Château-Renault (37) : 26 ans d’expérience dans la réutilisation agricole des eaux épurées
La ville de Château-Renault (Indre-et-Loire) a été pionnière dans le principe de réutilisation des eaux épurées pour l’arrosage agricole. Confrontée à la nécessité de reconstruire sa station d’épuration, la commune de 5 000 habitants a opté pour un recyclage vertueux en mettant l’eau de rejet à la disposition de deux agriculteurs.
Depuis 2010, la nouvelle station d’épuration renvoie une partie de ses eaux traitées vers un bassin-lagune de 50 000 m3 qui est utilisé pour l’arrosage de 167 hectares de céréales.
Conformément à la réglementation, seul l’arrosage par aspersion des cultures céréalières est autorisé. Les champs bénéficiant de cette irrigation affichent un rendement supérieur jusqu’à 30% de ceux qui ne sont pas arrosés.



Entretien avec Georges Motteau, ancien adjoint en charge de l’urbanisme et environnement
Ce projet est présenté par :
- Georges Motteau, ancien adjoint en charge de l’urbanisme et environnement de Château-Renault (Indre-et-Loire)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet de la réutilisation des eaux usées traitées s’est-il imposé à l’agenda de Château-Renault ?
Dès la fin des années 1990, le constat de la nécessité de reconstruire une station d’épuration a été établi par les élus de Château-Renault. L’ancienne station datait de 40 ans et présentait de nombreux défauts dont une qualité dégradée de rejets dans la Brenne, rivière de première catégorie.
La réflexion s’est orientée vers la réutilisation des eaux traitées pour un usage agricole car notre commune est environnée de terres cultivées. Qui plus est, les besoins d’irrigation au printemps et en été, coïncident avec la période pendant laquelle les rejets dans la rivière présentent le plus de risques écologiques.
Avec le soutien de la direction départementale des territoires et le conseil d’un bureau d’études, la décision a été prise de construire une nouvelle station d’épuration équipée d’un dispositif de rejet des eaux traitées vers un bassin-lagune de stockage. L’exposition à la lumière achève le processus d’épuration avant le pompage pour l’arrosage des cultures céréalières par aspersion.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Au moment de l’étude de ce projet, il y avait très peu d’exemples de réutilisation des eaux usées pour irrigation agricole. La ville de Clermont-Ferrand avait réalisé un équipement de cette nature, à une échelle plus importante, au profit de la plaine céréalière de la Limagne. Nous nous en sommes inspirés et nous nous sommes beaucoup documentés.
Le cadre réglementaire a été pris en compte, principalement les recommandations du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF) qui servaient alors de base pour évaluer le niveau de traitement des eaux à atteindre. Ce n’est qu’en 2010 qu’un arrêté ministériel de prescriptions pour la réutilisation des eaux usées traitées sera promulgué.
Un plan d’irrigation a été arrêté pour identifier les parcelles et les types de cultures concernées sur les 167 hectares de deux exploitations.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Au moment de l’étude du projet, tout était à construire en ce qui concerne les compétences et les sujets à maîtriser. Nous avons pu acquérir progressivement ces connaissances en nous inspirant de l’exemple de Clermont-Ferrand et en nous appuyant sur l’expertise du cabinet Veillaux Environnement, implanté en Touraine, spécialisé dans les missions liés à la valorisation de l’environnement.
La compréhension et le suivi d’un projet de cette complexité nécessitent d’acquérir des connaissances dans de très nombreux domaines d’ordre technique, juridique, réglementaire et financiers. C’est une excellente école pour monter en compétences et nous pouvions, fort heureusement, nous appuyer sur l’aide précieuse des services de l’Etat et du département, avec le concours des experts des cabinets d’études.
Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Il n’y a pas eu de consultation particulière des habitants au moment de l’étude du projet. Ce n’était pas une préoccupation très forte à ce moment-là, contrairement à aujourd’hui.
Des informations ont, bien entendu, été délivrées via les supports municipaux et la presse. Des questions ont été posées par certains riverains sur les risques potentiels au moment de l’arrosage par aspersion.
Ce projet était très novateur à l’époque et a attiré l’attention d’autres collectivités. En 2011, Château-Renault a été lauréate des Trophées de l’eau décernés par l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne. Un reportage vidéo a été diffusé. Nous avons eu la visite de délégations venues du Cambodge et du Burkina-Faso mais nous n’avons pas été informés des suites données. L’agglomération de Chartres est venue découvrir l’installation. J’ai eu aussi l’occasion de présenter notre expérience aux agriculteurs lors d’une journée de l’association départementale des irrigants.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?
