Le Syndicat des Eaux Creusoises (23) entend assurer l'approvisionnement en eau dans le département
En 2022, la sécheresse a concerné 63 % de la population creusoise. Un signal d'alerte confirmé par une étude HMUC (hydrologie, milieu, usage et climat) visant à anticiper les difficultés d’approvisionnement à l’horizon 2050.
C'est dans ce contexte que le Syndicat des Eaux Creusoises a vu le jour en 2023, à l'initiative de cinq unités de gestion de l’eau.
Sa vocation : développer des infrastructures capables de sécuriser durablement l’alimentation en eau potable. Son rôle principal est de produire de l’eau potable en tant que solution de secours au bénéfice des collectivités locales, sans empiéter sur leurs compétences actuelles.
Cette initiative illustre pleinement l’approche collaborative adoptée pour répondre aux enjeux de sécurité de l’eau dans le département.


Entretien avec Sandrine Motillon-Bernard, Directrice du Syndicat des Eaux Creusoises
Ce projet est présenté par :
- Sandrine Motillon-Bernard, Directrice du Syndicat des Eaux Creusoises
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda du Syndicat des Eaux Creusoises ?
Les conclusions de l'étude HMUC (hydrologie, milieu, usage et climat) ont constitué un premier signal fort, en pointant une raréfaction de la ressource à l'horizon 2050. Nous étions donc dans un contexte d'alerte pour l'avenir. Sur le terrain, et en particulier sur l'agglomération du Grand Guéret, nous constations de façon de plus en plus prégnante des difficultés quantitatives. En Creuse, nous n'avons pas de nappe phréatique en tant que telle, car nous sommes dans un contexte géologique granitique. Autrement dit, nous ne disposons pas de réserve d’eau en cas de crise majeure, et dépendons pleinement de nos captages. Avec l'évolution du climat, les difficultés quantitatives sont déjà perceptibles et s'annoncent plus aiguës dans les années à venir.
A ce problème sur la quantité disponible s'est ajoutée une dégradation de la qualité de l'eau, due aux épisodes de cyanobactéries. En 2023, un de nos adhérents, dépendant d'une retenue d'eau comme ressource unique, a dû faire face à une contamination de ce type. Dans ces cas-là, la gestion de crise consiste à distribuer des bouteilles d'eau, mais c'est une solution provisoire.
Il fallait donc prendre des mesures rapidement, dans une logique d'anticipation. La création du Syndicat des Eaux Creusoises, officialisée en 2023, est née de cette problématique. Elle prolonge le Schéma directeur d’alimentation en eau potable (SDAEP) adopté par le Département en 2020, qui définissait un cadre stratégique sans disposer d’outil opérationnel dédié.
Cinq unités de Gestion de l'Eau (Syndicat mixte Confluence Eaux, le SIAEP de la Rozeille, le SIAEP de la Vallée de la Creuse, le SIAEP d'Ahun et la Communauté d'agglomération du Grand Guéret) ont proposé la création d'un syndicat départemental chargé de concevoir et déployer des ouvrages structurants à l’échelle départementale.
Positionné à un niveau supra-local, le syndicat n'interfère pas avec les compétences de l'agglomération du Grand Guéret ou celles des syndicats d'eau primaires qui continuent à gérer la relation avec leurs abonnés. Son rôle est clair : produire de l'eau potable en amont, pour offrir aux collectivités une solution de secours, un "deuxième robinet" en cas de défaillance. Nous travaillons pour le compte des structures publiques gestionnaires de l'eau potable, sans lien direct avec l’abonné.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Le modèle du Syndicat Mixte des Eaux de l'Allier (SMEA) a été une source d'inspiration, notamment en raison de son lien avec Confluence Eaux pour le projet d’interconnexion. Il y avait surtout une volonté très forte en interne d'avoir une structure avec une bonne assise financière et de penser la gestion de l'eau sur un périmètre plus large. Cette démarche s'est construite en étroite collaboration avec les services de l'État, le département et l'Agence de l’eau Loire-Bretagne. Grâce à leurs réseaux et leur expertise, ils se sont appuyés sur des retours d’expérience d'autres syndicats pour éclairer les choix techniques et organisationnels. C'est vraiment le fruit d'un travail collectif !
