À Seillans (83), solidarité et planification de grands travaux pour faire face à la crise de la ressource
Le village de Seillans fait face depuis 2022 à une raréfaction de la ressource en eau sur son territoire, avec l’assèchement d’une source qui alimentait la partie Nord du village, suite à un épisode de sécheresse inédit.
Pour y faire face, le maire René Ugo a dû prendre des mesures d’urgence afin de maintenir l’alimentation en eau d’un quartier de 400 habitants, avec notamment la livraison d’eau par camion-citerne pendant près de deux ans. Avec l’appui du conseil communautaire de l’intercommunalité dont il est également président, le maire a souhaité sécuriser davantage l’approvisionnement futur du territoire, en bloquant notamment la délivrance de nouveaux permis de construire.
De nombreux travaux ont par ailleurs été planifiés et réalisés, avec notamment un nouveau raccordement à la source de la Siagnole pour ce quartier impacté. A moyenne échéance, plusieurs projets sont à l’étude pour sécuriser encore davantage l’approvisionnement de tout le territoire intercommunal compte-tenu de la baisse de la pluviométrie, avec, entre autres, la construction d’un nouveau réservoir ou encore le raccordement de certaines exploitations agricoles au canal de Provence.





Entretien avec René Ugo, Maire de Seillans et Président de l’intercommunalité Pays de Fayence

