À Chamboulive, en Corrèze (19), une nouvelle station d'épuration à base de roseaux
À Chamboulive, en Corrèze, l’ancienne station d’épuration a changé de visage. Entièrement réhabilitée, elle s'intègre parfaitement à son environnement, grâce à sa couverture végétale en roseaux.
De plus en plus répandues dans les communes rurales, les stations d’épuration en roseaux s’inspirent du fonctionnement des marais : les roseaux y filtrent naturellement les eaux usées, abritent une grande biodiversité et consomment très peu d’énergie.
À Chamboulive, cette solution s'est rapidement imposée lors de la refonte du schéma d’assainissement. Un an après sa mise en service, la station fonctionne à pleine capacité.




Entretien avec Romain Vinatier, chargé d’opérations étude et travaux assainissement à l’agglomération de Tulle
Ce projet est présenté par :
- Romain Vinatier, chargé d’opérations étude et travaux assainissement à l’agglomération de Tulle
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le projet fait suite à une obligation réglementaire et à un transfert de compétences. La commune de Chamboulive avait engagé un diagnostic pour réactualiser son schéma d’assainissement en 2017, et il était obligatoire de réaliser une nouvelle étude, la précédente datant de 2001. Suite au transfert de compétences des communes à la communauté d'agglomération en 2018, nous avons repris le dossier dans son intégralité et relancé l’étude.
De plus, les services de l'ONEMA ((Office National de l'Eau et des Milieux Aquatiques) avaient, depuis plusieurs années, mis la commune en demeure en raison de rejets dans le Rujoux, le cours d’eau qui traverse le sud de Chamboulive. L'ancienne station d’épuration contribuait directement à cette pollution. L'idée était donc de mettre en œuvre un programme de travaux, suite à la refonte du schéma d’assainissement. En tant que communauté de communes, nous avions les reins plus solides pour déployer ce schéma et enclencher les travaux nécessaires.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous nous sommes appuyés sur le bureau d'études en charge de la maîtrise d’œuvre et avons également sollicité des retours d'expérience auprès d'entreprises extérieures, parfois voisines.
Le choix de la technologie des roseaux s'est imposé naturellement. D’abord, parce que c'est une solution largement mise en oeuvre depuis une vingtaine d’années dès lors que le foncier le permet. Ensuite, pour des questions d’intégrations paysagères : nous sommes au fond d'une vallée mêlant zones boisées et terres agricoles, et il nous semblait peu opportun d'édifier un bâtiment en génie civil.
Enfin, ce sont des filières qui sont éprouvées. C'est écologique, il n’y a pas besoin d'énergie pour fonctionner, et c'est valorisable. Les pieds de roseaux sont fauchés une fois par an, pour qu'ils repoussent l'année suivante, et cette matière part directement en compostage. Une solution sobre, rustique au bon sens du terme, mais parfaitement adaptée aux contraintes du site et aux objectifs de la collectivité.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co construit avec eux ?
Le métier de « chargé d'opération » porte bien son nom, puisqu'il s'agit de faire l'interface, de coordonner et de mettre du liant et du lien entre les différents acteurs. Le tout, avec le souci de la bonne utilisation de l'argent public, et avec une attention portée aux délais et aux obligations réglementaires. Il faut savoir dialoguer avec les entreprises, et conduire un projet de A à Z, en tenant en compte les contraintes calendaires, budgétaires et réglementaires.
Concernant l'adhésion de la population, la station a été construite dans un pré, à l'écart des axes routiers, donc il n'y a pas eu de sujet. En revanche, nous ne nous attendions pas aux difficultés rencontrées lors des travaux de réseaux. La traversée de Chamboulive a dû être coupée à deux reprises pendant trois mois pour mettre en place des déviations, sans perturber la vie de la commune… Même avec des réunions publiques et beaucoup de communication, cela a été compliqué. Nous avons essayé de trouver les meilleures déviations possibles. Mais il faut quand même gérer la circulation des bus et des autocars, les services publics, les services de secours, les riverains. Malgré la meilleure des volontés, il y a forcément des couacs. Il faut vraiment communiquer avec les riverains, pour leur faire comprendre l’enjeu de tels travaux.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le dimensionnement a été confié au bureau d’études, avec un cadrage précis pour qu'ils prennent en compte les épisodes pluvieux. Nous voulons être capables de traiter un effluent, même en « période de retour mensuel », (c'est-à-dire une pluie qui revient tous les mois), quand l'eau de pluie se mêle aux eaux usées. Cela nous a conduits à surdimensionner l'installation, comme prévu par la réglementation. C'est-à-dire que nous tenons compte de la « valeur hydraulique temps de pluie ». Au lieu de construire une station d’épuration de 2000 m², nous l'avons portée à 3000 m², dans une logique d'anticipation des pluies mensuelles.
