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660 hectares sauvés : Argelès-sur-Mer (66) engage la plus grande REUT agricole du sud de la France

Confrontée à une sécheresse durable et à une pression touristique exceptionnelle, la Communauté de communes Albères- Côte Vermeille - Illibéris (CCACVI) a choisi d’agir vite pour préserver ses ressources.

Dès 2020, la régie des eaux s’est engagée dans la création d’une filière de réutilisation des eaux usées traitées, capable de fournir une eau de qualité A pour l’agriculture.

Après trois ans d’études et un travail inédit avec 56 agriculteurs, Argelès-sur-mer met en place un réseau neuf de 15 à 17 km et une unité d’ultrafiltration dimensionnée pour irriguer 660 hectares.

Entretien avec Marion Galaup, Directrice Régie des Eaux de la CCACVI

Parole de collectivité
Marion Galaup, directrice Régie des Eaux, Communauté de communes Albères- Côte Vermeille - Illibéris (CCACVI) - Crédits photo : CCACVI
Gestion quantitative de la ressource

Ce projet est présenté par :

  • Marion GALAUP, Directrice Régie des Eaux, Communauté de communes Albères- Côte Vermeille - Illibéris (CCACVI)
On rejetait chaque jour jusqu’à 13 000 m³ d’eau traitée en mer, alors que les agriculteurs perdaient leurs cultures faute d’arrosage. C’était trop bête de ne pas agir.
Marion Galaup

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action

Comment le sujet de la REUT s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le territoire géré par la CCACVI est unique : il est composé de quinze communes littorales et piémontales allant jusqu’à la frontière espagnole, très touristiques en été, notamment à Argelès-sur-Mer qui passe de 10 000 à 100 000 habitants en quelques semaines ! Cette très forte saisonnalité met évidemment sous tension l’ensemble du cycle de l’eau : production d’eau potable, assainissement, traitement, réseaux. On a toujours géré ces variations, mais la sécheresse et le changement climatique sont venus tout bouleverser.

Dans le même temps, les agriculteurs ont subi des restrictions d’eau allant jusqu’à -80 % entraînant une chute des rendements et le dépérissement des arbres. Parallèlement, le territoire perdait une ressource précieuse en rejetant en mer plus de 12 000 m³/jour d’eau traitée, alors même que l’agriculture en manquait cruellement.

Dès 2020, la régie s’est mise à travailler sur un scénario de REUT. Les études ont démarré en 2021, avant la sécheresse de 2023 qui a agi comme un révélateur et un accélérateur : elle a confirmé que l’eau « gratuite » pompée dans les nappes n’était plus une option viable. Le sujet REUT s’est donc imposé à l’agenda : valoriser une ressource perdue pour sécuriser une activité vitale.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Contrairement à d’autres territoires, Argelès-sur-mer n’a pu s’appuyer sur aucune référence française équivalente puisqu’il n’existe pas, en France, de projet REUT de cette ampleur combinant multi-usages, multi-agriculteurs et volumes aussi importants. Il a fallu tout inventer. La régie a tout de même cherché des points d’appui auprès de ce qu’avait initié Noirmoutier pour la culture des pommes de terre), l’Aude ou le Roussillon, pour certaines parcelles viticoles. Des modèles étrangers comme l’Espagne, l’Italie ou le Portugal et surtout Israël, où la REUT est devenue un pilier stratégique de l’irrigation, ont été étudiés. Des échanges inter-régies ont été initiés, en particulier avec Montpellier, mais également en outre-mer avec La Réunion ou bien encore, des régies des Bouches-du-Rhône, intéressées par le retour d’expérience d'Argelès. Enfin, nous avons participé à des séminaires techniques, et bénéficié de la veille sectorielle et de l’appui de Veolia et OTV, experts du traitement avancé et de la production d’eau de catégorie A.

Ce croisement de sources et d’expertises a permis à la régie d’élaborer son propre projet, fiable et reproductible, adapté au contexte local et conforme à une réglementation encore “hésitante“.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

La REUT demande une somme de compétences rarement réunies dans une seule collectivité : génie hydraulique, agronomie, réglementation sanitaire, hydraulique sous pression, gouvernance multi-acteurs. La régie possède 80 agents aux métiers variés mais il a fallu en mobiliser davantage : écologue, bureau d’études spécialisé, maîtrise d’œuvre dédiée (Bureau d’études GAXIEU), OTV (Véolia) pour le traitement, Sol Frères pour le réseau.

