Besoin d'aide ou de conseils personnalisés pour votre collectivité ?

Sur la Véore, une restauration inspirée du castor (26)

En à peine deux ans, sur une portion d’un kilomètre, la Véore s’est radicalement transformée : les équipes Gemapi de Valence Romans agglo, accompagnées par le philosophe Baptiste Morizot, ont mis en place dans la rivière un ensemble de modules de bois. Inspirée des techniques du Castor, cette approche low tech a permis à la rivière de retrouver une dynamique vivante.

Elle s’étale désormais en certains points sur une vingtaine de mètres, des chenaux secondaires se sont ouverts, le lit se reconnecte avec les berges. Un cercle verteux s’enclenche, favorable à la biodiversité, à la restauration des zones humides et à la prévention des inondations.

Entretien avec Cédric Cadet, chef de projet Gemapi

Parole de collectivité
Cédric Cadet, Chef de projet Gemapi - Valence Romans Agglo - Crédit photo : Banque des Territoires
Gestion des milieux aquatiques

Ce projet est présenté par :

  • Cédric Cadet, chef de projet Gemapi à Valence Romans Agglo
Les sécheresses de 2022 et 2023 ont été un déclencheur : les rivières ne doivent pas drainer le territoire mais l’hydrater !
Cédric Cadet

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda de Valence Romans Agglo ?

Tout a démarré par une rencontre avec le philosophe Baptise Morizot. Il revenait des États-Unis, où, à l’invitation de l’illustratrice Suzanne Husky, il a étudié les techniques de restauration des rivières inspirées des castors. Il m’a contacté pour me proposer d’expérimenter ces techniques ici, dans la Drôme. Pour ce tout premier ouvrage castor-mimétique en France, nous avons choisi un endroit dépourvu de risques. Dans une ferme en agroécologie, nous avons remis à l’air libre sur 150 mètres un ru qui, jusqu’alors, s’écoulait dans une buse. Cette restauration low tech s’est avérée très efficace, et rapidement nous avons même assisté à la formation d’une zone humide !

Nous avons ensuite sélectionné un linéaire de près d’un kilomètre, sur la Véore et sur la Lierne, son affluent. Ce site présente deux avantages pour notre projet : c’est une zone de forte incision de la rivière, bordée de terrains privés, mais sans risque de conflit avec une activité agricole. Le fait qu’une rivière soit très incisée, c’est-à-dire quand son lit est très enfoncé, engendre plusieurs problèmes. La vitesse de l’eau est renforcée, ce qui présente un risque pour les habitations, en période de crue notamment. Une autre conséquence négative, c’est la perte de richesse biologique, qui fait chuter le cortège faunistique. Enfin, il y a un troisième problème, d’ordre hydrologique cette fois. Déconnectée de ses berges, la rivière draine le territoire, assèche le milieu : on constate la disparition des zones humides et la nappe d’accompagnement de la rivière s’affaisse, de concert avec l’enfoncement du cours d’eau. Le territoire s’assèche, les zones humides, qui fonctionnent comme une éponge, disparaissent et ne viennent plus soutenir l’étiage en été.

Les sécheresses de 2022 et 2023 ont été un déclencheur : les rivières ne doivent pas drainer le territoire mais l’hydrater !

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Il y a donc ces travaux précurseurs aux États-Unis, documentés par Joe Wheaton, géomorphologue, et que le philosophe Baptiste Morizot nous a fait connaître. Il y aussi le travail de recherche mené sur le bois en rivière, notamment par Guillaume Piton de l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
Enfin, il y a l’expérience de terrain que nous avons connue ici, avec l’équipe Gemapi de Valence Romans Agglo. En novembre 2019, des chutes de neige intenses et très précoces avaient amené beaucoup de bois dans les rivières. Très rapidement, des transformations avaient eu lieu, donnant naissance à des secteurs remarquables : un chenal unique ici qui se divise en bras multiples, là, des hauteurs d’eau plus variées, de la diversité dans les écoulements… il y a alors eu des discussions divergentes dans l’équipe, sur la gestion du bois et de cet événement et nous avons à mon sens malheureusement trop enlevé de bois.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Ces techniques nécessitent un outillage et une approche qui sont tout à fait à portée de main des techniciens et des chargés de mission rivière. Il faut surtout avoir une bonne connaissance du terrain.
La majeure partie du temps, les projets de restauration sont pilotés par des bureaux d’études. Ici, les équipes de terrain reprennent la main, et peuvent se réapproprier les projets d’aménagement.
La réversibilité de ces aménagements de bois est un facteur clé, car la prise de risque au final est minime : si l’on constate des effets négatifs, il suffit d’une heure pour démonter les modules !