C’est un parti pris pour anticiper l'avenir, car nous savons que les épisodes de chaleur seront peut-être plus secs, et que les épisodes de pluie seront plus intenses. Une station saturée à chaque orage serait un non-sens technique et financier.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Sans le soutien de l'Agence de l'eau et du Département, le projet n'aurait pas pu voir le jour dans cette ampleur.
L’opération d’assainissement représente un investissement global de 3 millions d'euros, dont 2,5 millions d’euros pour le réseau d’eaux pluviales et eaux usées, et environ 995 000 euros pour la construction de la nouvelle station d'épuration.
Ces coûts intègrent les travaux, le bureau de maîtrise d'œuvre, les coûts annexes, et les tests de réception.
Nous avons été aidés à hauteur de 70 % par l'Agence de l’eau Adour-Garonne, et à hauteur de 10 % par le Conseil Départemental de la Corrèze, sachant que certaines dépenses n'étaient pas éligibles aux subventions.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
La police de l'eau et le SAESE (Service d'Assistance à l’Exploitation des Stations d'Épuration) ont dû donner leur accord avant le lancement des travaux. Leur validation est indispensable. Une fois la mise en service de la nouvelle station, un suivi réglementaire est assuré. Une fois par an, la police de l’eau va contrôler les rejets dans le Rujoux, et voir s'ils sont conformes à la réglementation.
Le SAESE intervient pour sa part en appui technique : analyses, optimisation du fonctionnement, accompagnement en cas de dysfonctionnement. Ces deux entités sont associées conjointement sur toute la durée du programme de travaux.
Enfin, la mairie de Chamboulive a également été un partenaire de proximité essentiel. Des réunions de chantier hebdomadaires ont permis d’assurer une coordination étroite. Le maire et les services municipaux sont des relais indispensables auprès des habitants, en particulier lors des phases de travaux les plus sensibles.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Premier point clé : intégrer dès l’amont les agents qui exploiteront la station. En régie, ce sont eux qui connaissent les réalités du terrain, les coûts de fonctionnement, les marges d’économie et les risques. Leur expertise est précieuse et doit nourrir le cahier des charges dès la phase de conception. C'est malheureusement quelque chose que nous n’avons pas assez fait au début.
Deuxième conseil : travailler en lien étroit avec le bureau de maîtrise d’œuvre. Il ne faut pas les laisser concevoir seuls une solution qui ne reflète pas exactement nos besoins réels. Enfin, s’appuyer sur le personnel communal, qui est un relais très important sur le terrain, notamment lorsque la collectivité porteuse du projet n'est pas implantée sur site. Ce fut notre cas, puisque nous sommes basés à Tulle.
Dernier enseignement : ne pas hésiter à coordonner plusieurs chantiers en simultané. Par exemple, quand nous avons ouvert la route, nous avons travaillé de concert avec l'ensemble des concessionnaires (eau potable…etc) pour rénover les réseaux en même temps, avec des tranchées communes.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
2017 - 2021
Avril 2023
Octobre 2023
Novembre 2024
Chiffres clés
3
70
302
À retenir
Parmi les points positifs, l’intégration paysagère est particulièrement réussie. La station d’épuration est implantée dans un écrin de verdure, dans une zone vraiment verte, et elle ne dépare pas
Le parti clair était clair : pas de solution énergivore ! Le dispositif repose sur une conception gravitaire, avec une seule pompe, le premier étage alimentant le second sans équipement supplémentaire
Si les particuliers bénéficient d'aides à hauteur de 50 % pour se raccorder au réseau, cela ne suffit pas toujours, et les habitants n’ont pas nécessairement prévu cette dépense dans leur budget
Ressources
VIDÉO. Une nouvelle station d'épuration à base de roseaux : "Cela va dans le sens de l'environnement"
franceinfo
Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Adour Garonne

Conseil départemental de la Corrèze et le SATESE

Commune de Chamboulive
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