Renouvellement des réseaux de 26 communes, par une régie unique « Service Public de l’Eau – An Dour » à l'Agglomération de Morlaix (26)
Le renouvellement des réseaux est devenu un impératif des territoires.
À l’échelle des 26 communes de l’agglomération de Morlaix, il est piloté par une régie unique, An Dour.
Le programme se veut relativement ambitieux puisqu’il fixe le renouvellement de près de 3 000 km de réseaux, à 24 km/an pour l’eau potable et 9 km/an pour les réseaux d’eaux usées. Il a surtout la particularité d’être conduit par une régie aux compétences à la fois de pilotage et opérationnelles (exploitation) qui permet d’ajuster les priorités et les investissements pour adapter le renouvellement à l’état réel des réseaux.






Entretien avec Guy Pennec, Frédéric Coulombel et Xavier Guivarch
Ce projet est présenté par :
- Guy Pennec, président du Conseil d’Administration de la régie An Dour
- Frédéric Coulombel, directeur général de la régie An Dour
- Xavier Guivarch, directeur opérationnel de la régie An Dour
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de la régie An Dour ?
Guy Pennec : Sur la base d’un diagnostic patrimonial établi par un bureau d’études et d’un schéma directeur, Morlaix Communauté a engagé son plan de renouvellement pluriannuel des réseaux en 2022. Comme ailleurs, les réseaux sont globalement vétustes et défectueux avec des fuites d’eaux usées dans le milieu naturel et des fuites d’eau potable. Certaines communes de l’agglomération sont même en situation de déclassement de terrains constructibles par la Préfecture à cause de la non-conformité de leurs systèmes d’assainissement (canalisations en amiante ciment ou en matériau plus adapté mais en mauvais état). La remise en état des réseaux de collecte et plus largement des réseaux d’eau est donc devenue un impératif.
Nous ne nous sommes pas posé beaucoup de questions et n’avons pas été longs à agir : nous sommes passés à l’action et avons engagé ce qui devait être réalisé, en fonction de notre capacité d’emprunt et d’une tarification socialement acceptable.
Nous avons fait le choix d’un taux de renouvellement allant au-delà d’une simple approche quantitative des linéaires, en intégrant une dimension curative destinée à limiter les fuites d’eau potable et l’infiltration d’eaux parasites dans les réseaux d’assainissement.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Guy Pennec : Nous suivons bien sûr la règlementation et nous regardons ce que font d’autres territoires comme la SPL des Eaux du bassin rennais et les initiatives du syndicat des eaux de Beaufort. Nous échangeons sur nos pratiques et mutualisons nos expériences avec les EPCI voisins (Lannion-Trégor Communauté, Communauté de communes du pays d’Iroise, Haut Léon Communauté et la SPL Eau du Ponant…).
Nous intégrons également les réseaux professionnels et la commission locale de l’eau Léon-Trégor.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Guy Pennec : Il est important de maîtriser à la fois le volet opérationnel et le volet technique. Qu’on s’empare du sujet en propre ou qu’on le délègue, il faut de l’ingénierie pour élaborer les projets, assurer le suivi de travaux et maîtriser la partie exploitation.
La relation aux abonnés et aux usagers est essentielle. Les travaux génèrent des inconvénients et des désagréments pour un résultat qui n’est pas visible puisqu’on parle de réseaux d’eau enterrés. Les abonnés et les usagers sont mis à contribution, sans percevoir spontanément le bénéfice pour eux. Bien expliquer est donc primordial. Nous avons d’ailleurs fait le choix de doter la régie d’un service communication staffé pour informer et répondre aux insatisfactions en apportant un éclairage et des renseignements objectifs sur la raison des travaux et sur le sujet de la tarification et de la convergence tarifaire.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Xavier Guivarch : Nous nous sommes appuyés sur le diagnostic patrimonial des réseaux et nous le faisons actualiser continuellement par notre bureau d’études pour accélérer les 3 000 km de renouvellement prévus sur le territoire. Nous multiplions les forces pour avancer et pour avancer vite. En effet, tenir la cadence du taux de renouvellement programmé implique beaucoup de chantiers à mener de front.
