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L’intelligence artificielle pour lutter contre les départs de feu en Dordogne (24)

Le SDIS 24 déploie un système de détection précoce des feux de forêt reposant sur l’intelligence artificielle et un réseau de caméras installées sur 17 points hauts du département.

Chaque site surveille un rayon de 20 km, permettant une observation en continu des massifs forestiers. Les images sont analysées en temps réel par un logiciel capable d’identifier un départ de feu, puis qualifiées par les opérateurs du SDIS.

Ce dispositif, financé à 80 % par la DRAAF (Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt), vise à renforcer la vigilance, accélérer la mobilisation des moyens et limiter les dommages sur les populations et les territoires.

Entretien avec le Lieutenant-Colonel Christophe Magnanou

Parole de collectivité
Christophe MAGNANOU, Lieutenant-Colonel au SDIS24 - Crédits photo : Photos sapeurs-pompiers de la Dordogne
Défense extérieure contre l’incendie

Ce projet est présenté par :

  • Lieutenant-Colonel Christophe MAGNANOU, Sous-direction MISSIONS au SDIS 24
Ce système va nous permettre de détecter très tôt les feux de forêt grâce à une surveillance en continu.
Lieutenant-Colonel Christophe Magnanou

Parole de collectivité

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Comment le sujet de l'intelligence artificielle s’est-il imposé à l’agenda du SDIS 24 ?

L’idée d'intégrer l’intelligence artificielle dans la lutte contre les feux de forêt s’est imposée presque naturellement au sein du SDIS 24. Son directeur départemental, familier de ce type de dispositif, a voulu l’adapter au contexte de la Dordogne. Cette initiative s’inscrit dans le sillage de la stratégie nationale de prévention des incendies qui mise sur une détection toujours plus précoce. Lors du congrès national des sapeurs-pompiers, le ministre de l’Intérieur a d'ailleurs rappelé l’importance de recourir à des outils innovants pour renforcer la vigilance opérationnelle.

Jusqu’à présent, la surveillance en Dordogne reposait avant tout sur un avion de reconnaissance mobilisé lors des périodes de risque élevé. Il jouait le rôle de vigie aérienne pour guider les équipes au sol et renseigner le CODIS (Centre opérationnel départemental). La montée en puissance des technologies numériques, associée à l’ambition de moderniser les moyens d’intervention, a conduit le SDIS à envisager un système complémentaire, capable d’assurer une surveillance en continu, même sans appui aérien. Le recours à l’IA répond ainsi à un double impératif : renforcer l’anticipation et gagner en réactivité, dans un territoire où les massifs forestiers restent très sensibles aux épisodes de sécheresse.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Le projet s’est nourri des retours d’expérience d’autres territoires confrontés à des problématiques similaires. Plusieurs SDIS ont en effet engagé des démarches de modernisation après les incendies majeurs de 2022. Le SDIS 33, meurtri notamment par les incendies de Landiras, a été l’un des premiers à déployer un système de détection automatisée reposant sur la vidéosurveillance et l’IA.

Le Lot-et-Garonne et les Landes ont également expérimenté des solutions similaires, offrant un premier socle de bonnes pratiques et de solutions éprouvées. Le Lot-et-Garonne, en particulier, disposait d’un dispositif de détection en hauteur, dont l’efficacité a été observée de près.

La Dordogne, en revanche, ne dispose pas de tours de guet. Il a donc fallu adapter ce modèle en misant sur les points hauts du territoire, notamment les châteaux d’eau, pour assurer une visibilité optimale. Cette hybridation, entre retours d’expérience et contraintes locales, a permis de concevoir un dispositif sur mesure, pensé pour répondre aux réalités géographiques du territoire. Le tout inscrit dans une dynamique régionale d’innovation partagée.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co construit avec eux ?

Le projet n’a pas exigé de compétences techniques internes particulières. Les sociétés partenaires, SCC et Midgard, ont assuré l’installation du matériel ainsi que la formation des opérateurs en charge de la surveillance. Les compétences requises relèvent principalement de la maîtrise des logiciels associés, de l'interprétation des images transmises par les caméras et de la qualification des alertes émises par l’IA. L’apprentissage a donc porté avant tout sur une appropriation opérationnelle des outils plutôt que sur des savoir-faire techniques complexes.

