Rachats de maisons : la stratégie de la CAPSO (62) face aux crues inédites
À la suite des inondations majeures qui ont touché le Pas-de-Calais en novembre 2023 puis en janvier 2024, la Communauté d’Agglomération du Pays de Saint-Omer (CAPSO) a mobilisé le Fonds Barnier afin d’acquérir, auprès des habitants qui le souhaitaient, les maisons dont les dégâts dépassaient 50 % de leur valeur.
Cette démarche, mise en œuvre rapidement à l’échelle de l’agglomération, a permis aux familles les plus durement touchées de commencer à se reconstruire. Ces acquisitions ouvrent également la voie à des projets d’aménagement hydraulique, comme l’impasse Salengro à Blendecques.
L’objectif est double : répondre à l’urgence humaine et renforcer durablement la protection du territoire contre de futurs épisodes de crue.




Entretien avec Laurent Denis, Président de la Communauté d’Agglomération du Pays de Saint-Omer
Ce projet est présenté par :
- Laurent Denis, Président de la Communauté d’Agglomération du Pays de Saint-Omer
Parole de collectivité
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Pour quelles raisons ce dispositif s’est-il imposé à l’agenda de la Communauté d’agglomération du Pays de Saint-Omer ?
Le territoire a subi en novembre 2023 puis en janvier 2024 des inondations d’une ampleur totalement inédite. Ces crues ont touché des communes déjà fragilisées par des événements passés, mais jamais dans de telles proportions. Dans certains secteurs, les débits ont atteint 90 m³/s, rendant inefficaces les ouvrages de protection dimensionnés après la crue de 2002.
Face à cette situation d’urgence, il existait bien un dispositif national dédié : le Fonds Barnier, créé en 1995, qui permet à l’État de racheter les biens immobiliers les plus lourdement sinistrés lorsque les dégâts excèdent 50 % de leur valeur. Mais l’ampleur de la crise dans le Pas-de-Calais laissait craindre des délais très longs. C’est pourquoi la CAPSO a décidé d’agir immédiatement pour prendre en charge les habitants.
L’ancien président, Joël Duquenoy, a fait le choix de recruter une personne dédiée afin d’activer le dispositif le plus rapidement possible. Des réunions ont été organisées pour expliquer le dispositif aux habitants et les accompagner pas à pas dans leurs démarches.
En parallèle, la CAPSO a mobilisé le PAPI (Programme d’Actions de Prévention des Inondations) pour soutenir les propriétaires dont les maisons, moins touchées, pouvaient être protégées par des équipements hydrauliques individuels, et racheté certaines habitations sur 2 quartiers en vue d’y réaliser des aménagements hydrauliques. L’objectif était clair : aller vite, prendre en charge les familles qui n’avaient plus rien, et amorcer leur reconstruction dans un contexte particulièrement complexe. Le rôle d’interface de l’agglomération a été déterminant pour fluidifier les procédures.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous nous sommes appuyés sur les dispositifs existants : le Fonds Barnier pour les rachats de maisons les plus sinistrées et le PAPI, qui inclut déjà la possibilité de procéder à des acquisitions pour réaliser des aménagements hydrauliques. L’approche a été pragmatique : mobiliser tous les outils disponibles afin d’apporter des réponses efficaces et rapides.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Oui. Des études « flash » ont été menées pour évaluer les effets hydrauliques d’une renaturation des secteurs concernés. Les résultats montrent un bénéfice tangible : par exemple, le rachat et la démolition des maisons de l’Impasse Salengro à Blendecques pourraient réduire le niveau d’eau de 8 centimètres dans ce secteur.
À Arques, la renaturation d’une zone où plusieurs maisons sont en cours d’acquisition permettra de limiter les débordements de la rivière et de réduire la montée des eaux dans le cœur de ville.
Dans le cas particulier de l’impasse Salengro, les premières évaluations ne permettaient pas de racheter toutes les habitations, car seule une partie répondait aux critères du Fonds Barnier. Les études hydrauliques ont démontré qu’une opération globale était nécessaire pour permettre un véritable aménagement de protection. L’État a alors validé un financement PAPI complémentaire. C’est donc la combinaison d’opportunités foncières et d’analyses hydrauliques qui rend ces aménagements possibles.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Outre le montage de dossiers administratifs, il est indispensable de disposer de compétences hydrauliques pointues et de mener des études spécifiques. Les zones de démolition de grande ampleur, comme celles identifiées à Blendecques ou Arques, nécessitent une vision technique précise pour permettre la conception d’aménagements efficaces et adaptés.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Dès le début de la crise, plusieurs réunions publiques ont été organisées. L’attente des habitants était immense, d’autant que certains avaient déjà vécu plusieurs épisodes d’inondation et que leurs protections individuelles – y compris les batardeaux – s’étaient révélées insuffisantes.
Sur l’impasse Salengro, quelques habitants étaient réticents au départ, mais beaucoup ont finalement choisi de vendre, convaincus par l’enjeu hydraulique et la nécessité de se protéger durablement. En décembre 2024, la majorité des dossiers étaient complets sur les plans assurantiel et financier. Les équipes ont dû faire preuve d’écoute et d’empathie, car quitter sa maison est toujours un crève-cœur. Plusieurs habitants ont signé l’acte de vente en pleurant. Il a fallu expliquer que la protection du territoire repose sur une somme d’actions complémentaires, et qu’aucun bassin de rétention isolé ne suffirait face aux phénomènes que nous connaissons désormais.
Comment le projet a-t-il été financé et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Pour l’ensemble des 90 maisons ciblées, les crédits mobilisés représentent 18 millions d’euros.
Deux financements existent : le fonds Barnier qui finance 100% des coûts pour les habitations sinistrées à plus de 50% leur valeur et 50% des coûts pour les habitations sinistrées à moins de 50%, mais situées dans les 2 quartiers où des aménagements hydrauliques vont être réalisés.
L’EPF intervient quant à lui à hauteur de 30% des coûts pour les secteurs où les aménagements hydrauliques vont être réalisés.
Il reste au final environ 1,5 M€ à charge de la CAPSO.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Le SmageAa, les communes concernées et l’ensemble des services de l’État ont été des partenaires essentiels, tant pour les études hydrauliques que pour la coordination des procédures.
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Le projet en détails
Dates clés
2023
2024
Novembre 2025
2026
Chiffres clés
18
90
8
À retenir
Une solution concrète et rapide pour les populations sinistrées, qui peuvent reconstruire leur vie
Une vision d’avenir, grâce à des projets hydrauliques qui renforceront durablement la protection de zones urbaines particulièrement exposées
La perte d’habitants dans les communes concernées, notamment sur les secteurs entièrement démolis
Ressources
Maisons sinistrées : plus de soixante dossiers de rachat et démolition à l’agglo du Pays de Saint-Omer
LA VOIX DU NORD
Les partenaires de ce projet

Fonds Barnier

EPF Hauts-de-France
SmageAa
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