Besoin d'aide ou de conseils personnalisés pour votre collectivité ?

Sur le captage d’Hilsenheim (67), les PSE au service de la qualité de l’eau potable

En 2020, le captage d’Hilsenheim (Bas-Rhin, 67) fait partie des deux territoires pilotes pour expérimenter le dispositif des PSE : les Paiements pour Service Environnementaux. Animés par le SDEA (Syndicat des Eaux et d’Assainissement d’Alsace-Moselle), les PSE visent à préserver la ressource en eau potable en garantissant sa qualité, par différentes rétributions liées à l’utilisation des herbicides et des produits phytosanitaires, la couverture des sols et les cultures à Bas Niveau d’Impact.

Les parcelles prioritairement ciblées sont celles situées sur les AAC (Aires d’Alimentation de Captages) alimentant les réseaux d’eau potable.

5 ans après le tout premier lancement des PSE, trois animatrices du dispositif témoignent.

Entretien avec Coralie Welsch, Marie Seyer et Mathilde Kauffer

Parole de collectivité
(de gauche à droite) Coralie Welsch, Marie Seyer, Franck Hufschmitt (SDEA), Mathilde Kauffer (Chambre d’Agriculture) - Crédit photo : Julien Loisel / SDEA
Pollutions

Ce projet est présenté par :

  • Coralie Welsch, Chargée de mission Préservation des Ressources en Eau au SDEA
  • Marie Seyer, Chargée de missions - Aides surfaciques au SDEA
  • Mathilde Kauffer, Conseillère spécialisée Eau et agriculture & animatrice Captages d'eau à la Chambre d’Agriculture d’Alsace

 

L’idée des PSE est d’agir rapidement pour obtenir des résultats à 10, 20 ou 30 ans, d’où l’importance de mettre en place des indicateurs illustrant les efforts actuels
Marie Seyer, Chargée de missions - Aides surfaciques au SDEA

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Comment le sujet des PSE s’est-il imposé à l'agenda du Syndicat des Eaux et de l’Assainissement d’Alsace-Moselle ?

Coralie Welsch : Depuis 2002, le Syndicat des Eaux et de l’Assainissement d’Alsace-Moselle (SDEA) mène des actions de préservation de la ressource en eau sur le territoire du Bas-Rhin, dans des secteurs qui continuent de s’agrandir. Aujourd’hui, plus de 20 captages sont classés prioritaires sur nos 2 bassins versants : des traces de produits phytosanitaires et de nitrates sont en effet présentes dans l’eau, et nous devons donc agir avant que l’eau ne devienne plus potable. Or, nous savons le temps d’inertie entre les actions menées pour préserver l’eau et leurs résultats réels, parfois de l’ordre de plusieurs années, voire dizaines d’années. Les PSE s’inscrivent dans ce contexte de base.

Notre stratégie a évolué depuis 2002, puisque les problématiques législatives et environnementales ont elles aussi évolué : là où les particuliers avaient à l’époque accès aux produits phytosanitaires (tels que le RoundUp) et où nous essayions de réduire les dosages en accompagnant les professionnels, nous sommes passés (nous, ainsi que nos financeurs, l’Agence de l’Eau et la Région Grand Est) à une démarche beaucoup plus ambitieuse, pour réfléchir à un changement de système agricole basé sur « la bonne culture, au bon endroit ».

Au SDEA, notre approche se base aujourd’hui sur 4 axes majeurs :

  • la connaissance de nos territoires ;
  • des plans d’action et de concertation, avec les acteurs locaux que sont les agriculteurs, les élus ;
  • un changement de pratiques et de systèmes agricoles, dans lequel s’inscrit les PSE ;
  • des aides financières ou foncières, dans lesquelles on retrouve les ORE (Obligations réelles environnementales) ou les BRCE (Bail rural à clauses environnementales).

