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ECLA expérimente les PSE sur l'aire d'alimentation du captage de Villevieux (39)

À Lons-le-Saunier dans le Jura (39), la régie Eau de l’Espace communautaire Lons Agglomération (ECLA) a pour mission de garantir une eau potable de qualité sur son territoire. La volonté politique est claire : investir en amont en accompagnant les agriculteurs vers des pratiques plus favorables à la ressource en eau.

Le territoire compte cinq champs captants, dont le principal, situé sur la commune de Villevieux, assure à lui seul 60 % de l’alimentation en eau potable. Dans ce contexte, il était indispensable de réduire l’usage des herbicides et des nitrates dans les aires d’alimentation des captages (AAC).

Les paiements pour services environnementaux (PSE) sont apparus comme un outil pertinent. Ils permettent de rémunérer les exploitations agricoles pour les services rendus à l’environnement, tout en leur laissant le temps nécessaire pour engager et consolider des changements de pratiques à l’échelle de leur système d’exploitation.

Le PSE porté par la régie Eau d’ECLA concerne une surface totale de 3 540 hectares, dont 1 170 hectares situés dans l’Aire d’Alimentation du Captage (AAC) de Villevieux.

Entretien avec Bérengère Thill et Jean-Yves Bailly

Parole de collectivité
De gauche à droite, Jean-Yves Bailly, Président de la Régie Eau et Assainissement d’ECLA et Bérengère Thill, Chargée préservation de la ressource en eau pour la régie eau d’ECLA - Crédits photos : Emmanuelle Vergon
Pollutions

Ce projet est présenté par :

  • Bérengère Thill, Chargée préservation de la ressource en eau pour la régie eau d’ECLA
  • Jean-Yves Bailly, Président de la Régie Eau et Assainissement d’ECLA
La qualité de l’eau potable est un enjeu fondamental de santé publique.
Jean-Yves Bailly

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Comment les paiements pour services environnementaux (PSE) se sont-ils imposés à l’agenda de votre collectivité ?

Bérengère Thill : Dans le cadre de son 11e programme Sauvons l’eau 2019-2024, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse (AERMC) a lancé un appel à manifestation d’intérêt auquel nous avons répondu. Ce dispositif vise à déployer, sur des territoires volontaires, des paiements pour services environnementaux (PSE) à destination des exploitations agricoles, de manière à initier la transition agroécologique et la mise en œuvre de changement de pratiques agricoles favorables à la gestion de la ressource en eau, des milieux humides et de la biodiversité.

C’est une expérimentation incitative qui permet de rémunérer les agriculteurs sur leur progression en 5 ans, un temps estimé suffisant pour mettre en place et consolider de nouvelles pratiques.

Les choses se sont enclenchées jusqu'à la construction d'un cahier des charges spécifique à la régie eau d’ECLA et au captage d'eau potable de Villevieux afin de disposer d’un outil adaptable au territoire. Ce cahier des charges a été co-construit entre la régie, l'agence de l'eau et les agriculteurs. Il définit des indicateurs viables et fiables sur le terrain pour mesurer la progression sur cinq ans avec une rémunération fondée sur deux types de résultats : le maintien et la progression.

Notre objectif était d'avoir des leviers d'action sur la réduction de l'usage des herbicides et des nitrates. Pour cette raison, notre PSE est développé selon une brique paysagère, basée sur les surfaces et le nombre d'infrastructures agroécologiques, pour agir sur l'axe de la biodiversité, et une brique agricole pour agir plus sur la qualité de l'eau potable.

La brique agricole repose sur quatre indicateurs : les rotations et le temps de couverture des sols, l’indice de fréquence de traitement herbicide (IFT) ainsi que les quantités d'azote minéral apportées à l'hectare.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

C’est notre premier PSE, une phase d'expérimentation pour tester la méthode. Nous faisons partie des trois projets en Bourgogne Franche-Comté et nous sommes rattachés à la délégation de Lyon (20 projets). Depuis, nous avons candidaté au nouvel appel à manifestation d'intérêt sorti en juillet 2025.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Le succès repose sur un réseau de partenaires solides, l’animation et la coordination du projet. C’est une mécanique complexe, nécessitant des moyens humains et du temps pour collecter et analyser les données techniques des exploitations.

