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Les pollutions de l’eau en France

Cet article a été rédigé par Pierre Gilbert

Cet article vous est proposé par la Banque des Territoires

PilotĂ© par la Banque des Territoires, le Programme aquagir a pour mission centrale daider les collectivitĂ©s territoriales Ă  prendre conscience des enjeux de l’eau, Ă  accĂ©lĂ©rer leur passage Ă  l’action et Ă  prendre en main le sujet de l’eau sur leur territoire. Il vise Ă  stimuler l’émergence, Ă  accompagner et Ă  financer les projets des collectivitĂ©s liĂ©s Ă  la gestion durable de l’eau.

Crédits photos : Adobe stock

Nitrates, rĂ©sidus de pesticides, microorganismes, hormones, microplastiques 
 nos eaux sont confrontĂ©es Ă  des pollutions de nature diffĂ©rentes, ayant des causes, des moyens de traitements et de prĂ©vention diffĂ©rents. Rapide tour d’horizon des polluants les plus frĂ©quents.

La pollution des eaux Ă  de multiples visages en France. Entre engrais agricoles tels que les nitrates / phosphates, les pesticides, les diffĂ©rents perturbateurs endocriniens mĂ©dicamenteux ou industriels, c’est chaque polluant qui possĂšde ses logiques de prĂ©vention et d’épuration propres.

Les nitrates

Sans doute une des problĂ©matiques majeures en France, les nitrates sont trĂšs solubles dans l’eau. AprĂšs ces engrais rĂ©pandus dans les champs, les plantes n’en absorbent qu’une petite partie, entre 20 et 40%. Le reste a tendance Ă  ruisseler jusqu’aux cours d’eau ou s’infiltrer dans les nappes phrĂ©atiques s’il n’y a pas des rangĂ©es d’arbres pour les stopper. Une fois dans les cours d’eau, ils entraĂźnent un phĂ©nomĂšne d’eutrophisation du milieu, c’est Ă  dire une asphyxie du milieu en raison d’un trop plein d’algues, pouvant conduire Ă  une oppression des cours d’eau et aux fameuses marĂ©es vertes. En France, la dĂ©pollution des nitrates coĂ»te annuellement environ 1 milliard d’euros.

En France, les critĂšres de dĂ©finition des zones vulnĂ©rables sont dĂ©finis rĂ©glementairement. Ces zones dĂ©signĂ©es par les prĂ©fets coordonnateurs de bassin sont rĂ©visĂ©es tous les 4 ans. Dans les zones vulnĂ©rables, c’est Ă  la fois le Programme d’actions national nitrates (PAN) qui s’applique, complĂ©tĂ© de Programmes d’actions rĂ©gionaux. Il dĂ©finit les mesures de bonne gestion des fertilisants pour limiter les fuites de nitrates au niveau des parcelles agricoles. C’est le 7e PAN qui s’applique aujourd’hui. Dans une moindre mesure, les activitĂ©s agricoles et les eaux domestiques mal Ă©purĂ©es peuvent engendrer des pollutions aux phosphates, dont les consĂ©quences sont similaires Ă  celles des nitrates (eutrophisation). NĂ©anmoins, suite Ă  des politiques publiques d’encadrement efficaces, cette pollution est rĂ©siduelle, comparĂ©e aux nitrates.

Les pesticides

Le terme pesticide regroupe les produits phytosanitaires tels que les herbicides, fongicides et les insecticides. La plupart des pesticides ne sont pas sĂ©lectifs. Dans le cas du dĂ©sherbant glyphosate par exemple, de loin le plus utilisĂ©, il s’attaque par dĂ©finition Ă  toutes les espĂšces qui ne sont pas les espĂšces de culture sĂ©lectionnĂ©es. Or la pluie a tendance Ă  le disperser dans les sols, ou il se fixe sur les racines de nombreuses espĂšces de plantes, attĂ©nuant leur capacitĂ© Ă  absorber des minĂ©raux essentiels Ă  cette bonne santĂ©. Perturbateur endocrinien pour les insectes, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), qui dĂ©pend de l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS), a dĂ©clarĂ© le glyphosate probablement cancĂ©rigĂšne pour l’homme.

