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Pour réduire sa consommation d’énergie, une régie d’exploitation a fait appel à l’intelligence artificielle (17)

La RESE est la Régie d’exploitation des services d’eau du syndicat Eau 17, en Charente-Maritime. Elle dessert plus de 300 000 habitants.

Dans une optique de réduction de la consommation d’énergie, elle a expérimenté le pilotage par intelligence artificielle de neuf stations d’épuration à boues activées durant six mois, en mai 2023. C’est la start-up bretonne Pure Control qui propose ce service et qui a été retenue pour mettre en place les outils de pilotage afin de réaliser des gains de consommation électrique dans certaines installations d’assainissement collectif.

Les résultats ayant fait leurs preuves – entre 10 et 12 % de gains énergétiques en moyenne –, ce pilotage a été élargi à huit stations supplémentaires en 2024.

Entretien avec Laurent Camaille, directeur des services techniques de la RESE en Charente-Maritime

Parole de collectivité
Laurent Camaille est directeur des services techniques de la RESE (Régie d’exploitation des services d’eau) en Charente-Maritime – Crédits photo : Banque des Territoires
Assainissement des eaux usées

Ce projet est présenté par :

  • Laurent Camaille, directeur des services techniques de la RESE en Charente-Maritime
Ce n’est pas un pilotage aveugle, à tout moment l’exploitant peut l’arrêter. Il y a une réelle maîtrise du processus
Laurent Camaille

Parole de collectivité

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Comment le pilotage de vos stations d’épuration par un outil d’intelligence artificielle s’est-il imposé à l’agenda de votre régie ?

Notre principale mission étant d’exploiter les infrastructures qui délivrent de l’eau aux usagers, nous cherchons toujours à faire des économies d’énergie pour que cela impacte le moins possible les finances du consommateur. Nous sommes le plus gros consommateur d’énergie du département. Avec Eau 17, nous sommes dans une stratégie commune de résilience et de sobriété de la consommation. Pour cela, nous avons des moyens classiques pour nos stations d’épuration, avec la surveillance de multiples paramètres, comme le taux de boues, par exemple. Les événements mondiaux (le Covid, la guerre en Ukraine) ayant fait exploser les coûts énergétiques, nous étions à la recherche de nouvelles solutions. L’intelligence artificielle (IA) est tombée à point nommé pour nous aider à faire baisser les consommations.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous étions en veille technologique et des publications sur les réseaux spécialisés ont attiré notre attention. Mon homologue à Rennes (Ille-et-Vilaine) a partagé des publications sur LinkedIn à propos de leur collaboration avec Pure Control. Cette société bretonne a développé un outil d’IA afin d’optimiser le fonctionnement des ouvrages de traitement des eaux usées. Nous avons pris contact avec eux, mais aussi avec des interlocuteurs de Rennes Métropole, qui avaient déjà fait appel à leurs services. Nos situations sont différentes car Rennes a des stations d’épuration de plusieurs centaines de milliers d’équivalents d’habitants. Nous, sur les 170 points d’épuration que nous gérons, la plus importante est à Saint-Pierre-d’Oléron, avec une capacité de traitement de 60 000 équivalents habitants.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Avant d’étendre cette initiative à huit autres stations d’épuration cette année, nous avions sélectionné neuf stations à boues activées, de tailles différentes, pour faire un galop d’essai pendant six mois, en 2023. Cette expérimentation a concerné les stations des communes d’Aigrefeuille-d’Aunis, Saint-Georges-d’Oléron, Le Grand-Village-Plage, Le Gua, Matha, Montendre, Montguyon, Pont-l’Abbé-d’Arnoult et Tonnay-Charente. Bien que les process de traitement soient similaires, certaines stations présentent des spécificités : l’une est en surcharge organique, c’est-à-dire proche de ses capacités maximales de traitement ; les deux stations de l’île d’Oléron sont sujettes à l’afflux de touristes en été, entraînant une charge très variable, une autre est confrontée aux rejets d’une industrie locale… Les routeurs de Pure Control ont été installés pour collecter les données, mais sans pilotage. Une fois que nous étions prêts, le pilotage par IA a pu démarrer.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Nous avons choisi de capitaliser sur nos compétences internes pour cette opération. Les automaticiens de la RESE ont ainsi pris en charge l’installation des routeurs Pure Control, bien que la société ait initialement proposé d’envoyer son propre personnel. Nos agents ont ensuite suivi une formation pour maîtriser l’outil et saisir les données des analyses de pilotage que nos équipes d’exploitation réalisent chaque semaine. Cependant, un agent habitué à piloter une station d’épuration n’a pas besoin de compétences techniques supplémentaires pour cette nouvelle technologie. Il faut juste qu’il apprenne à ne plus modifier les réglages de sa station après avoir saisi les analyses, car c’est l’IA qui prend le relais. Sa valeur ajoutée est aujourd’hui concentrée sur l’interprétation des résultats des analyses, afin de valider le bon fonctionnement de la station en lien avec le pilotage de l’IA. Cette approche nous a permis non seulement de capitaliser sur les talents internes, mais aussi de renforcer leur expertise sur des technologies innovantes.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Il ne s’agit pas d’adhésion de nos citoyens (qui ne sont pas directement concernés) mais plutôt d'acceptation de l'IA de la part de nos agents. Les réactions ont été variées : certains,  férus de technologies, se sont montrés enthousiastes et ont pleinement joué le jeu, tandis que d'autres étaient plus réticents. Nous avons même eu un agent qui a cherché à défier l’IA et a mis un point d’honneur à faire aussi bien qu’elle. Il a réussi tant que nous étions en mode pilotage manuel, mais la limite a été atteinte lorsqu'il est parti en vacances. L’IA offre en effet un avantage indéniable : elle fonctionne en continu, jour et nuit, week-ends et jours fériés, garantissant un suivi optimal sans interruption. Cela bouscule nos pratiques, mais permet, par exemple, d'augmenter l’aération pendant la nuit, lorsque les tarifs de l’énergie sont au plus bas. C’est de l’optimisation pure et dure. Toutefois, il reste essentiel de maintenir une présence humaine pour interpréter les données et garantir le bon fonctionnement des stations, car si l’IA est un outil performant, elle ne remplace pas l’expertise humaine.

