Un observatoire pour partager les bonnes pratiques de réhabilitation des réseaux par chemisage
Le Centre scientifique et technique du Bâtiment (CSTB) et 7 collectivités de l’Ouest de la France unissent leurs expertises.
Ensemble, ils ont fondé un Observatoire de la réhabilitation des réseaux d’assainissement pour partager leurs retours d’expérience de chantier de chemisage. Ils partagent les bonnes pratiques.




Entretien avec Maxime Roger et Nathalie Houseaux
Ce projet est présenté par :
- Maxime Roger, Directeur opérationnel de l’Eau au CSTB
- Nathalie Houseaux, Responsable adjointe au responsable de pôle Ingénierie et travaux de Nantes Métropole
Parole d'entreprise
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Pouvez-vous nous décrire le projet de l’Observatoire de la réhabilitation des réseaux d’eaux usées ?
Maxime Roger : L’Observatoire de la réhabilitation des réseaux d’assainissement (ORRA) est un projet collaboratif qui réunit 7 collectivités de l’Ouest de la France et le CSTB. Ce projet, lancé en 2024 pour une durée de trois ans, vise à partager les retours d’expérience de chantiers de réhabilitation de réseaux sans tranchée avec la technique de chemisage polymérisé en place.
Nathalie Houseaux : Depuis plus de 15 ans, le CSTB est l’organisme certificateur de la marque NF390 pour le chemisage qui atteste de la compétence des équipes, d’une pose de qualité et de la pérennité des ouvrages. L’objectif est de produire ensemble un corpus documentaire (CCTP type, guides, notices ou cahier des charges commun…) sur lequel nous appuyer pour nos travaux de chemisage. Le but est de dérisquer ces chantiers pour les collectivités et de garantir la pérennité de nos ouvrages.
Comment les collectivités se sont-elles adressées à vous ?
Maxime Roger : Le CSTB intervient en tant que tiers de confiance. Nous amenons des outils de suivi de la qualité des ouvrages, c’est le cas de la réhabilitation de réseaux d’assainissement avec la certification NF390. Nous délivrons des avis techniques sur les procédés innovants pour guider les collectivités dans leurs choix techniques. Des essais sont réalisés en fin de chantier pour valider la conformité des travaux avant que la collectivité ne les accepte. Ces prélèvements sur site sont analysés par le laboratoire du CSTB.
Nathalie Houseaux : Tout le dispositif déjà en place est nécessaire, mais n’est pas suffisant pour sécuriser les chantiers. Les collectivités ont souhaité aller plus loin. Après de premiers échanges avec Golfe du Morbihan - Vannes agglomération, puis Rennes Métropole, le groupe s’est ensuite élargi à d’autres collectivités du Grand Ouest dont Lorient Agglomération, Quimper Bretagne Occidentale, Saint-Nazaire Agglo, Eau du Ponant et Nantes Métropole. Nous souhaitions pouvoir échanger en toute transparence entre donneurs d’ordre et créer des outils communs.
Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne l’Observatoire pour la réhabilitation des réseaux ?
Nathalie Houseaux : L’Observatoire s’articule autour de 5 groupes de travail pour améliorer la qualité à toutes les étapes du chantier : conception, mise en œuvre, réception, exploitation et gestion patrimoniale. Ces groupes mobilisent de nombreux interlocuteurs dans chaque collectivité, par exemple une dizaine à Nantes Métropole et des opérateurs privés. L’Observatoire s’appuie sur les données remontées de nos chantiers pour avoir un retour d’expérience fin. Des chantiers tests ont été identifiés et feront l'objet d'un suivi scientifique de 6 mois et 1 an pour évaluer la tenue des matériaux dans le temps.