20 exploitations se sont engagées sur notre territoire, dont trois viticulteurs et le reste polyculture/élevage. Nous avons fini le 31 août 2025, c'est la dernière année culturale, nous sommes donc sur la phase de bilan du PSE1.

Un des buts des PSE est de mettre des formations en place et de faire de l'échange.

Par exemple, en février, nous avons fait un atelier mission Ecophyto. L'idée était de rassembler un petit groupe d'agriculteurs et de discuter avec eux des freins au changement. Sont-ils économiques ? Techniques ? Environnementaux ? Sociaux ?

Un des agriculteurs présente toute sa rotation, et un échange s'engage avec les autres qui apportent des solutions ou présentent les alternatives qu’ils utilisent.

Le but de cet atelier était de reconcevoir la rotation à l'échelle de l'exploitation en ayant baissé les IFT de 60%. Plus globalement, l'objectif des PSE c'est de reconcevoir les rotations pour les allonger et mieux alterner les cultures et ainsi réduire l'usage des herbicides.

Le dispositif permet d'échanger, de comparer les pratiques et de progresser ensemble. Nous pouvons faire intervenir des experts, des formateurs et ne pas nous focaliser uniquement sur les phytosanitaires ou sur les nitrates, parler d'agronomie et de couverture des sols peut avoir un impact par effet ricochet sur ces problématiques. Et ça, c’est plus audible par les agriculteurs qui participent.

Avec ces volontaires, il y a un vrai engagement à travailler autrement mais un des freins qui est ressorti est l'accompagnement technique individuel car le PSE1 était très orienté accompagnement collectif. Nous avons essayé de les orienter vers le désherbage mécanique, l'alternative principale aux herbicides. Nous avions loué du matériel spécifique et un conseiller technique les a accompagnés sur le réglage et l'utilisation des outils. La question aujourd’hui est : comment rassurer les agriculteurs pour qu'ils gagnent en autonomie notamment sur le réglage des outils de désherbage mécanique ?

Comment avez-vous obtenu l’adhésion des agriculteurs et/ou coconstruit avec eux ?

Jean-Yves Bailly : Bien avant la prise de compétence par la régie eau d’ECLA en 2020, la ville accompagnait déjà les agriculteurs pour améliorer la qualité de l'eau. Le PSE a été un outil important et complémentaire au travail déjà réalisé.

Politiquement, nous voulions vraiment nous concentrer sur le préventif plutôt que sur le traitement de l'eau. Il ne s’agit pas d’opposer l'agriculture à la protection de l’environnement, c’est un vrai travail d'accompagnement et de soutien.

Nous nous engageons aussi sur d'autres leviers tels que les ORE, (obligations réelles environnementales) qui incitent les propriétaires de terrain à maintenir de la prairie ou du bio en place sur le long terme ( 30 à 60 ans), et une stratégie foncière avec l'acquisition de parcelles dans les périmètres de protection rapprochée.

L'idée, c'est vraiment d'inscrire durablement les bonnes pratiques.

Et pour ce nouveau programme PSE2, la régie s'engage à compléter les aides de l'Agence de l'eau. En effet, dans ce nouveau dispositif le financement des agriculteurs ne sera pris en charge qu'à hauteur de 80 % avec un plafond par exploitation.

Bérengère Thill : Nous les avons sollicités pour une réunion, afin de leur présenter le projet et les indicateurs. L'idée était de les retravailler avec eux. Par exemple, les indicateurs proposés par l'Agence de l'eau au niveau national, n'étaient pas forcément adaptés à notre contexte territorial. Sur notre territoire, les vignerons pratiquent déjà des couverts végétaux, ce qui diffère des hypothèses initiales des indicateurs nationaux. Nous avons donc réajusté en fonction de nos pratiques agricoles, tant sur les vignes que pour les grandes cultures et l'élevage.

Ce PSE nous a vraiment permis de faire évoluer les relations avec les agriculteurs. En ayant accès à leur itinéraire technique et à leurs données, nous pouvons proposer des alternatives cohérentes.