La faisabilité et l’impact du projet ont été étudiés de façon méthodique par un bureau d’études et par les services spécialisés de l’État et du département d’Indre-et-Loire.
La société Véolia qui gérait la délégation de service public Eau Assainissement a été associée à la réflexion pour vérifier la faisabilité de l’exploitation.
Le cabinet Veillaux Environnement a produit le document de référence sur l’incidence de la réutilisation des eaux usées épurées de la station d’épuration. Un ingénieur-conseil a réalisé une analyse des sols des parcelles destinées à l’irrigation et estimé les besoins en eau selon différents scénarios climatiques avec des demande en eau faibles, moyennes ou fortes.
L’impact d’un tel projet continue d’être analysé et surveillé après sa réalisation. En complément de l’auto-surveillance de la station d’épuration encadrée par la réglementation, un suivi de la qualité des eaux distribuées et des sols est assuré. Les seuils de qualité et la fréquence d’analyse sont fixés réglementairement tout comme le plan d’épandage des boues. Une réunion associant la ville, le concessionnaire Veolia puis Saur, les deux exploitants agricoles et l’ingénieur-conseil est organisée tous les mois pour partager les résultats et adapter si besoin la gestion de la réserve d’eau.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le bon dimensionnement du projet s’analyse au regard de sa pertinence et de son coût au regard des capacités financières d’une ville de 5 000 habitants.
Plusieurs scénarios ont été étudiés pour calculer la capacité de traitement de la station d’épuration, le volume d’eau épuré en fonction du nombre d’agriculteurs intéressés et l’incidence sur le budget prévisionnel.
La capacité de traitement de la station d’épuration a été évaluée en tenant compte de l’apport d’effluents de trois communes voisines et a été arrêtée à 10 000 équivalent habitant (EH). Le volume d’eau épurée utilisé en irrigation a été fixé à 115 000 m3 en année moyenne, 150 000 m3 en année sèche.
A l’origine, cinq agriculteurs étaient intéressés par la réutilisation pour irrigation mais, au final, pour tenir compte des volumes disponibles, des coûts et de la proximité géographique, seuls deux exploitations ont été retenues avec un réservoir de 50 000 m3.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Réalisé en 2008 et 2009, le projet a coûté au total 4,5 M€ dont 3,5 M€ pour la station d’épuration et 1 M€ pour le dispositif de réutilisation des eaux usées traitées.
Répartition de la prise en charge du financement :
- Conseil départemental d’Indre-et-Loire : 46%
- Agence de l’Eau Loire-Bretagne : 32%
- Ville de Château-Renault : 22 %
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
- Bureau d’études Veillaux Environnement
- Safege (Suez Environnement)
- Entreprise Ternois pour la maîtrise d’œuvre
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Pour une collectivité qui souhaite se lancer dans un projet de cette nature, il est indispensable d’être bien accompagné. Outre les services spécialisés de l’État ou du département, l’appui d’un bureau d’études disposant des bonnes compétences techniques est indispensable. Il doit être en mesure de réaliser les différentes simulations techniques et financières en faisant ressortir les avantages et les inconvénients.
Une bonne compréhension avec les partenaires exploitants et irrigants est de rigueur. Il convient de les associer aux phases de réflexion et d’études.
Les financeurs potentiels doivent également être sensibilisés et informés le plus en amont possible de façon à ne pas perdre de temps dans le montage des demandes de subventions.
Enfin, il faut suivre le chantier de près pour s’assurer de sa bonne réalisation.
Un projet de cette nature peut demander beaucoup de temps, donc il faut savoir faire preuve de patience.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
1998
2007
2009
2010
Chiffres clés
136 000
167
4,5
À retenir
Préservation de la ressource en eau par réutilisation de l’eau traitée et arrêt des rejets polluants dans la rivière en période d’étiage
Sécurisation de la production agricole avec un rendement supérieur des céréales irriguées
Contraintes pour les exploitants agricoles par l’obligation d’un plan d’épandage et la limitation aux cultures céréalières
Ressources
Economie et partage des ressources en eau. Réutiliser les eaux usées traitées en agriculture : l'exemple de Château Renault
Fiche du CEREMA
De l'eau épurée pour l'irrigation à Château-Renault
Fiche pratique du Grenelle Environnement
Les partenaires de ce projet

Conseil départemental d’Indre-et-Loire

Agence de l’Eau Loire-Bretagne

SAFEGE
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
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