Maxime Roger : Un Comité de pilotage (COPIL) assure la coordination globale de l’Observatoire. Un groupe d’experts, piloté par Thomas le Floc’h du CSTB, valide les documents techniques produits en lien avec des adhérents de l’Astee (Association des professionnels de l’eau et des déchets), des bureaux d’études et des contrôleurs. Les différentes instances se réunissent fréquemment en visioconférence sur des créneaux de 1h30 à 2h.
Comment expliquez-vous votre solution à un profane et la valeur qu’elle apporte ?
Maxime Roger : Le chemisage est une technique utilisée depuis de 30 ans pour rénover les canalisations d’eaux usées. Elle consiste à glisser à l'intérieur de la canalisation une gaine souple enduite de résine. Le durcissement du chemisage est réalisé sur site par polymérisation à chaud du système de résine grâce à l'injection de vapeur.
Nathalie Houseaux : À Nantes Métropole, notre objectif annuel de renouvellement des canalisations d’eaux usées est de 1 %. La technique du chemisage est de plus en plus utilisée pour rénover de l'intérieur, sans démolition ni casse lourde. Ces travaux génèrent moins de nuisances pour l’environnement (moins de matériaux mis en œuvre, pas d’excavation…) et sont particulièrement adaptés au contexte urbain.
Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Maxime Roger : Avant tout projet de réhabilitation par chemisage, il faut maîtriser le cadre réglementaire et technique. La certification NF390 évalue le produit et la compétence des équipes de mise en œuvre.
Nathalie Houseaux : En complément, pour la phase de réception, il faut savoir réaliser des prélèvements de gaine représentatifs pour effectuer des essais en laboratoire afin de valider la conformité de l'ouvrage. L’entretien par hydrocurage doit être adapté. Les hydrocureurs doivent être informés et formés pour ne pas endommager les réseaux chemisés avec une pression de curage trop élevée.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?
Maxime Roger : Mes conseils sont de choisir une entreprise certifiée et d’utiliser un Cahier de clauses techniques particulières dédié pour sécuriser les appels d'offres dès la phase de conception. Ensuite, il faut s’appuyer sur les avis techniques instruits par le CSTB.
Nathalie Houseaux : Il est également important de bien préparer le chantier et de ne pas négliger la réception des travaux. On peut aussi vérifier sur le site du CSTB si les entreprises sont certifiées.
Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?
Nathalie Houseaux : Un guide vient d’être réalisé pour encadrer les prélèvements de gaine par les donneurs d’ordre. Il précise les bonnes pratiques à appliquer pour prélever un échantillon fiable. Cela permet de réaliser l’essai de flexion trois points en laboratoire. Ce test, réalisé entre autre, par le CSTB, permet de s’assurer que les prélèvements sont représentatifs de ce qui a été posé.
Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?
Maxime Roger : L’Observatoire pourrait être élargi à d’autres territoires. Nous commençons aussi à transposer notre expertise de la réhabilitation sans tranchée aux réseaux sous pression comme le réseau d’eau potable. Il s’agit plutôt d’un accompagnement à l’expérimentation. Les contraintes sont nombreuses d’un point de vue sanitaire ou technique (accès aux réseaux, continuité du service, bypass…).
D’après votre expérience, quelle est la durée moyenne de ce type de projet ?
Nathalie Houseaux : L’ORRA est contractualisé pour une durée de trois ans. D’autres observatoires proposent un suivi plus long dans le temps, c’est le cas du goût de l’eau pour Nantes Métropole.
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Le projet en détails
Dates clés
2024 - 2027
Fin 2024
2025
2026 - 2027
Chiffres clés
311 000
22 500
3
À retenir
Les collectivités bénéficient d’un espace de partage d’expérience pour comparer les pratiques et monter en compétences
En sécurisant toutes les étapes de réalisation, l’Observatoire vise à garantir une durée de vie de 50 ans pour les ouvrages réhabilités par chemisage
La certification NF 390 est indispensable pour garantir la qualité, mais elle représente un coût non négligeable pour les entreprises de travaux, qui se répercute sur les prix pratiqués
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