La concertation avec les agriculteurs a été initiée immédiatement. Et contre toute attente, la qualité de l’eau n’a pas été un frein.

La vraie inquiétude portait sur le prix et l’engagement sur 40 ans des conventions.

Côté citoyens, l’acceptabilité a quant à elle été plus discrète. La régie reconnaît avoir « un petit défaut de communication », même si une information territoriale a été mise en place (panneaux, réunions, première pierre). Cependant, le grand public n’est pas la cible principale, le projet visant d’abord un usage agricole et non domestique.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Les études se sont échelonnées de 2021 à 2023 et ont couvert de nombreux sujets :

  • la cartographie précise des besoins agricoles,
  • la sélection des zones à irriguer (en priorité l’arboriculture : abricots, pêches),
  • le traçage d’un réseau neuf de 15 à 17 km,
  • la gestion du foncier (quasi exclusivement du domaine public),
  • le passage de rivières avec accompagnement d’un écologue,
  • la modélisation du traitement en catégorie A et B,
  • la sécurisation réglementaire avec l’ARS et la police de l’eau.

Il a fallu équilibrer économiquement le projet car c’était un budget annexe. Le traitement coûte peu comparé aux canalisations, c’est donc le tracé qui conditionne tout. Les scénarios analysés allaient de 0,20 €/m³ à plus de 1 €/m³. L’objectif fixé par les agriculteurs -20 centimes/m³- n’était atteignable que si les subventions couvraient 80 % du coût total.
Autre point décisif, le calibrage des volumes : la REUT permet de recycler 1,2 à 1,3 million de m³ par an, soit 30 % de la consommation annuelle du territoire, ou l’équivalent de cinq mois d’eau potable pour la population hivernale.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le budget total se monte à 13 M€ (3,5 M€ pour le traitement et 10 M€ pour le réseau). Les aides viennent de l’Europe, la Région Occitanie, le Département des Pyrénées-Orientales, l’Agence de l’eau, l’État (MASA).
Un objectif : 80 % de subventions, condition indispensable pour maintenir un prix agricole raisonnable.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

  • CCACVI — Régie des eaux
  • Veolia / OTV : traitement par ultrafiltration
  • Sol Frères : réseau REUT
  • ASA du Canal des Albères & producteurs agricoles (56 exploitants)
  • État, Région Occitanie, Département
  • Agence de l’eau
  • Bureau d’études, écologue

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Il faut y aller. Ne pas se décourager au premier frein. Même si un projet finit dans un tiroir, il peut ressortir dix ans plus tard. Rien n’est inutile. Il faut anticiper, concerter tôt avec l’État, bâtir un dossier techniquement irréprochable, et surtout maintenir l’ambition politique. Quand on a l’élan et la volonté, on entraîne tout le monde.

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Le projet en détails

Dates clés

2020

Décision politique d’étudier la REUT

2021-2023

Etudes, concertation, scénarios, gouvernance

Fin 2023

Présentation aux financeurs (premier refus)

Juillet 2025

Pose de la première pierre

Chiffres clés

660

hectares irrigués

56

agriculteurs bénéficiaires

15 à 17

km de canalisations

À retenir

Ce projet fait l’unanimité : agriculteurs, élus, financeurs

Il sécurise la ressource, réduit les conflits d’usage entre tourisme et agriculture, économise 30 % de la consommation annuelle d’eau potable et repose sur une technologie française de pointe

Les conventions qui engagent les agriculteurs sur 40 ans, et la nécessité absolue d’obtenir 80 % de subventions pour rendre le modèle viable ont pesé parfois lourdement

Ressources

Première pierre – Projet de REUT à Argelès-sur-Mer

CCACVI

Pyrénées-Orientales : comment les eaux usées deviennent une arme contre la sécheresse

Le Journal Toulousain

Les partenaires de ce projet

logo union europeenne

Union Européenne

La-region-occitanie

Région Occitanie

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

logo-departement-pyrenees-orientales-aquagir

Département des Pyrénées-Orientales

Veolia

Veolia

Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

Sol Frères

Cabinet Gaxieu

En savoir plus sur la CC Albères- Côte Vermeille - Illibéris

habitants

57 632

communes membres

15

Données de contact

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