PRéVENTION DES INONDATIONS

Lutte contre les inondations : installation d’un poste de crue à La Fère (02)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Les conclusions d’une étude hydraulique commandée en 2021 par la Communauté d’Agglomération Chauny-Tergnier-La Fère montrent la nécessité d’installer un poste de crue à la Fère afin de réduire les risques d’inondations.

Cet ouvrage, dont le principe consiste à pomper puis à rejeter les eaux pluviales au-dessus du niveau de crue de l’Oise, à été mis en place à l’été 2023 après une période de test sur zone. Il démontre aujourd’hui toute son efficacité dans le cadre des crues décennales.

Cependant, la mise en œuvre de ce projet a donné lieu à d’importantes réflexions quant à la gouvernance à mettre en place. En effet, le projet relevait-il de la gestion des eaux pluviales, compétence qui relève de la communauté d’agglomération, ou de la prévention des inondations, compétence incombant au Syndicat Entente Oise-Aisne ? Cette complexité administrative liée à la lutte contre les inondations se situant dans des « zones grises » (construites) a été débattue pour finalement arriver à la conclusion d’un partage du financement entre les 2 organisations.

Nous nous sommes concentrés sur les crues les plus courantes, l’objectif était de pouvoir gérer 80 à 90% de ces « petites » crues.

Jean FAREZ

Comment le projet d’installation d'un poste de crue s’est-il imposé à l’agenda de votre commune ?

Suite à la loi GEMAPI qui a dissocié la prévention des inondations de la gestion des cours d’eau, les compétences touchant à l’eau, l’assainissement, le pluvial ont été transférées vers la communauté d’agglomération. Après la réalisation de différents ouvrages, des bassins tampons ou enterrés, des zones permettant l’infiltration des eaux pluviales, nous nous sommes interrogés sur des problématiques d’inondation intervenant dans certains quartiers résidentiels. Très rapidement, nous avons pris conscience que la particularité des lieux (anciens marais) nécessitait de réfléchir différemment. Les ouvrages classiques tels que des bassins de rétention ne pouvaient pas être efficaces. L’idée de la construction d’un poste de crue a petit à petit fait son chemin pour s’imposer définitivement.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

L’histoire. Le quartier de la Fère est positionné sur un marais. Comment nos ancêtres fonctionnaient-ils à l’époque ? Les contraintes étaient les mêmes et pourtant cette zone a abrité la première garnison royale d’artillerie et ses 4000 hommes ! Pourquoi sur un marais, et surtout, comment ? Les cartes d’état major l’attestent, c’était une zone fortifiée. Ils avaient déjà installé à l’époque des vannes pour réguler l’eau et les crues. Les fortifications sont encore là, les cours d’eau aussi (une dizaine à La Fère), l’idée était de repartir de ce système de vannes en ajoutant un système de pompage pour rejeter dans l’Oise. Nous avons observé la réalité du terrain pour adapter au mieux le dispositif. L’idée du poste de crue n’a rien d’exceptionnelle en soi. Cet ouvrage s’est imposé à nous car il répondait parfaitement à nos problématiques et que dans le passé des procédés similaires avaient montré leur efficacité.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Oui bien sûr, il fallait s’assurer de la faisabilité et de l’efficacité d’un tel dispositif. Une étude hydraulique a été menée avec le bureau d’études ESKA Conseil. Elle a été fondatrice car nous avons pu nous rendre compte que des solutions techniques étaient possibles et efficaces sur le papier. Après, au-delà des études techniques menées en amont, nous nous sommes engagés encore une fois sur le terrain. Pour comprendre les rejets nous avons mené avec Véolia (notre délégataire exploitant) une visite en canoë pour voir concrètement les réseaux et se rendre compte de comment ça se passait. Nous avons identifié des clapets anti-retour installés il y a 30, 40 ans, des vannes… Ce patrimoine perdu que l’on redécouvrait, il fallait se le réapproprier, le remettre en fonction parfois, pour assurer une efficacité optimale du futur poste de crue.

Quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?

