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Le SDIS 40 engagé dans le projet FIRE-RES pour des territoires résilients face aux incendies

Coordonné par le Centre des sciences et technologies forestières de Catalogne (Espagne) et financé par le programme de recherche et d’innovation H2020 de l’Union européenne, le projet FIRE-RES a mobilisé pendant quatre ans des chercheurs, des organismes d'intervention d'urgence, des entreprises technologiques, des industriels et des membres de la société civile issus de treize pays.

Reconnu pour son expertise et ses capacités d'innovation, le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Landes a participé à cette initiative visant à mettre l'accent sur les causes profondes des feux de forêt extrêmes en s'orientant vers une gestion préventive des paysages et des communautés.

Entretien avec le Colonel Eric Duverger

Parole de collectivité
Le Colonel Eric Duverger, directeur du SDIS 40 - Crédits photo : Banque des Territoires
Défense extérieure contre l’incendie

Ce projet est présenté par :

  • Le Colonel Eric Duverger, directeur du SDIS 40
Les problématiques d'aménagement du territoire ne font pas partie des compétences naturelles d'un Service départemental d'incendie et de secours.
Colonel Eric Duverger

Parole de collectivité

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Comment votre participation au projet FIRE-RES s’est-elle imposée à l’agenda du SDIS 40 ?

Tout est parti d'une discussion informelle en 2019 avec Christophe Orazio, directeur de l'Institut européen de la forêt cultivée. Nous nous sommes rencontrés à l'écomusée de Marquèze, à Sabres (40), à l'occasion d'un séminaire consacré au bilan de la tempête Klaus qui avait dévasté, dix ans plus tôt, 60 % du massif forestier landais. Nous avons partagé des regrets quant à notre gestion collective de l'après-Klaus. Nous avions un sentiment partagé d'avoir raté quelque chose.

D'importants fonds publics avaient été consacrés pour replanter la forêt des Landes de Gascogne, certes, mais je regrettais que le risque incendie n'ait pas été suffisamment pris en compte lors du reboisement. Des règles simples auraient pu être dictées, par exemple pour espacer davantage les replantations, créer des pistes cyclables ou pour le moins des espaces non plantés le long des routes pour éloigner les voies de circulation de la forêt, cloisonner davantage le massif pour favoriser des zones de rupture au sein du combustible, mieux gérer les interfaces entre la forêt et l'habitat...

Christophe Orazio partageait la même vision que moi. Un an plus tard, fin 2020, il nous contactait à nouveau pour nous proposer de participer au projet européen FIRE-RES, porté par un vaste consortium international, composé d'une trentaine de partenaires. L'objectif était de travailler ensemble sur la mise en œuvre de solutions écologiques et socio-économiques destinées à rendre les territoires résilients et plus résistants aux incendies de forêt. Ce qui nous intéressait clairement dans cette approche, c'était de travailler en amont sur l'aménagement du territoire afin de prévenir les incendies de forêt extrêmes.

Christophe Orazio connaissait l'expertise des sapeurs-pompiers des Landes dans la prévention des incendies et la capacité du SDIS 40 à déployer des solutions innovantes. Le 14 janvier 2021, je formalisais l'engagement du SDIS 40 dans le projet FIRE-RES à travers une lettre de soutien. Cette approche paysagère s’inscrit enfin en parfaite complémentarité avec une meilleure gestion de la ressource en eau, levier tout aussi stratégique pour renforcer l’efficacité globale de la prévention et de la lutte contre les incendies.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

J'évoquais pour la France les regrets sur les règles du reboisement de la forêt après la tempête Klaus de 2009, mais ce n'est pas un cas unique. Les partenaires de FIRE-RES, issus de treize pays, sont arrivés aux mêmes conclusions. Certains d'entre eux comme l'Espagne, la Grèce ou le Portugal ont d'ailleurs été confrontés à des feux de forêt extrêmes qui auraient probablement pu être limités si on s'était donné les moyens de prévenir le risque incendie en amont. Quel que soit le pays, la gestion du paysage et la viabilité économique des mesures de résilience sont deux facteurs fondamentaux pour créer des territoires et des communautés résilients face aux incendies. Le projet FIRE-RES a ainsi permis de développer une trentaine d'actions innovantes qui intègrent des mesures de gestion des incendies pour la prévention et la préparation, la détection et la réponse, la restauration et l’adaptation.

Les incendies de l'été 2022 dans le nord des Landes nous ont donné l'occasion de mettre en avant l'approche soutenue par le consortium FIRE-RES. Le SDIS 40 a notamment été partie prenante des discussions engagées dans le cadre des états généraux de la forêt du Massif des Landes de Gascogne organisés quelques mois plus tard à l'automne 2022. Le SDIS 40 a été présent à chacune des réunions avec la volonté d'insister sur la notion de résilience et de proposer des territoires forestiers qui intègrent la prévention du risque feux de forêt dès l'aménagement. Nous n'étions pas les seuls à porter ce discours et j'ai l'impression que nous avons été entendus. Le plan stratégique national publié en 2025 reprend un certain nombre de préconisations que nous défendions. Le massif des Landes de Gascogne devient en quelque sorte un territoire pilote face aux risques feux de forêt et aux risques climatiques.

Au sein de FIRE-RES, en quoi la participation du SDIS 40 a-t-elle consisté précisément ? Quelles sont vos compétences mises à profit ?