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?
La phase de conception a d'abord reposé sur un socle de compétences transversales, communes aux collectivités : fonctionnement institutionnel, gestion financière, finance locale et gestion de la ressource humaine… Créer un syndicat, c'est d'abord intervenir sur un volet administratif. Vient ensuite le volet technique avec la mise en place de la programmation d'investissement.
Dans notre cas, nous avions cette feuille de route du schéma directeur départemental qui nous a permis de partir avec un peu de matière première sur le plan technique.
A ce stade, nous n’avons pas impliqué les citoyens dans ce projet car la création d'un syndicat relève avant tout d'une démarche politique. Nous n'entretenons pas de lien direct avec les abonnés. Si le sujet de sécuriser l'approvisionnement en eau potable fait largement consensus, la logique de partage de la ressource se heurte à d'autres enjeux, notamment financiers et en matière de gouvernance.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
L'étude a été portée par les unités de gestion fondatrices, avant même la création du syndicat. Un bureau d'études est intervenu sur les domaines juridique, financier et technique, pour vérifier la faisabilité. Sur le volet juridique, il s'agissait de déterminer les modalités de création d'un syndicat, le montage juridique, le mode de gouvernance, etc.
Sur le plan financier, les travaux se sont appuyés sur le schéma directeur départemental, qui reste notre véritable feuille de route. Il fallait estimer le coût des opérations envisagées et en vérifier la soutenabilité. Il s'agissait également de structurer l’organisation des flux financiers entre le syndicat et ses adhérents. C'est dans ce cadre qu' a été pensée la mise en place d'une redevance annuelle, destinée à doter la nouvelle structure d'une assise financière pérenne.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Dès la création du syndicat, il y a eu accord de résilience couvrant les années 2023 et 2024. Signé entre l'Agence de l’eau Loire-Bretagne, le Syndicat et plusieurs UGE déjà confrontés à des tensions d’approvisionnement, ce dispositif visait à répondre à l'urgence. Arrivé à son terme, cet accord a ouvert la voie à un cadre plus large. En juillet 2025, un accord de territoire a été signé pour la période 2025-2028. Doté d’un budget global de 56 millions d’euros sur trois ans, il associe le Syndicat des Eaux Creusoises, ses adhérents, le Conseil départemental de la Creuse, la Préfecture, la Banque des Territoires et l’Agence de l’eau Loire-Bretagne. Ce programme s’inscrit dans le prolongement du Schéma départemental d’alimentation en eau potable et du Plan Eau gouvernemental.
Cet accord de territoire vise notamment à intensifier la sécurisation d’approvisionnement en eau potable, à accélérer et finaliser les économies d’eau et réduire les prélèvements. Cet accord, dont le Syndicat est le porteur, vient illustrer la dimension vers laquelle le syndicat et ses adhérents souhaitent s’engager. Il soutient des actions concrètes sur tout le territoire, et notamment deux opérations fléchées comme prioritaires. Au nord du département, l'intervention sur la retenue de Champsanglard, pour alimenter le SIAEP de Vallée de la Creuse et le SIAEP d’Ahun et sécuriser l'agglomération du Grand Guéret. Au sud, la retenue des Combes pour renforcer l'approvisionnement du SIAEP de la Rozeille.
Côté financements, l’accord de territoire repose sur un montage multi-partenarial.
Financement Accord de résilience 2023-2024
- Agence de l’eau Loire-Bretagne - Total des dépenses éligibles du plan d’action (toutes UGE confondues, pas seulement le syndicat) : 44 Millions d’euros.
- Soutien financier de l’Agence de l’Eau pour tous les projets du plan d’action (pas seulement celles du syndicat) : près de 26 Millions d’euros.