Pour nous très clairement pour ce projet, la principale compétence à exercer était la gouvernance. La fameuse question du « qui fait quoi ? ». Qui doit mener le projet et surtout qui doit le financer ? Vaste question qui nous a demandé beaucoup de patience mais qui, au final, a ouvert de belles perspectives. Ensuite, quand la gouvernance a été clarifiée, ce sont essentiellement des compétences techniques qui sont mises en œuvre. L’accompagnement du bureau d’études était indispensable pour alimenter les réflexions des différents acteurs dont les services techniques de la communauté d’agglomération et pour encadrer ensuite la réalisation de l’ouvrage avec nos prestataires locaux.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement et l’adhésion des citoyens ?

Les études ont permis de dimensionner techniquement le projet, et notamment ses capacités de pompage et de rejet. De notre côté, nous avons « simulé » la limite d’intervention du poste de crue en prenant en référence la crue de 1993 (trentennale). Nous avons déterminé les seuils et donc la limite d’intervention du futur ouvrage pour encadrer son efficacité. Nous nous sommes concentrés sur les crues les plus courantes, l’objectif était de pouvoir gérer 80 à 90% de ces « petites » crues. À nos yeux, c’est déjà beaucoup. Vis-à-vis des citoyens, nous avons communiqué de manière très formelle. Nous ne nous affranchissons pas du risque de crue exceptionnelle (trentennale) et nous assumons de dire que notre poste de crue ne permettra pas de contenir une « vague d’eau » similaire. Par contre, nous sommes fiers de pouvoir leur dire que le poste de crue sera efficace pour les 3 à 4 crues annuelles qui mettent l’ensemble d’un quartier les pieds dans l’eau. Nous avons ciblé avec honnêteté les limites de l’ouvrage, nous avons aussi testé très concrètement en installant un poste provisoire lors des crues de 2023. Nous avons vu que ça fonctionnait, c’était rassurant.

Comment le projet a-t-il été financé ?

L’Entente Oise-Aisne, en modifiant ses règlements, a pu participer au financement. Le fond Barnier, le FEDER, la Région n’ont pas pu être sollicités, c’est donc la Communauté d’Agglomération qui a financé le reste à charge, soit 50% de l’enveloppe totale. La question du champ d’intervention et donc du financement selon que le projet relève de la compétence de gestion du pluvial ou du fluvial aurait pu être bloquante. Nous aurions pu ne pas nous engager et rester sur nos positions mais la priorité était d’agir pour les citoyens. Merci à l’Entente Oise-Aisne de nous avoir suivis.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagné dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

L’Entente Oise-Aisne et la communauté d’agglomération sont les seuls acteurs mobilisés en amont du projet. Nous nous sommes sentis un peu seuls parfois. On nous renvoyait vers des solutions classiques déjà mises en œuvre comme la désimperméabilisation des sols. Notre projet n’avait pas sa place dans les méandres de l’organisation administrative. C’est dommage, nous aurions pu nous démobiliser mais nous avons tenu. Les grandes stratégies sont indispensables mais il faut absolument revenir à plus de pragmatisme et aux réalités du terrain. L’accompagnement terrain des équipes de Véolia a été très utile. Nous avons cartographié, regard par regard, et engagé des actions de mesures très pragmatiques, c’était un point de départ indispensable.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2021

    Début de l’étude hydraulique avec le bureau d’études

  2. 2023

    Lancement du projet et test concluant de pompage sur zone

  3. 2024

    Lancement de l'appel d'offre en début d’année. Les travaux sont programmés en août afin de travailler avec un niveau d’eau bas

  4. 2024

    Inauguration du projet le 1er octobre

Chiffres clés

  • 300

    m<sup>3</sup>/h en rejet

  • 80-90%

    des inondations évitées

  • 315 000

    € TTC pour financer l’ensemble du projet

À retenir

  • Les gens qui nous ont accompagnés ont amené leurs compétences et un engagement sans faille.

  • L’amélioration de la qualité de l’eau rejetée. Un filet nasse a été installé, il permet de contenir les déchets plastiques et autres.

  • L’absence d’élan et de solidarité administrative pour travailler à une solution en amont qui soit « finançable ». Nous avons souffert parfois de l’inertie de certains services

  • L’Entente Oise-Aisne

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