Ce projet est présenté par :
- René Ugo, Maire de Seillans et Président de l’intercommunalité Pays de Fayence
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Comment cette urgence de la restriction sévère de l’eau potable s’est-elle imposée à l’agenda de votre collectivité en mai 2022 ?
Avant de parler de la crise que nous avons traversée, je vous donne quelques éléments de contexte. Notre commune de Seillans a la particularité historique d’être rattachée à plusieurs sources différentes et ce, de très longue date, puisque l’une d’entre elle avait été aménagée par les Romains. La ressource était suffisamment abondante puisqu’elle a permis à plusieurs entreprises de s’installer et de prospérer sur la commune, bien que leur activité nécessite une importante consommation d’eau. Nous avons ainsi accueilli une usine de plantes à parfum entre 1880 et 2010, une bouchonnerie, des moulins à huile et à farine…
Dans les années 1970/80, nous avons commencé à avoir quelques signes de pénurie d’eau et le maire de l’époque a créé un forage, qui a permis de sécuriser davantage certains secteurs, mais hélas, la situation climatique ne s’est pas améliorée au fil des années, jusqu’à arriver au problème que nous avons rencontré en mai 2022 dans un contexte de baisse de la pluviométrie, où la source qui alimentait tout une partie au Nord de la commune s’est tarie, pratiquement du jour au lendemain.
Quelles sont les premières et les principales décisions que vous avez prises pour faire face à cette urgence ?
Dans l’urgence, nous avons loué un camion-citerne pour aller chercher l’eau en provenance de la source de la Siagnole située à quelques kilomètres et qui continuait d’alimenter le sud de la commune, pour approvisionner le quartier de Bergemont totalement privé d’eau. Les habitants n’ont pratiquement pas eu de coupure d’eau et cela, j’en suis assez fier.
Puis assez rapidement, nous sommes montés à six rotations par jour de camion-citerne. J’ai également publié un arrêté où j’ai demandé à la population de restreindre sa consommation à 150 litres par jour et par personne. Cela n’a pas été simple et il a fallu, notamment avec les gros consommateurs, faire beaucoup de pédagogie.
Quand l’urgence a été maitrisée, nous sommes passés à la recherche de fuites avec une entreprise spécialisée, afin d’améliorer le rendement. Les fuites ont été jugulées et nous sommes passés d’un taux de rendement de 60 à 75% environ.
Des réducteurs de pression ont également été installés, ainsi que des compteurs intelligents reliés par radiofréquence qui nous ont permis de mieux contrôler les pertes éventuelles et surtout les consommations anormales chez certains qui continuaient d’arroser leur jardin sereinement, tandis que d’autres se restreignaient.
On est arrivés à ces solutions car le sens du partage de la ressource n’y était pas.
Comment la collectivité a-t-elle communiqué auprès de ses administrés ?
Dans un premier temps, nous avons lancé des campagnes par SMS, puis nous sommes passés à de l’affichage sur le territoire, une distribution de flyers, puis ensuite il y a eu divers articles dans la presse locale et nationale, des reportages TV…
Nous avons multiplié nos canaux de communication en 2022 et de la même façon en 2023 où la crise n’était pas totalement résorbée (nous avons dû poursuivre les livraisons par camion-citerne pendant près de deux ans), pour pouvoir atteindre différents publics : les habitants à l’année, mais aussi les touristes et les propriétaires qui ne viennent dans leur résidence qu’en saison estivale.
La collectivité a-t-elle sollicité des aides pour faire face à cette urgence ? Et si oui, quelles ont été celles obtenues et auprès de qui ?
Par un concours de circonstances que l’on pourrait qualifier d’heureux, l’intercommunalité dont fait partie Seillans a repris en 2020 la délégation eau et assainissement, ce qui nous a permis d’acter des décisions plus facilement et surtout de mettre au point une stratégie de solidarité entre toutes nos communes.
Ainsi, nous avons décidé de sécuriser l’approvisionnement de la commune en totalité sur la source de la Siagnole située à proximité de Fayence, en créant un réservoir supplémentaire dans notre quartier de Bergemont que nous avons raccordé à la source avec un système de pompage et la création de nouvelles canalisations.
Le projet d’un budget de trois millions d’euros a été préparé par notre régie des eaux et présenté à l’Etat. Ce dernier a considéré que c’était une priorité et a financé à hauteur de 30%. L’agence de l’eau a elle soutenu le projet à hauteur de 50%, ce qu’il fait qu’il nous restait 20% à financer.
Nous avons obtenu un prêt de la Banque des territoires pour financer 10%, et pour les 10% restants, nous avons sollicité les usagers, via une taxe exceptionnelle sur leur facture.
Les travaux ont démarré en septembre dernier et seront achevés avant l’été 2025. Autant dire un délai record.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la collectivité dans l’urgence ?
Avec cette problématique qui s’étend désormais à l’échelle de notre territoire et plus seulement de notre commune, nous avons mis en commun nos moyens et nos réflexions en créant notre régie des Eaux du pays de Fayence. C’est donc ensemble que nous avons réfléchi à un véritable « Plan Marshall » pour sécuriser la ressource, dans un contexte d’urgence plus relative. Bien que fin 2024, nous avons à nouveau connu des problèmes sérieux suite à des inondations qui ont impacté la qualité de l’eau.
Il a donc été décidé de construire à la fois un nouveau réservoir nous permettant de disposer de 24h de réserve de sécurité pour le territoire, mais aussi à une échéance un peu plus longue, la construction d’une petite usine de traitement et de potabilisation pour faire face aux épisode de turbidité. Pour ces deux projets, nous sommes en discussion avec l’agence de l’eau.
Ensuite, un autre projet nous tient particulièrement à cœur, c’est celui de l’agriculture, et de l’alimentation en eau des exploitations. Nous souhaitons poursuivre notre volonté de sécuriser la production alimentaire locale à destination des cantines scolaires. Il fallait donc réfléchir à diversifier la distribution en eau des exploitations et les libérer de leur unique approvisionnement par la source de la Siagnole.
Nous nous sommes alors rapprochés de la Société du Canal de Provence afin de planifier un projet de distribution et donc des nouveaux travaux de canalisations, que nous avons corrélés à l’aménagement de la piste cyclable EuroVelo8.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui serait confronté à la même problématique ?
Le premier conseil que je donnerai serait d’éviter au maximum les coupures d’eau et pour cela il est très important de disposer d’un stock de pièces détachées adaptées à toutes les situations (elles diffèrent selon les ouvrages présents dans chaque commune) et de compter sur une équipe prête à intervenir toute l’année.
Ensuite, je pense qu’il est très important de communiquer avec la population au maximum quand la ressource manque, en utilisant plusieurs moyens, comme les sms, les tracts, les campagnes d’affichage, et cela, y compris en anglais pour s’adresser aux touristes étrangers.
Enfin sur le temps long, c’est important de planifier des investissements pour faire en sorte d’éviter les fuites et les ruptures de canalisations et surtout, comme dans notre cas, de diversifier notre approvisionnement.
C’est une réflexion à long terme qu’il faut mener pour éviter de se faire surprendre trop brutalement par les difficultés qui résultent du changement climatique.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.

Le projet en détails
Dates clés
Mai 2022
Juin 2025
Chiffres clés
-30
250 000
87
Résultats
C’est une réflexion à long terme qu’il faut mener pour éviter de se faire surprendre trop brutalement par les difficultés qui résultent du changement climatique
À retenir
Sur le temps long, il est important de planifier des investissements pour faire en sorte d’éviter les fuites et les ruptures de canalisations et surtout, comme dans notre cas, de diversifier notre approvisionnement
Ressources
Mes infos : Faire face à la pénurie d'eau : le retour d'expérience de Seillans
A l'été 2022, la commune de Seillans a été victime d'une importante pénurie d'eau. Son maire, René Ugo, est revenu sur cet épisode lors de la Rencontre régionale des intercommunalités de France qui s'est tenue à Draguignan.
Les partenaires de ce projet

Banque des Territoires

Agence de l'eau Rhone-Méditerranée-Corse

Pays de Fayence
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