Des Ă©tudes rĂ©centes montrent par ailleurs une disparition sans prĂ©cĂ©dent des insectes, dont les pollinisateurs, au niveau europĂ©en : entre 70% et 80% de leur biomasse en 30 ans pour l’Europe de l’Ouest. La cause majeure en est la diffusion, par les airs et par les eaux de pluie et de ruissĂšlement, dans l’ensemble des biotopes d’insecticides non sĂ©lectifs. Les molĂ©cules des pesticides sont de fait complexes. Au contact de la chimie et de la biologie des sols, elles vont ĂȘtre progressivement dĂ©gradĂ©es sous la forme de mĂ©tabolites, qui sont des formes dĂ©gradĂ©es de la molĂ©cule initiale mais qui reste toujours assez proche chimiquement, dont les effets peuvent ĂȘtre similaires Ă  ceux de la molĂ©cule d’origine. Une fois prĂ©sents dans les ressources en eau, ils sont susceptibles d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©s dans l’eau distribuĂ©e au consommateur en l’absence d’une filiĂšre de traitement adaptĂ©e.

Les limites de pesticides tolérées en question

Dans le cadre du contrĂŽle sanitaire rĂ©gulier mis en Ɠuvre par les Agences rĂ©gionales de santĂ© (ARS), des rĂ©sidus de pesticides ou des mĂ©tabolites sont parfois dĂ©tectĂ©s au-delĂ  des limites de qualitĂ© de l’eau. DĂšs lors, la rĂ©glementation prĂ©voit des actions de gestion Ă  la demande des autoritĂ©s sanitaires locales pour rĂ©tablir la conformitĂ© de l’eau dans des dĂ©lais impartis lĂ©galement : protection accrue de la ressource, interconnexions entre diffĂ©rentes ressources d’eaux brutes, dilution, traitement renforcĂ© de l’eau distribuĂ©e, etc.

Le laboratoire d’hydrologie de l’Anses mĂšne rĂ©guliĂšrement des campagnes pour mesurer la prĂ©sence de composĂ©s chimiques qui ne sont pas ou peu recherchĂ©s lors des contrĂŽles rĂ©guliers dans l’eau du robinet.
Dans le dernier rapport, paru en avril 2023 et portant sur environ 150 substances sur 136 000 Ă©chantillons (20% de l’eau distribuĂ©e), certaines d’entre elles ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es dans des quantitĂ©s inquiĂ©tantes. C’est le cas par exemple du chlorothalonil R471811, mĂ©tabolite issu d’un fongicide utilisĂ© jusqu’en 2020, retrouvĂ© dans presque 60% des Ă©chantillons d’eau. Dans un tiers des Ă©chantillons, il dĂ©passe mĂȘme la limite qualitĂ©, fixĂ©e en 2007 Ă  0,1 microgramme par litre. Limite qui n’aurait « pas de signification sanitaire », selon la Direction gĂ©nĂ©rale de la santĂ©.

L’association Solagro propose une carte interactive, la carte Adonis, qui permet de visualiser l’utilisation des pesticides dans chaque commune. Le plan gouvernemental de 2018 Écophyto II+ veut quant Ă  lui atteindre l’objectif de rĂ©duire les usages de produits phytopharmaceutiques de 50% d’ici 2025 et de sortir du glyphosate « au plus tĂŽt ».

Les perturbateurs endocriniens

Nous relarguons dans nos eaux de nombreuses substances mĂ©dicamenteuses et hormonales qui peuvent perturber notre complexe et fragile systĂšme endocrinien, rĂ©gulĂ© par plus de 80 hormones et des centaines de systĂšmes de signalisation chimiques auxiliaires. Outre le fait qu’ils nous reviennent par notre alimentation et ont tendance Ă  s’accumuler dans nos graisses, car difficiles Ă  Ă©purer, les consĂ©quences sur la faune aquatique sont dĂ©sormais connues : les ƓstrogĂšnes, Ă©vacuĂ©es en grand nombre dans les urines des femmes qui prennent la pilule crĂ©ent un dĂ©sĂ©quilibre entre les sexes des poissons, les mĂąles se faisant de moins en moins nombreux.