Comment la RESE a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Nous n’avons pas sollicité d’aides particulières pour ce projet. Le financement des routeurs a été assuré par Eau 17, qui a pris en charge ces primo-investissements, étant le maître d'ouvrage de l'opération. De notre côté, la RESE prend en charge l'abonnement à Pure Control : pour l'année 2024, le budget alloué à ces abonnements s'élève à environ 20 000 euros pour les 15 stations d'épuration.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la RESE dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

La start-up bretonne Pure Control nous a accompagnés dans ce projet, en mettant à notre disposition sa solution d'intelligence artificielle pour le pilotage de nos stations d'épuration.

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Le projet en détails

Dates clés

Mai 2022

Mise à l'agenda du projet

Octobre 2022

Compétences

2023

Diagnostic et planification

2023 - 2024

Réalisation du projet

Chiffres clés

15

stations d’épuration

10 - 12

% d'économies d'énergie

20 000

€ de coût d'abonnement

À retenir

Le premier point positif est le gain d’énergie important, qui permet de contenir la facture d’eau des usagers. Sur la station de Tonnay-Charente, nous avons consommé 12 % d’énergie en moins entre 2023 et 2024

La possibilité de ne pas être soumis à un pilotage aveugle : à tout moment, l’exploitant peut l’arrêter, il y a une réelle maîtrise du processus

Cela ne fonctionne pas partout, il y a des stations où l’IA ne nous a rien apporté, notamment celles où le taux de charge était trop élevé, pour que l'optimisation fonctionne correctement. Et, du côté des agents, bien que l'IA permette un gain de temps, elle peut potentiellement entraîner une perte de valeur ajoutée. Toutefois, ce temps gagné peut être réinvesti dans d'autres missions sur la station

Ressources

Pure Control - Eau 17 et sa régie publique la RESE, utilisent l’intelligence artificielle pour optimiser le traitement des eaux usées avec Purecontrol

Engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique, Eau 17 et sa régie publique, la RESE expérimentent depuis un an la solution de la société Purecontrol sur une dizaine de ses installations de traitement des eaux usées.

Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

Purecontrol

En savoir plus sur la RESE

habitants

300 000

communes

362

Données de contact

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