Jusqu’alors, pour corriger l’incision des rivières, la tendance est de faire venir du gravier par camion, et réinjecter des matériaux dans le lit de la rivière afin de le rehausser. Ce sont des interventions coûteuses, avec un gros impact sur le milieu et qu’on ne peut pas réaliser partout. L’approche low tech offre une ouverture du champ des possibles pour des linéaires pour lesquels on n’imaginait jusqu’ici pas de solution.

Certaines collectivités qui se lancent dans des projets de restauration low tech organisent des chantiers participatifs pour réaliser les structures de bois dans la rivière, car ils n’ont pas d’équipe Gemapi. Il m’est arrivé d’ailleurs d’encadrer de tels chantiers, en dehors de mes missions à Valence Romans agglo. Ces moments sont très forts et très appréciés de la population. Les places se remplissent en une heure. Chacun peut venir et travailler dans la rivière, comprendre plus finement son fonctionnement.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

C’est une approche empirique qui s’appuie sur la connaissance du terrain et la capacité à lire la rivière. Cela ne nécessite pas d’étude poussée préalable ni de moyens importants pour la mise en œuvre. Les aménagements, structures sont dimensionnées au cas par cas.

Aujourd’hui, nous cherchons à mesurer les effets de la restauration low tech. C’est pourquoi nous allons missionner un bureau d’études pour mener un protocole de suivi sur trois paramètres : la continuité sera testée, grâce au suivi des mouvements des poissons qui auront été équipés de puce. Une cartographie de la température de l’eau sera également réalisée, avec des prélèvements en surface et aussi au fond de l’eau. Enfin, un indice d’attractivité des milieux sera mis en place.

Les pêcheurs sont très attentifs et attendent les résultats de ces suivis, sur deux points tout particulièrement : la continuité écologie et la thermie. Aussi, ils redoutent le colmatage du fond de la rivière : que l’érosion ramène les fines qui viendraient boucher et recouvrir les zones de graviers. Or, la truite a besoin de gravier pour se reproduire.
En octobre 2026, nous allons commencer une nouvelle tranche de travaux sur un kilomètre en aval du premier site. Dans ce cadre, nous avons intégré le réseau des sites de démonstration pour la restauration des cours d’eau monitorés par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerrannée-Corse. Pour la première fois, la low tech est intégrée dans ce réseau. Nous disposerons alors d’un état des lieux robuste sur deux ans avant tout aménagement et la suite sera suivie sur plusieurs années après les travaux.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Comme les constructions des castors, nos modules sont réalisés sur un modèle de lasagnes : une couche de bois, une couche de pierres, une couche de bois… que nous collectons sur le site. Cela ne nécessite aucun achat, aucune intervention d’engins, aucun outil motorisé, si ce n’est parfois une tronçonneuse. La gestion est réalisée en régie, par l’équipe rivière. C’est un projet qui ne présente aucun surcoût pour la collectivité.

Le financement porte sur du temps d’agent, et pour ce projet, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse a financé le temps d’agent à hauteur de 50 %.

Ici, le budget est de 50 à 100 euros le mètre linéaire de rivière restaurée. C’est à mettre en regard avec les 500 à 1 000 euros du mètre linéaire restauré qui seront facturés dans le cadre d’opérations de restauration conventionnelles.