Estradiol, estrone, progestĂ©rone, testostĂ©rone
 autant de composĂ©s problĂ©matiques d’ailleurs souvent rejetĂ©s davantage au niveau des industries pharmaceutiques, Ă©tablissements de soins et surtout des Ă©levages, grands consommateurs de produits hormonaux. Les phtalates, prĂ©sents dans les emballages plastiques, les peintures, cosmĂ©tiques, etc. font l’objet d’une attention particuliĂšre. Leur biodĂ©gradation semble assez rapide en condition aĂ©robie, mais ils se concentrent dans les boues. Le bisphĂ©nol A, contenu dans les rĂ©cipients plastiques, est lui aussi prĂ©sent dans les eaux urbaines et surtout les eaux industrielles. Il est assez bien dĂ©gradĂ© par les systĂšmes de boues activĂ©es, passage par lequel toutes les eaux traitĂ©es ne passent pas.

Moins connus, mais peut-ĂȘtre plus prĂ©occupants encore, l’octylphĂ©nol et le nonylphĂ©nol sont des perturbateurs endocriniens puissants et persistants produits et relarguĂ©s par les industries des rĂ©sines, encres, revĂȘtements, produits mĂ©nagers
 Ils se stockent dans les graisses des animaux marins et remontent ainsi la chaĂźne alimentaire, depuis leur accumulation dans les sĂ©diments.

Le cas du chlordĂ©cone est Ă  part par son ampleur dans les Antilles : lessivĂ© par les puits depuis les zones agricoles oĂč il Ă©tait utilisĂ©, il s’infiltre partout pour une durĂ©e de vie de plusieurs siĂšcles. Perturbateur endocrinien qui augmente aussi les risques de cancer de la prostate et de naissance prĂ©maturĂ©e, quelque 95% des GuadeloupĂ©ens et 92% des Martiniquais prĂ©sentent des traces de chlordĂ©cone dans le sang. Les recherches en matiĂšre de dĂ©contamination sont jugĂ©es prometteuses avec l’usage de nouveaux types de filtres Ă  eau, de bactĂ©ries, de rĂ©ducteurs chimiques et de compost intĂ©grant des algues sargasses qui envahissent le littoral et qui reprĂ©sentent une piste d’autant plus intĂ©ressante que ces algues envahissent rĂ©guliĂšrement les eaux antillaises.

Quels risques sur l’approvisionnement en eau potable ?

En 2022, l’alimentation en eau potable de la population française est assurĂ©e par prĂšs de 37 700 captages ou ouvrages de prĂ©lĂšvement dans les eaux souterraines. Ce nombre se rĂ©duit d’annĂ©e en annĂ©e, principalement pour rĂ©duire les dĂ©penses publiques dans un contexte de resserrement des budgets. Ainsi, sur la pĂ©riode 1980-2021, 12 600 captages d’eau potable ont Ă©tĂ© fermĂ©s. La premiĂšre cause d’abandon sur cette pĂ©riode est liĂ©e Ă  la dĂ©gradation de la qualitĂ© de la ressource en eau (32,9 % des situations). Parmi les captages abandonnĂ©s pour cette raison : 40,7 % le sont du fait de teneurs excessives en nitrates et/ou pesticides, 24,1 % pour des raisons de microbiologie, 7,6 % du fait de prĂ©sence d’arsenic, 6,6 % pour des excĂšs de turbidité de l’eau et 20,2 % Ă  cause d’autres paramĂštres en excĂšs (hydrocarbures, sulfates, solvants, fer, manganĂšse, sĂ©lĂ©nium, fluorures et fluor, etc.).

En d’autres termes, la fermeture des points de captages et souvent prĂ©fĂ©rĂ©e Ă  l’investissement supplĂ©mentaire qui permettrait d’affronter les pollutions dĂ©tectĂ©es. Une autre controverse naissante : celle du choix entre l’augmentation des seuils de polluants tolĂ©rĂ©s pour ne pas avoir Ă  faire exploser les coĂ»ts ou fermer les points de captages, et le maintien d’un principe de prĂ©caution sanitaire fort. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, ce sont 15,1 milliards d’euros qui ont Ă©tĂ© consacrĂ©s aux diffĂ©rents objectifs de dĂ©pollution et de prĂ©vention des pollutions de l’eau en France (chiffre de 2020). Un montant globalement stable sur les derniĂšres annĂ©es. 85% de ce total concerne l’assainissement des eaux usĂ©es. Le renouvellement des Ă©quipements de dĂ©pollution basĂ©s sur des technologies nouvelles pourrait appeler nĂ©anmoins Ă  une augmentation de l’effort budgĂ©taire.

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