Marie Seyer : C’est dans ce cadre que les PSE sont mis en place en 2020 et 2021, par le Ministère de la Transition Ecologique : l’idée est alors d’aller plus loin que la PAC (Politique Agricole Commune) en terme d’objectifs environnementaux. Sur notre territoire, plusieurs facteurs nous encouragent alors à tester le dispositif : une forte volonté politique au sein du SDEA d’étudier sa faisabilité, des études de préfiguration – notamment sur les couverts végétaux – fortement encouragées par l’Agence de l’Eau, et la possibilité d’un territoire pilote dans la commune d’Hilsenheim, où des élus moteurs sur ces sujets nous encouragent à modéliser les financements possibles.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Coralie Welsch : A l‘époque nous avions pu échanger avec deux autres territoires qui avaient choisi comme nous de tester le dispositif dès son lancement, au sein de la collectivité d’Eau de Paris et sur le bassin versant du Rupt de Mad, en région messine. Un groupe de discussion avait été alors créé pour échanger sur les bonnes pratiques.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Coralie Welsch : Il s’agissait principalement d’études de préfiguration et de modélisation des seuils, avec l’aide d’une calculatrice PSE qui a été proposée aux organisations dès le lancement du projet, pour calculer les potentielles rémunérations des agriculteurs.

Marie Seyer : Nous sommes aussi allés voir les agriculteurs pour établir avec eux un diagnostic au lancement du dispositif, afin d’évaluer leur appétence pour le dispositif et voir quels objectifs ils pouvaient viser, selon la rémunération prévisionnelle.

Mathilde Kauffer : L’objectif de ces diagnostics est de réaliser des simulations en fonction de leurs pratiques agricoles : jusqu’à quel point peuvent-ils réduire leur utilisation de certaines molécules herbicides, ou améliorer leur pourcentage de cultures BNI ? Nous proposons aussi d’assurer un suivi toute l’année sur ces questions au niveau de la Chambre d’Agriculture.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Mathilde Kauffer : Une bonne connaissance du territoire concerné et de ses problématiques est nécessaire (notamment en terme de pollutions liées aux nitrates et aux herbicides), mais aussi des problématiques agricoles plus générales, des typologies des exploitations, des pratiques déjà en place, etc. Il nous a fallu aussi associer l’ensemble des acteurs du territoire dans la démarche, être capable de bien communiquer pour intégrer pleinement les agriculteurs dans le dispositif des PSE, les écouter et favoriser un climat de confiance entre tous ces différents acteurs.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment le SDEA a-t-il assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Marie Seyer : Nous avons pu nous appuyer sur des données agricoles communiquées par la DRAAF (Direction Régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt) et par la Chambre d’Agriculture d’Alsace pour pouvoir confronter les statistiques dont nous disposions et les objectifs que nous souhaitions atteindre : quels seuils viser, sur l’utilisation des herbicides de synthèse (exprimée en QSA, Quantité de Substance Active), sur les cultures BNI (Bas Niveau d’Impact) ou encore sur le couvert des sols ?

Au départ, les PSE pouvaient faire peur en terme de complexité, mais l’idée d’avoir ciblé un territoire pilote présentant une plus forte acceptabilité nous a aidé à poser les enjeux de ce dispositif. Au total, 9 agriculteurs se sont engagés sur le territoire d’Hilsenheim, et neuf de plus en 2024 ont rejoint le dispositif.

Le plus dur à estimer dans le cas des PSE reste le budget, en fonction du nombre d’agriculteurs éligibles : nous nous sommes aidés de la calculatrice « PSE Environnement » et des données communiquées par la DRAAF, mais c’est seulement lorsque nous lançons le projet que nous pouvons définir notre enveloppe budgétaire globale, bloquée pendant 5 ans et que l’on ne peut pas dépasser, même si l’agriculteur va plus loin que les objectifs que nous avons fixés avec lui. Dans notre cas de figure, nous avons un reste à charge exceptionnel géré par les SDEA qui peut décider de mieux rémunérer des objectifs dépassés, même si cela reste rare.

