AmphitriA – Mise en place des Meilleures Techniques Disponibles pour les équipements d’incinération des boues de la station d’épuration (83)
Située au pied du Cap Sicié, la station d'épuration AmphitriA est l'une des plus grandes de la Méditerranée et la principale installation de la métropole. Elle traite 20 millions de m3 d’eaux usées par an soit la moitié des effluents de la Métropole (sur les communes de Toulon, Saint-Mandrier, La Seyne-sur-Mer et Six-Fours-les-Plages) pour une capacité actuelle de 500 000 EH.
Les objectifs de la dernière phase de travaux réalisés en 2023-2025 étaient d’améliorer la performance énergétique et environnementale de l’usine et de se mettre en conformité avec les derniers arrêtés sur le traitement des effluents.
L’une de ses particularités est le traitement internalisé des boues de la station par un four d’incinération associé à la STEP pour limiter le transport et le traitement hors site.
Pour réaliser les travaux de modernisation, tout en assurant la continuité du service, il a fallu arrêter l’incinérateur et transférer temporairement les boues issues du traitement des eaux usées vers d'autres centres de compostage nationaux. Durant cette période, plusieurs dispositifs été mis en place pour limiter les nuisances et préserver la qualité de vie des riverains.





Entretien avec Didier Goube, Rudy Nicolau, Olivier Ambrosi et Audrey Venturino
Ce projet est présenté par :
- Didier GOUBE, Directeur Général des Services Techniques « Territoire et Proximité » - Métropole Toulon Provence Méditerranée
- Rudy NICOLAU, Directeur Général Adjoint des Services Techniques « Territoire et Proximité » - Métropole Toulon Provence Méditerranée
- Olivier AMBROSI, Directeur de la Direction de l’Eau et de l’Assainissement– Métropole Toulon Provence Méditerranée
- Audrey VENTURINO, Cheffe du Service Usines, Qualité de l’Eau et Autosurveillance – Métropole Toulon Provence Méditerranée
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de la Métropole Toulon Provence Méditerranée ?
Le projet est issu d’une volonté de trouver des solutions pour gérer sur site les co-produits du traitement des eaux usées en se mettant en conformité avec les derniers arrêtés et en poursuivant notre effort de performance environnementale de l’usine. Nous avons souhaité valoriser énergétiquement la chaleur produite dans le four d’incinération des boues, pour réduite notre consommation électrique et optimiser son fonctionnement en limitant les pollutions atmosphériques.
Cette phase de travaux de modernisation s’appuie sur l’évolution de la réglementation prenant en compte les Meilleures Techniques Disponibles (MTD), issues de l’arrêté ministériel du 12/01/2021 puis transposées dans l’arrêté préfectoral du 10/01/2023.
Le projet répond donc aux ambitions suivantes :
- Permettre un fonctionnement du four 24h/24 et 7j/7 pour traiter de manière optimale les boues de la STEP (avec séparation des cendres et des sables pour une valorisation notamment comme agrégat de chantier pour ces derniers),
- Réduire les émissions atmosphériques en sortie de cheminée par une amélioration du process d’incération des fumées porté à un haut niveau de rendement, pour préserver la qualité de l’air
- Valoriser la chaleur produite par cette combustion via l’installation d’une turbine produisant 4 Gwh soit environ 30% des besoins électriques du site.
Ces travaux permettent d’incinérer davantage de boues d’autre sites voisins et régionaux. Ce fonctionnement optimisé 24H/24H permet un meilleur rendement énergétique.
Ces travaux permettent également à la Métropole de répondre à l’objectif de valorisation des déchets d’assainissement non dangereux (75%) fixé par le Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
AmphitriA est un site très particulier. La station est semi-enterrée, en zone Natura 2000, en Site Classé et soumis au risque de feux de forêts avec la présence de faune et flore protégées et patrimoniales. Elle traite de gros volumes et est située loin des zones urbaines. L’accès se fait par un tunnel monotube limité en gabarit, de 1.2 km de long et 10.5% de pente.
La technicité demandée, de par les exigences réglementaires mais surtout par la configuration enterrée de l’ouvrage, en fait un projet unique.
Ce que nous voulions, à l’image de ce qui se fait ailleurs, c’est valoriser la chaleur produite par l’incinération pour réduire nos consommations énergétiques. Nous avons ensuite dimensionné le projet en fonction de notre contexte, qui demande une analyse fine des impacts.
Nous évaluons toujours la pertinence de nos différents projets en étudiant un scénario hors site et sur site. C’est une analyse qui permet de bien identifier les impacts environnementaux, humains et financiers, pour faire des choix éclairés.
Pour ce cas de figure, la valorisation de la chaleur ne pouvant se faire à destination des équipements ou quartiers voisins, nous avons opté pour une auto-consommation de l’énergie.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?
Pour la conception du projet, la Métropole s’est appuyée sur une AMO spécialisée en traitement des fumées, sur le volet de la réduction des pollutions atmosphériques, afin d’appréhender les conséquences techniques et financières sur l’installation et son fonctionnement. De nombreuses discussions ont eu lieu avec les services de l’Etat, notamment la DREAL.