Nous sommes surtout intervenus en tant qu'experts du feu. Nous avons travaillé sur plusieurs axes, dont l'approche intégrée des incendies de forêt extrêmes et la gestion territoriale adaptative, visant à élaborer un cadre commun de connaissances relatives aux incendies de forêt extrêmes et à construire des scénarios futurs et des alternatives basées sur des données climatiques et biophysiques. Concrètement, nos partenaires du consortium FIRE-RES se sont intéressés à un outil de simulation que nous avions commencé à développer dès 2014 avec Marc-André Parisien, un scientifique canadien du Service canadien des forêts qui a conçu avec son équipe de chercheurs le logiciel Prometheus pour cartographier les risques d'incendies de forêt. C'est un outil que nous utilisons régulièrement soit pour simuler la propagation éventuelle d'un feu et améliorer nos moyens de prévention en conséquence, soit pour simuler l'évolution d'un feu en cours pour adapter notre stratégie opérationnelle, soit en retour d'expérience afin d'analyser l'efficacité de notre action au regard des superficies qui auraient brûlées sans notre intervention.

L'idée était de retravailler cet outil de simulation en intégrant des paramètres supplémentaires afin d'affiner les enjeux. Nous nous sommes notamment rapprochés du GIP ATGeRi, partenaire lui aussi de FIRE-RES. Implanté en Nouvelle-Aquitaine, ce groupement d’intérêt public ''Aménagement du territoire et gestion des risques'' nous a permis d'intégrer au logiciel la cartographie du combustible. En tenant compte des essences locales, de leur âge et de leur localisation, ce champ est essentiel pour améliorer le coefficient de propagation d'un incendie. Nous avons été aidés par une stagiaire de l'école d'ingénieurs des Mines d'Alès et nous avons travaillé avec la start-up landaise EvoTech pour développer un nouveau simulateur plus performant, baptisé Huec Simul, que nous utilisons désormais au quotidien.

Que retenez-vous de votre participation au projet FIRE-RES qui a pris fin en novembre 2025 ?

Au-delà de la présentation de notre simulateur Huec Simul à nos partenaires de FIRE-RES, je retiens surtout la richesse des échanges et le travail sur l'aménagement du territoire pour sa résilience face aux risques de feux de forêt. Le projet nous a permis d'approfondir nos liens au sein du laboratoire vivant de Nouvelle-Aquitaine ''Landes de Gascogne'', mais aussi d'entrer en relation avec des partenaires d'autres pays, de partager nos expériences et nos connaissances respectives. Finalement, je vois avant tout FIRE-RES comme une plate-forme d'échanges et un espace de réflexion pour tester des innovations.

Le projet comportait également un axe consacré à la communication et à l’implication des principaux publics cibles. C'est un axe fondamental car le travail sur la résilience des territoires nécessite l'implication des collectivités locales concernées et l'acceptation des enjeux par les habitants. C'est une autre manière d'appréhender le territoire, de concevoir la place des habitations, de réfléchir aux usages de la forêt... La construction d'un nouveau lotissement doit par exemple prendre en compte les risques d'incendie, ne serait-ce que pour traiter en amont l'interface avec la forêt. Il est indispensable que les règles d'urbanisme intègrent un certain nombre de paramètres. La meilleure manière de protéger la forêt des incendies, de la rendre véritablement durable, c'est de travailler sur l'aménagement du territoire afin de rendre son existence compatible avec les activités humaines, et inversement.

Quels moyens le SDIS 40 a-t-il obtenu ou consacré au projet FIRE-RES ?

Hormis le remboursement des frais pour nos déplacements, nous n'avons pas obtenu de financements particuliers pour l'établissement. C'est l'Institut européen de la forêt cultivée qui a géré les aides européennes. Pour le développement de notre logiciel de simulation, le SDIS 40 a au contraire financé la start-up Evotech à hauteur de 20 %, le reste étant pris en charge par l’État au titre du fonds France Nation Verte. In fine, le projet FIRE-RES a mobilisé régulièrement mais ponctuellement six cadres du SDIS 40.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Les membres de l'Institut européen de la forêt cultivée, dont nos collègues de l’Institut national de la recherche agronomique et le Comité régional innovation feu de forêt, la start-up Evotech, l'équipe canadienne de Promotheus, Météo France, le GIP ATGeRi... et de nombreux autres partenaires du projet FIRE-RES en Europe.

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Le projet en détails

Dates clés

2009

Passage de la tempête Klaus qui ravage une grande partie du massif forestier des Landes de Gascogne.

2019

Rencontre avec Christophe Orazio, de l'Institut européen de la forêt cultivée, à l'occasion des dix ans de la tempête Klaus

2020

Lettre de soutien du SDIS 40 au projet FIRE-RES

2025

Fin du projet FIRE-RES

Chiffres clés

1,2 millions

d'hectares, la superficie du massif forestier des Landes de Gascogne, dont 600 000 hectares dans les Landes

30 000

hectares brûlés dans les incendies de l'été 2022 en Gironde et dans les Landes

11

laboratoires vivants associés au projet FIRE-RES, issus de 13 pays

À retenir

Les nombreuses rencontres et les échanges réguliers avec plus d'une trentaine de partenaires associés au projet FIRE-RES.

Le partage de bonnes pratiques à l'échelle de l'Europe;

Le projet FIRE-RES a bénéficié de financements importants pour financer des actions qui sont parfois un peu trop éloignées des besoins opérationnels sur le terrain.

Ressources

Lutte contre les feux de forêt : l’exemple landais

XLandes-info.fr

Présentation du projet FIRES-RES

reseau aforce

Les partenaires de ce projet

Institut Européen de la Forêt Cultivée

Institut Européen de la Forêt Cultivée

France Nation Verte logo

France Nation Verte

INRAE

Institut national de la recherche agronomique

LOGO GIP ATGERI RVB

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