Idéalement, l’installation du castor sur ce site nous libérerait de l’entretien des ouvrages. Des pièges photographiques l’ont montré en visite, mais il ne s’est pas installé. Probablement que le site ne lui convient pas, car il n’y trouve pas suffisamment de nourriture. Le castor a besoin de bois tendre : saule, peuplier, aulne… qui vont pouvoir se développer grâce à la réhydratation des terres riveraines.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

  • Baptiste Morizot
  • Association Rivière Rhône Alpes Auvergne (Arraa)
  • Mouvement d’alliance avec le peuple Castor (MAPCa)
  • Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse
  • Direction départementale des territoires (DDT) 26
  • Office français de la biodiversité
  • Fédération de pêche
  • Propriétaires riverains
  • Région
  • Communes

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Je conseillerais de ne pas être frileux, d’y aller, de tester, en s’appuyant sur des structures comme Association Rivière Rhône Alpes Auvergne (Arraa) ou le Mouvement d’alliance avec le peuple Castor (MAPCa) qui disposent de ressources spécifiques sur ces questions. Il faut aussi faire confiance aux techniciens de rivière du territoire, qui connaissent le terrain et vont pouvoir utiliser leurs connaissances pour aider le milieu à enclencher les processus de régénération.

Aussi, plutôt que de se lancer immédiatement sur un site à fort enjeu, je conseille de mettre en place des opérations de régénération low tech sur des territoires pilotes, ne pas aller chercher le risque.

Enfin, il y a des endroits pour lesquels la question ne se posera tout simplement pas : pour un site très artificialisé par exemple, il faudra passer avant toute chose par une phase de désartificialisation. Quand un cours d’eau présente un bon fonctionnement, je déconseille d’intervenir : ce serait dommage de perturber un site qui fonctionne correctement.

De manière générale, il s’agit d’abord de reconsidérer la présence du bois en rivière. Culturellement, nous avons hérité des conceptions qui ont été élaborées après Vaison-la-Romaine. En septembre 1992, des inondations ont lieu à Vaison-la-Romaine, occasionnant la mort de 37 personnes. La crue de l’Ouvèze a été attribuée à la présence de bois dans la rivière. Or, ce qu’il s’est passé à Vaison est en réalité comparable à ce qu’il s’est passé dans la vallée de la Roya en 2020 avec la tempête Alex.

Le bois n’y est pour rien. Mais cette explication s’est pourtant imposée. Les premières équipes rivière qui se sont créées suite à cet évènement ont, à la demande des élus locaux et globalement de la population ont trop systématiquement enlevé le bois en rivière.

Financement de projets en faveur de l’environnement

Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.

Le projet en détails

Dates clés

Hiver 2023

Rencontre de Baptiste Morizot et première opération (modeste) sur un ru dans une ferme du territoire

Printemps 2023

Premier module sur le site pilote de la Véore-Lierne

Automne 2023

Pêches au cas pratiques organisées par l’ARRAA

Printemps 2024

1ère formation sur ce site avec les experts américains

Chiffres clés

1

km de cours d’eau (hydrosystème sous effet des aménagements) et 30 structures

0,6

km de chenaux déconnectés remis en eau

2

hectares de zone humide réhydratés

À retenir

Low tech, low cost et low ingenierie

Beaucoup de linéaires propices à la mise en place de cette régénération low tech

Pour ces installations qui ont pour conséquence d’élargir le lit de la rivière, nous étions tenus d’obtenir l’autorisation de tous les propriétaires riverains. Le plus difficile a été de les contacter

Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse

Association du Réseau des Sites Rivieres Sauvage - ARRAS- logo

Association Rivière Rhône Alpes Auvergne

logo-asso-mapca-castor-aquagir

Mouvement d’alliance avec le peuple Castor

DDTM la direction départementale des territoires et de la mer

DDT 26

Office français de la Biodiversité-ofb

Office français de la biodiversité

En savoir plus sur Valence Romans Agglo

habitants en 2022

224 841

Données de contact

L'eau sur mon territoire

logo aquarepère

Les autres projets - Gestion des milieux aquatiques

Vous êtes passés à l'action sur la gestion de l'eau ?

Présentation du déroulé d'un projet

Je souhaite profiter des offres de financement de la Banque des Territoires pour mon projet

Les champs marqués de * sont obligatoires

Seuls les numéros et caractères #, -, * sont acceptés.

Votre projet

Le financement de votre projet

Autres financements

Vous souhaitez partager un retour expérience ?

Les champs marqués de * sont obligatoires

Seuls les numéros et caractères #, -, * sont acceptés.