Des filtres pour piéger les PFAS dans les captages à Cognac (16)
En 2024, une partie des captages alimentant les communes autour de Cognac ont présenté des concentrations en PFAS trop élevées.
Ces « polluants éternels », grande famille de substances chimiques dépassaient la limite de qualité réglementaire.
Grand Cognac agglomération et son délégataire Agur ont alors instauré un plan d’actions, avec un arrêt des captages les plus contaminés et la mise en place de filtres plus performants au charbon actif dans l’usine de traitement de l’eau.
Ces initiatives ont permis de meilleurs résultats d’analyses.
Cognac agglomération a installé des filtres plus performants afin de limiter les PFAS dans l’eau potable. - Crédit Photo : Stéphane Charbeau
La communication avec les usagers est un point important sur ce genre de sujet sensible et anxiogène.
L'interview
Comment le sujet des PFAS s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Nous nous sommes saisis du sujet dès le début de l’année 2024, en prévision de l’entrée en vigueur de la réglementation de janvier 2026. L’intégration des PFAS dans les programmes réglementaires de contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) est désormais obligatoire au niveau national et a été mise en œuvre progressivement à partir du 1er mars 2025.
En septembre 2024, des captages alimentant les communes autour de Cognac (quatre communes, soit environ 12 000 usagers) ont présenté des concentrations en PFAS supérieures à la future norme des 0,1 µg/l (maximum 0,18 µg/l) sur des analyses réalisées en avril 2024.
Il n’y a pas eu de restriction d’usage, l’eau distribuée était consommable dans les quatre communes concernées, mais nous avons voulu instaurer un plan d’actions afin d'être alignés avec la nouvelle réglementation.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Il n’y a pas eu d’inspiration particulière auprès d’autres collectivités mais surtout un engagement d’analyser l’ensemble de nos ressources disponibles afin d'établir une cartographie de la présence, ou non, de ces molécules. Nous avons essentiellement échangé sur ce sujet avec les services de l’Agence régionale de santé (ARS) de Charente.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Maîtriser les enjeux liés au cycle de l'eau est bien entendu un avantage. De notre côté, nous avons avancé avec une équipe resserrée. Côté élus, le président de Grand Cognac agglomération Jérôme Sourisseau et le vice-président en charge de l’eau, Mickaël Villéger, se sont fortement impliqués. Côté services, la direction de l’eau et le délégataire Agur ont piloté l'élaboration de ce plan d’actions, en lien étroit avec la direction de la communication et de l’attractivité.
Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?
Sur le volet citoyen, l'adhésion au projet est un point important car c'est un sujet sensible et potentiellement anxiogène. Nous avons privilégié une communication claire et pédagogique, relayée sur nos supports habituels (site Internet, journaux des collectivités, etc.) afin d'expliquer la démarche et de partager les informations avec eux.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Nous avons eu six mois pour établir le plan d’actions sur le secteur de Cognac, nous avons eu la chance de pouvoir adapter rapidement notre station de traitement en mettant en place un charbon actif plus performant afin de piéger les PFAS. Le dimensionnement technique du dispositif a donc été élaboré conjointement par l’exploitant AGUR et la direction de l’eau.
Pour affiner ce dimensionnement, il a fallu ré-examiner le fonctionnement des différents captages. Des adaptations techniques ont été également réalisées pour réduire le temps de fonctionnement des captages les plus concentrés en PFAS tout en garantissant un niveau de production suffisant pour répondre aux besoins du territoire.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Aucune aide spécifique n'a été sollicitée. Le projet a été intégralement financé sur le budget eau de l’agglomération.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
La démarche s'est appuyée sur "un trio opérationnel ": le délégataire Agur, la direction de l’eau et l’Agence régionale de santé Charente.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
La contrainte de temps s’est finalement avérée un atout, nous obligeant à avoir une approche pragmatique et aller à l’essentiel. Dans notre cas, nous disposions d'une solution technique immédiatement mobilisable, sans passer par de longues études.