Le regroupement du technique et de l’opérationnel, du petit et du grand cycle de l’eau, ainsi que la participation régulière de la régie aux révisions des PLUiH, assure une cohérence d’ensemble à l’échelle du territoire. Nous pouvons ainsi, par exemple, cibler les bons investissements aux bons endroits sur une commune pour les années à venir. La vision globale et totale du territoire est un accélérateur.
Guy Pennec : Le changement climatique nous impose de nous adapter et d’anticiper. An Dour est en capacité de le faire grâce à sa gestion intégrée ; la régie s’inscrit dans la transition et l’adaptation en s’appuyant sur la connaissance scientifique.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le renouvellement des réseaux est financé essentiellement par les redevances des abonnés aux services de l’eau et des emprunts car nous avons peu de subventions.
L’Agence de l’eau Loire Bretagne, la Région et le Département apportent parfois leur soutien financier aux opérations de travaux réseaux.
Pour illustration, l’agence de l’eau, le principal financeur des opérations de travaux de réseaux, finance les projets d’eau potable à hauteur de 10% en moyenne et les projets d’assainissement à hauteur de 25% en moyenne.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Guy Pennec : Le programme de renouvellement des réseaux d’eau est mené en collaboration avec l’agence de l’eau et le service Eau et Assainissement du Département qui sont très présents. Le secteur bancaire est lui aussi associé, la Banque des Territoires majoritairement et quelques banques du secteur privé.
Frédéric Coulombel : Ils ont leur regard et leurs propres priorités. Nous travaillons ensemble et faisons en sorte que les intérêts et les priorités convergent.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Frédéric Coulombel : Il est essentiel de s’appuyer sur un diagnostic patrimonial le plus précis possible.
Guy Pennec : La question de fond c’est l’acceptabilité par les abonnés et par les usagers car le renouvellement génère des travaux et des coûts. Les abonnés doivent comprendre que ces investissements pour les réseaux d’eau sont nécessaires pour voir couler l’eau au robinet. Et qu’il ne s’agit pas seulement de remettre en état les réseaux mais de s’adapter aux nouvelles contraintes de traitement. Et il y a une marge entre des installations qui datent des années 80 et celles qui conviennent aux traitements actuels de l’eau.
Il faut donc avoir la volonté politique affirmée de se lancer dans un programme.
À partir d’un diagnostic et d’un schéma directeur les plus précis possibles, avec une ferme conviction on peut avancer ! Il faut une réelle gouvernance de territoire et discuter avec ses voisins car, demain, c’est à plus grande échelle que l’enjeu de l’eau se jouera compte tenu de l’impact sur l’environnement, de l’urbanisation, du tourisme et de l’économie agricole et industrielle.
Xavier Guivarch : L’approche se doit d’être globale et de proximité : bien écouter les doléances des communes notamment.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
2017
2022
Janvier 2024
Chiffres clés
3 000
24
9
À retenir
Ce renouvellement s’inscrit très positivement dans le contexte de changement climatique, de disponibilité et de prélèvement de la ressource en eau, les réseaux jouant un rôle en amont et en aval
Si on rejette moins et mieux, les milieux s’en portent mieux ! Il n’y a que de 1,5 à 3 heures de délai de restitution à l’eau de mer !
Le point d’attention, c’est le sujet de la tarification. L’eau a un prix, que ce soit l’eau consommée ou l’eau rejetée. Et la nécessité des travaux de renouvellement, coûteux, n’est pour autant pas visible
Ressources
À partir du 1er janvier 2024, la régie "AN DOUR" de Morlaix Communauté aura en charge la gestion de l'eau sur l'ensemble du territoire
Ville de Plouigneau
Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Loire-Bretagne
Banque des Territoires

Département du Finistère

Région Bretagne
En savoir plus sur la régie An Dour
foyers couverts
Données de contact
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