Nous avons également été accompagnés pour réaliser le dossier d’autorisation de ces travaux, lié au classement ICPE de l’usine. Il n’y a cependant pas eu de dossier au titre du Code de l’Environnement, ces travaux étant réalisés exclusivement sur des équipements enterrés.
Pendant toute la phase de travaux et de mise en route, des réunions avec les acteurs locaux, les élus et le Comité d’Intérêt Local Sud-Ouest La Seyne, ont permis une compréhension des obligations réglementaires, des objectifs du projet et de ses impacts sur le site.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Les études de dimensionnement et le chiffrage des travaux ont été réalisés dans le cadre des remises des offres pour la délégation de service public d’AmphitriA qui était à renouveler en parallèle du calendrier réglementaire.
L’arrêté préfectoral de 2023 a fait l’objet d’une enquête publique dirigée par les services de l’Etat (DREAL).
Les travaux imposant un arrêt de l’incinérateur (tout en maintenant la continuité de service), les boues déshydratées produites ont été exportées vers des unités de compostage réparties sur le territoire national. Afin de limiter le plus possible les nuisances engendrées par le transport, plusieurs mesures ont été mises en œuvre, vis-à-vis des riverains :
- Adaptation des horaires de circulation des camions transportant les boues (interdictions de passage pendant les entrées/sorties des écoles du voisinage et limitation en période estivale lorsque les routes sont plus fréquentées)
- Définition d’un circuit de liaison de l’autoroute à l’usine (en privilégiant les grands axes de circulation)
- Obligation de bâchage et brumisation des bennes avant le départ de l’usine (permettant de limiter les odeurs).
Des campagnes de mesures de la qualité de l’air sur le Cap Sicié et aux alentours sont réalisées depuis des années et les résultats sont positifs.
Les travaux ont également permis la construction d’une plateforme logistique au sein du site pour stocker les bennes de boues pleines ou vides et ainsi réguler le trafic extérieur et adapter les flux.
A terme, ce sont 55 000 tonnes de boues brutes qui seront incinérées par an dont 26 000 tonnes issues du site.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Les travaux, d’un montant de 35 Millions d’euros HT, sont financés par notre délégataire et l’usager via le tarif concessif du prix de l’eau. Un ajustement de la surtaxe métropolitaine a été réalisé afin de réduire la hausse du tarif liée à ces travaux.
Une subvention d’1 million d’euros de la part de la Région Sud est en attente de validation.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Ce projet d’envergure a pu être mené, tant dans sa phase technique que réglementaire, avec l’appui constant des partenaires suivants :
- Les Services de l’Etat : la DREAL Région Sud PACA et la DDTM du Var
- L’exploitant Veolia (délégataire du service public).
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Le cas de la STEP AmphitriA est assez unique, de par sa configuration et sa localisation. Le milieu environnemental sensible contraint nous impose de réfléchir tout type de travaux, au regard de ce contexte très particulier. Ce qui est reproductible ailleurs c’est la méthode de préparation, avec l’analyse des scénarios possibles (sur site ou hors site) et leur évaluation multi-critères (technique, règlementaire, environnementale, sociétale et financière) pour choisir le meilleur scénario et mettre en place les mesures d’accompagnement pendant et après les travaux.
Le choix de faire porter le projet par notre délégataire est également un exemple de montage financier, qui permet d’impliquer notre délégataire, qui est l’acteur opérationnel majeur et le meilleur spécialiste du site, puisqu’il le gère quotidiennement (contrat de délégation de service public de 10 ans).
D’autres projets sont portés directement par la collectivité avec d’autres sources de financements (subventions de nos partenaires habituels : Etat, Région, Département, ADEME etc.).
L’appui des services de l’Etat et la concertation avec les riverains sont également décisifs dans le bon déroulement du projet.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
2021 - 2022
1 octobre 2023
3 décembre 2023
Début 2025
Chiffres clés
35
55 000
4
À retenir
Notre projet d’envergure nous a permis d’atteindre nos objectifs de réduction des émissions atmosphériques et d’optimisation du traitement des boues
La valorisation énergétique induit une réduction de la consommation électrique et des coûts de fonctionnement de l’usine avec une auto-consommation à hauteur de 30% de nos besoins
Le seul frein observé est la hausse du prix de l’eau pour l’usager (estimée à 80 €/an/usager), ce qui a dû faire l’objet d’une planification fine par notre délégataire pour rester acceptable
Ressources
La station d'épuration AmphitriA se modernise
Communication de la Métropole Toulon Provence Méditerrannée
Les partenaires de ce projet

DREAL PACA

DDTM Var

Région Sud - Provence-Alpes-Côte-d'Azur
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
En savoir plus sur la Métropole Toulon Provence Méditerrannée
habitants
Données de contact
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