHP constitue une réponse très complète, mais elle doit s’inscrire dans une stratégie de long terme, portée politiquement et financièrement. Ce type de projet nécessite une dizaine d’années d’études, de R&D, d’expérimentation et de concertation avant un déploiement industriel.

Financement de projets en faveur de l’environnement

Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.

Le projet en détails

Dates clés

1999

Mise en service de la nanofiltration à Méry-sur-Oise

2025 - 2026

Exploitation des unités pilotes FMHP

Mi 2026 - fin 2027

Déploiement à Méry-sur-Oise

2030 - 2032

Mise en service à Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne

Chiffres clés

3

usines principales de production d’eau potable

4

millions d’habitants alimentés

85

% de rendement eau potable par filière membranaire

À retenir

Dépollution renforcée face aux micropolluants et anticipation des évolutions réglementaires

Vision industrielle et patrimoniale de long terme

Optimisation énergétique du procédé, complexité technique et phasage des travaux et nécessité de conduire en parallèle des actions de préservation de la ressource

Ressources

Les pilotes de filtration membranaire haute performance mis en service

Article du SEDIF

Le Sedif met en service des pilotes de filtration membranaire haute performance

Article de L'Eau, L'industrie, Les Nuisances

Les partenaires de ce projet

BANQUE_TERRITOIRES_LOGO

Banque des Territoires

(AESN) agence-de-leau-seine-normandie_logo

Agence de l'Eau Seine-Normandie

logo-franciliane-veolia-aquagir

Franciliane - filiale de Veolia

logo-RTE-aquagir

RTE

En savoir plus sur le SEDIF

communes membres

133

Données de contact

L'eau sur mon territoire

logo aquarepère

Les autres projets - Pollutions

Vous êtes passés à l'action sur la gestion de l'eau ?

Présentation du déroulé d'un projet

Je souhaite profiter des offres de financement de la Banque des Territoires pour mon projet

Les champs marqués de * sont obligatoires

Seuls les numéros et caractères #, -, * sont acceptés.

Votre projet

Le financement de votre projet

Autres financements

Vous souhaitez partager un retour expérience ?

Les champs marqués de * sont obligatoires

Seuls les numéros et caractères #, -, * sont acceptés.