Mathilde Kauffer : Les PSE sont à ce titre un système plus souple que d’autres dispositifs où, même si l’agriculteur ne remplit pas complètement le contrat signé, il peut prétendre à une rémunération.

Comment le SDEA a-t-il financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Coralie Welsch : Les PSE sont financés à 80 % par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et les 20 % restant sont à la charge du SDEA.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné le SDEA dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Mathilde Kauffer : Dès 2021, nous avons sollicités différents acteurs autour du lancement des PSE dans le secteur d’Hilsenheim : l’Agence de l’Eau Rhin-Meuse bien entendu, ainsi que le Ministère de la Transition Écologique, le réseau Bio en Grand Est, la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) pour le cahier des charges spécifiques aux prairies du Graffenmatt, la Chambre d’Agriculture d’Alsace, la commune de Muttersholtz, la Région Grand Est, le département du Bas-Rhin ainsi que la FNCCR (Fédération nationale des collectivités dévolues aux services publics locaux en réseau) et d’autres collectivités initiatrices de PSE (conseils partagés sur organisation générale et administrative), à l’instar du Rupt de Mad ou Eau de Paris.

Financement de projets en faveur de l’environnement

Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.

Le projet en détails

Dates clés

2019

Mise à l’agenda et dépôt du dossier

2020

Inspiration

2020

Compétences, diagnostic et planification

2020 - 2025

Durée du PSE d'Hilsenheim

Chiffres clés

18

agriculteurs intégrés au projet

259 420

€ pour le captage d’Hilsenheim

1 710

hectares impactés

À retenir

Les premiers résultats sont très encourageants : sur la période mesurée, entre 2020 et 2024, nous avons enregistré une diminution des herbicides répandus (en QSA, Quantité de Substance Active) de 30%, de 1,08 kg/hectare à 0,77 kg/hectare. Aussi, la proportion de cultures à Bas Niveau d’Impact est passée de 44% à 51% sur cette même période

Au-delà de l’aspect statistique, les PSE ont permis de créer un groupe d’entraide d’agriculteurs, qui ne se connaissaient pas tant que ça avant le dispositif. Ils peuvent échanger sur leurs nouvelles pratiques, et se donner des conseils "je teste les couverts végétaux depuis trois ans, et je m’aperçois de leur efficacité »

Il nous est également difficile de comprendre si les stratégies adoptées dans le cadre des PSE génèrent de réelles pertes de rendements, malgré des essais que nous menons de manière pluriannuelle sur certaines parcelles : nous y étudions la différence entre l’utilisation « classique » d’un herbicide et des tentatives de mécanisation associées à une baisse de la QSA utilisée

Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Rhin-Meuse

Agence de l'eau Rhin-Meuse

logo_reseau-bio-grand-est_aquagir

Réseau Bio - Grand Est

logo LPO ligue de protection des oiseaux

Ligue pour la Protection des Oiseaux

LOGO_CHAMBRE-DAGRICULTURE-150x150

Chambre d’Agriculture d’Alsace

logo-Muttersholtz-aquagir

Commune de Muttersholtz

Région Grand Est

Région Grand Est

logo-Bas-Rhin-aquagir

Département du Bas-Rhin

LOGO-FNCCR-2020

FNCCR

En savoir plus sur le Syndicat des Eaux et de l’Assainissement Alsace-Moselle (SDEA)

salariés

720

communes couvertes

> 700

de réseaux eau potable

4 200

km de réseaux eaux usées

6 160

Données de contact

Les autres projets - Pollutions

Vous êtes passés à l'action sur la gestion de l'eau ?

Présentation du déroulé d'un projet

Je souhaite profiter des offres de financement de la Banque des Territoires pour mon projet

Les champs marqués de * sont obligatoires

Seuls les numéros et caractères #, -, * sont acceptés.

Votre projet

Le financement de votre projet

Autres financements

Vous souhaitez partager un retour expérience ?

Les champs marqués de * sont obligatoires

Seuls les numéros et caractères #, -, * sont acceptés.