Côté citoyens, le projet n’a suscité aucune opposition. Présenté dans les instances départementales, le projet a été accueilli favorablement au regard des enjeux de sécurité et de protection des populations. Comme le financement était assuré par le budget du SDIS, nous n'avons pas engagé de démarche de co-construction avec les administrés. Cela dit, la vidéosurveillance a été strictement encadrée par les procédures réglementaires visant à garantir la conformité au RGPD. La transparence et les garde-fous juridiques ont facilité l'adhésion au projet.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Une étude approfondie a été conduite dès le lancement, afin d'identifier les zones à risque et de repérer les points hauts susceptibles d'accueillir les caméras, couvrant chacune un rayon de 20 km. Il a fallu répertorier l’ensemble des massifs forestiers et identifier 17 sites stratégiques pour couvrir l'ensemble du département.

Ce travail a été mené conjointement par le chargé de mission DFCI avec les sociétés partenaires. Le dispositif repose sur un binôme de caméras dos-à-dos, chacune couvrant 180°, pour une surveillance panoramique. L’intelligence artificielle analyse en continu les images et déclenche une alerte au SDIS en cas d'anomalie. Les opérateurs procèdent ensuite à la qualification manuelle de l’alerte, ce qui permet d’affiner à la fois la décision opérationnelle et la base d'apprentissage de l'algorithme.

La question du dimensionnement a également impliqué une coordination inter-départementale, notamment avec la Gironde, afin d’assurer la continuité de surveillance des zones limitrophes. Enfin, le déploiement du réseau de fibre optique en Dordogne a facilité la qualité et la rapidité de transmission des données, toutes deux indispensables pour garantir la fiabilité du dispositif.

Dernier point : nous avons signé des conventions avec les gestionnaires de sites accueillant les caméras (communes, sociétés fermières, acteurs publics locaux, etc.), dans une démarche facilitatrice.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le projet, d’un montant total de 2M€, a bénéficié d’une subvention de la DRAAF couvrant 80 % du coût. Ce soutien financier repose sur des crédits du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, dédiés à la prévention des incendies de forêt. Le SDIS 24 a financé les 20 % restants, sans recourir à d'autres aides.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Plusieurs partenaires ont accompagné le SDIS24 tout au long du projet. Les échanges réguliers avec le département de la Gironde, déjà doté d’un système similaire, ont permis d’intégrer leurs retours d’expérience. SCC et Midgard ont accompagné le SDIS, de l’étude préalable jusqu'à l’installation et au paramétrage final.

Les communes et sociétés fermières propriétaires ou gestionnaires des sites d’implantation ont été associées afin de formaliser les conventions d’usage et de faciliter l'accès aux sites d'implantation. Enfin, la préfecture a assuré le cadrage réglementaire, notamment en matière de vidéosurveillance et de protection des données personnelles. Traçabilité des actions, floutage des zones urbanisées, déclaration officielle en préfecture : tout a été conçu pour répondre aux exigences légales et garantir une exploitation conforme et sécurisée.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Aller voir ce qui fonctionne ailleurs est probablement la meilleure porte d'entrée. Le retour d’expérience des collectivités déjà équipées permet de mieux anticiper les contraintes techniques et réglementaires, de mieux comprendre les enjeux de couverture et les exigences en matière de connectivité.

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Le projet en détails

Dates clés

Début 2023

Premières évocations du projet

2023 - 2024

Montage technique et financier

2024

Validation par le conseil d’administration

3 février 2025

Réunions de lancement interne

Chiffres clés

2

millions d'euros, le coût total du projet

17

points d’installation définis

9

caméras financées en 2025

À retenir

Le système permet une surveillance en continu et une détection très rapide des départs de feu

La transmission instantanée des alertes et des images permet au SDIS d’adapter immédiatement les moyens engagés

La mise en œuvre du système a nécessité de former les agents à de nouvelles missions, sans création de postes supplémentaire

Ressources

VIDÉO - "Un gain pour l'avenir des forêts", ce département utilise un nouveau système de détection des incendies

Francebleu

La Dordogne renforce ses moyens pour lutter contre les feux de forêt

Actu.fr

Les partenaires de ce projet

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