Un immense bassin de stockage d’eau pluviale à Deuil-la-Barre (95) pour faire face aux inondations à répétition
Pour faire face aux inondations à répétition dans le secteur de la rue Duquesne à Deuil-la-Barre (Val d’Oise), le syndicat intégré assainissement et rivières de la région d’Enghien-les-Bains (SIARE) a réalisé un bassin de stockage d’une capacité de 15 000 m³ d’eau.
Après étude des sols, le choix s’est porté vers une solution enterrée et isolée par une dalle et des parois étanches afin d’éviter les infiltrations d’eau et sécuriser une nappe phréatique à proximité. Le projet de ce bassin, dont les fondations descendent à 50 m et profond de 20 mètres, constitue une réelle performance technologique. Sa réalisation a nécessité près d’une quinzaine d’années d’étude et deux ans de travaux.
Il assure aujourd’hui une triple mission : prévenir toute nouvelle inondation, assurer par décantation l’amélioration de la qualité des effluents avant le retour en milieu naturel et orienter les eaux chargées vers le réseau des eaux usées.





Entretien avec Murielle Vannier et Denis Fournier

Ce projet est présenté par :
- Murielle Vannier, Directrice générale des services du SIARE
- Denis Fournier, Directeur des services techniques.
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Comment ce projet de bassin de stockage d’eaux pluviales s’est-il imposé à l’agenda de votre syndicat ?
Tout d’abord, précisons que la région Île de France est particulièrement exposée au risque d’inondation en raison notamment de sa forte urbanisation. Sur le territoire du SIARE, depuis le début des années 2000, à de nombreuses reprises un quartier dans la commune de Deuil-la-Barre (Val d’Oise) autour de la rue Duquesne, était victime de remontées de nappes, d’inondations et de coulées de boue lors de fortes pluies. La dernière en date, en mai 2016, avait même fait l’objet d’un arrêté de catastrophe naturelle. En cause, une insuffisance des capacités du réseau d’eaux pluviales face à une pluviométrie croissante, dans ce secteur situé sur un point bas, autrement dit un lieu où vient se déverser toutes les eaux pluviales des territoires à proximité.
C’est donc la conjonction de ces flux hydrauliques et de ce positionnement en point bas qui nous a conduit à situer l’implantation de ce bassin d’une capacité de 15 000 m³ d’eau – soit l’équivalent de 6 piscines olympiques – dans la rue Jean-Bouin. Par ailleurs, ce secteur offrait des disponibilités foncières.
La fonction de cet ouvrage enterré est de stocker l’eau pluviale lors de fortes précipitations avant de la renvoyer dans le milieu naturel en transitant par un réseau d’eaux pluviales. Il a aussi pour fonction de décanter les eaux pluviales présentant un flux polluant estimé à 2 300 équivalents habitants avec la connexion de branchement d’eaux usées au réseau d’eaux pluviales. Le bassin assure l’évacuation de ces eaux chargées par 2 pompes vers le réseau des eaux usées tandis que les eaux décantées sont évacuées par 4 pompes vers le réseau des eaux pluviales.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
C’est, pour le SIARE, le premier ouvrage de cette ampleur réalisé. Les parois moulées du bassin descendent à 50 m de profondeur tandis 152 micropieux ont été installés afin d’ancrer la dalle inferieure du bassin au sol et d’empêcher le radier de se soulever sous la pression de la nappe phréatique.
Ce n’est pas moins de 21 000 m³ de terre qui ont été terrassés pour réaliser l’ouvrage et installer la dalle de fond de bassin en béton armé. Avant la mise en œuvre de ces travaux, afin d’étayer au mieux notre projet, nous sommes allés visiter des bassins de retenue d’eau réalisés dans d’autres collectivités territoriales. Nous nous sommes appuyés, par ailleurs, sur l’expérience de différents maîtres d’ouvrages et du maitre d’œuvre mais aussi sur notre propre expérience suite à la réalisation d’un bassin enterré d’une capacité de 5500 m³ sous une cour d’école sur le territoire de la commune d’Ermont.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Le projet initial visait la création d’un bassin à ciel ouvert. Mais des études géotechniques portées par Artelia entre 2005 et 2010 ont notamment révélé la présence d’une nappe phréatique située à faible profondeur et à proximité du site.