Par exemple, sur l'azote, l’évolution n’a pas été aussi flagrante que prévu. Lors des échanges initiaux, le but était de remplacer l'azote minéral par de l'azote organique. Or le coût de l'azote a explosé, ce qui a engendré un blocage financier et ne leur a pas permis d'échanger cette pratique. Quand nous nous sommes revus en août, nous avons pris ce problème en compte et avons réfléchi sur comment travailler sur le sujet autrement. Certains agriculteurs ont demandé une formation sur le cycle de l'azote, afin de mieux interpréter les reliquats azotés pour être plus pertinents dans les apports.

Avez-vous mené une étude pour définir son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du PSE ?

L’agence de l’eau (AERMC) a sélectionné les dossiers en fonction des objectifs et de la cohérence au territoire.

Les agriculteurs sont engagés sur cinq ans, nous avons fait des simulations sur les différentes progressions pour évaluer les montants et par extension le budget par exploitation et le budget global de notre PSE.

Nous avons de bons résultats sur la brique paysagère, quatorze des agriculteurs engagés ont développé des systèmes agro-écologiques (haies). Ils ont joué le jeu, il y a même un de nos viticulteurs qui a consommé son enveloppe au bout de 3 ans.

D’ailleurs l’un des enjeux de ce PSE était d'aller jusqu'au Label Haie.

Les résultats ont été plus mitigés sur les herbicides. L'année dernière, nous avions une très grosse pluviométrie, ce qui a rendu le désherbage mécanique difficile et donc forcément, nous avons eu moins de progrès sur cet indicateur-là, alors que cette année le désherbage a pu se mettre en place facilement, ce qui a permis une marge de progression supplémentaire. L'outil est bien adapté parce qu'il est calé sur les pratiques de base des agriculteurs, mais on sent bien qu’engager le changement sur les herbicides et les nitrates, c’est plus difficile, parce que ça touche aux rendements.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

La première enveloppe sur le PSE 1 est 2 500 000 € pour les 20 exploitants entièrement pris en charge par l'Agence de l'eau, donc à 100 % sur la rémunération des exploitations.

Concernant l'animation du PSE, (formations, interventions d’experts, accompagnement), elle est subventionnée à 70 % par l'Agence de l'eau, le reste est pris en charge par la régie Eau d’ECLA.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Sur la brique paysagère, la fédération des chasseurs du Jura et JNE nous ont accompagnés pour les conseils plantations et haies.

La fédération des chasseurs du Jura réalise en plus le suivi annuel de la brique paysagère.

Sur la brique agricole, nous avons fait intervenir des formateurs, des experts, des laboratoires d'analyse pour tout ce qui est reliquats azotés ainsi que les techniciens-conseils de la Chambre d'agriculture du Jura. Bio Bourgogne Franche-Comté est venu parler d'alternatives aux herbicides.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Jean-Yves Bailly : Le PSE est une approche préventive, beaucoup moins onéreuse que le traitement de l’eau à postériori. En termes d’animation et de coordination, il faut une volonté politique de se donner les moyens.

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Le projet en détails

Dates clés

Septembre 2019 à août 2020

Campagne culturale année zéro

Septembre 2020 à août 2021

Campagne culturale année 1

Fin 2025

Bilan du COPIL

Chiffres clés

3.75

km de haies plantées entre 2022 et 2024

2.5

millions d'euros de coût pour les agricultures

75 000

euros/an de coût pour les animations

À retenir

Moins d'herbicides et de nitrates

Initiation au désherbage mécanique

Le manque de conseil technique individuel

Ressources

Expérimentation de Paiements pour Services Environnementaux sur l'aire d'alimentation du captage d'eau potable de VILLEVIEUX (39)

Ministère de la transition écologique

Aire d'alimentation du captage d'eau potable de Villevieux : le projet

infogram

Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

federation-chasseurs-du-jura-logo

Fédération des chasseurs du Jura

LOGO_CHAMBRE-DAGRICULTURE

Chambre d'agriculture du Jura

En savoir plus sur la Régie eau de l'ECLA

communes couvertes par le réseau de distribution d’eau potable

16

habitants desservis en eau potable

28 000

km de réseau de distribution d’eau potable

315

Données de contact

L'eau sur mon territoire

logo aquarepère

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