Cet accord a pris fin avant que les études du syndicat ne soient réellement engagées. Les 2 opérations nord et sud ont donc directement été réintégrées dans l’accord de territoire.
Financement Accord de territoire 2025-2028
- Préfecture de la Creuse et le Conseil Départemental de la Creuse : près de 12 millions d’euros de subventions (pour toutes les actions de l’Accord, pas uniquement celles du syndicat)
- Banque des Territoires : pas de montant mais facilitatrice pour l’octroi de prêt à long terme spécifiquement dédiés à l’eau potable
- l’Agence de l’eau Loire-Bretagne : 31 Millions d’euros de subventions pour toutes les actions de l’Accord (pas seulement celles du Syndicat des Eaux Creusoises)
L’Agence de l'eau Loire-Bretagne a souhaité prolonger son soutien financier avec l'accord de territoire. Signé en juillet 2025, entre le Syndicat, ses adhérents, le Conseil Départemental de la Creuse, la Préfecture de la Creuse, la Banque des Territoires et l’agence de l’eau Loire-Bretagne, ce programme, d’un montant de 56 millions sur trois ans, s’inscrit dans la continuité du Schéma départemental d’Alimentation en Eau Potable et du Plan Eau gouvernemental.
Il vise notamment à intensifier la sécurisation d’approvisionnement de l’eau potable, à accélérer et finaliser les économies d’eau et réduire les prélèvements. Cet accord, dont le Syndicat est le porteur, vient totalement illustrer la dimension vers laquelle les différents partenaires, le syndicat et ses adhérents souhaitent s’engager. Il va soutenir des actions concrètes à travers le département et notamment les deux opérations fléchées comme prioritaires qui doivent être réalisées par le Syndicat des Eaux Creusoises : au nord du département, sur la retenue de Champsanglard, pour alimenter le SIAEP de Vallée de la Creuse et le SIAEP d’Ahun et sécuriser l'Agglomération du Grand Guéret, et au sud du département sur la retenue des Combes pour sécuriser le SIAEP de la Rozeille.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les principaux acteurs sont les services de l'État sur le département, les trois financeurs (Agence de l'eau, département, préfecture) qui ont joué un rôle de conseillers techniques en plus de leur rôle financier, le bureau d'études sélectionné pour l'étude de faisabilité, les UGE fondatrices et leurs agents mis à disposition.
La Banque des Territoires et la Banque postale (filiale de la Caisse des dépôts) apportent également un soutien financier avec des prêts-relais.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Le principal conseil est d'être dans une démarche de concertation totale avec les acteurs institutionnels et techniques. C'est très compliqué de faire ce genre de projet seul. Nous sommes en interaction continuelle avec l'Agence de l'eau, le département et la préfecture, chacun apportant sa pierre à l'édifice dans son domaine de compétences. Il est donc primordial d'interagir avec ses collègues élus et les services, surtout de ne pas travailler dans son coin. C'est vraiment un travail collectif où on avance tous dans la même direction.
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Le projet en détails
Dates clés
2020
Mars 2023
2023 - 2024
Juillet 2025
Chiffres clés
5
56, 83
56
À retenir
L'élan sur deux à trois années, à la fois politique et citoyen, pour s'inscrire dans une démarche d'adaptation, préparer l'avenir pour commencer une mue vers davantage de sobriété et de préservation de la ressource
Il y a eu une prise de conscience suivie d'effets, avec une volonté d'agir vers cette notion de partage de la ressource et de solidarité territoriale
L'adhésion au syndicat se fait sur la base du volontariat. Aujourd'hui, les cinq unités de gestion adhérentes représentent la moitié de la Creuse, donc nous devons penser à une échelle départementale mais en pratique, nous ne pouvons raisonner que sur une partie du département
Les partenaires de ce projet

Agence de l’eau Loire-Bretagne

Conseil Départemental de la Creuse
Banque des Territoires

Banque postale
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