Par ailleurs, les risques induits par le réseau d’eaux pluviales chargé en eaux usées, avec les problèmes olfactifs et esthétiques que cela pouvaient générer pour les riverains, nous ont conduit à opter pour la solution d’un bassin enterré. Cette option s’est imposée même si les coûts induits sont beaucoup plus importants tant pour la réalisation des travaux que pour le fonctionnement. Autre aspect : le chantier était situé à proximité d’une voie SNCF.
En conséquence, les nombreuses contraintes sécuritaires imposées par la SNCF nous ont amenés à mettre en place des outils de mesure des vibrations générées par les travaux. Nous avons ainsi constaté que notre activité n’impactait pas l’état des voies ferrées ni leur fonctionnement. Nous avions toutefois choisi, pour plus de commodités, d’éloigner le lieu de construction du bassin d’une cinquantaine de mètres de ses voies.
Concernant les compétences, quelles sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Il faut des connaissances pointues en géotechniques et hydrauliques. Le maître d’œuvre Artelia s’est entouré d’entreprises compétentes dans ces différents domaines.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Le secteur immédiat du lieu d’implantation du bassin de stockage étant relativement peu urbanisé puisque situé à proximité d’un terrain de sport et d’une zone anciennement constituée de jardins ouvriers et familiaux, l’impact a été assez relatif pour les riverains.
Toutefois, un travail de communication a été réalisé en lien avec la commune de Deuil-La-Barre via les réseaux sociaux et avec des courriers d’informations auprès des riverains les plus proches, soit une vingtaine de foyers.
Nous avons aussi organisé des visites de chantier qui ont permis aux habitants de mieux comprendre les enjeux de ces travaux et d’intégrer plus aisément les contraintes concernant les amplitudes horaires du chantier.
Une fois le chantier terminé, nous conservons la propriété de la surface nécessaire au fonctionnement et à la maintenance de l’ouvrage. Concernant le reste du foncier, nécessaire lors de la phase de travaux, et aujourd’hui non utilisé, il sera rétrocédé à la commune.
Comment le SIARE a-t-il financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Nous n’avons reçu aucune subvention de l’Agence de l’eau ni de la Région. L’Agence de l’eau n’a pas vocation à financer des travaux de génie civil tandis que la Région a des critères bien précis, sur appel à projet, qui ne correspondaient pas avec notre projet.
En conséquence, le coût des travaux s’est élevé à 15 millions d’euros (hors-taxe) financé en totalité par le SIARE.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné le SIARE dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
- Maître d’oeuvre : Artelia
- Architecte : AR Architectes
- Géotechnicien : Fugro Geoconsulting
- Bureau de Contrôle : Alpha Contrôle
- Coordinateur sécurité : SPSC
- La commune de Deuil-la-Barre
- La communauté d’agglomération de Plaine Vallée
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Le projet en détails
Dates clés
2010
2016 - 2020
2020 - 2021
septembre 2021 - septembre 2023
Chiffres clés
15 000
50
15 250 000
Résultats
En octobre 2024, deux gros événements pluvieux ont eu lieu et cet équipement a alors montré toute son efficacité en prévenant de toute inondation ce secteur
À retenir
La capacité de mettre autour d'une seule et même table les acteurs et entreprises autour du projet avec les collectivités territoriales comme la commune de Deuil-la-Barre et la communauté d'agglomération de Plaine Vallée.
La durée, car entre l'identification d'un problème, le projet et sa mise en oeuvre, il a fallu compter entre 10 à 15 ans.
L'évolution du coût financier et le changement de la réglementation au cours du temps.
Ressources
Le Parisien - À Deuil-la-Barre, le bassin de rétention d’eau doit chasser le spectre des inondations
Une structure de stockage, pouvant contenir l’équivalent de 6 piscines olympiques, vient d’être inaugurée dans cette ville du Val-d’Oise. L’équipement, d’un coût de 15 millions d’euros, est situé dans un secteur plusieurs fois sinistré ces dernières décennies.
Les partenaires de ce projet

Commune de Deuil-la-Barre

Communauté d'agglomération de Plaine Vallée
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

Artelia

AR Architectes

Fugro Geoconsulting

Alpha Contrôle

SPSC
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