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Elodie Galko : « L’adaptation au changement climatique devient la priorité absolue, avec 73 pour cent des financements dédiés à cette thématique »

Cet article a été rédigé par Florence Léandri

Crédits photos : Hélène Ressayres

Dès ses études, à travers les mathématiques et l’économie, Elodie Galko s’est passionnée pour l’environnement et l’adaptation au changement climatique. Directrice générale, depuis le 1er octobre 2024, de l’agence de l’eau Adour-Garonne, un territoire très affecté par le dérèglement climatique, Elodie Galko revient ici sur les spécificités de ce bassin, explique le 12ème programme de l’agence et les ambitions qu’elle porte pour son mandat.

Le 12ᵉ programme de l’agence de l’eau Adour-Garonne couvre la période 2025-2030, sur quelles spécificités repose-t-il ?

Elodie Galko : Notre bassin est l’un des plus touchés par le changement climatique en France. Selon l’étude Explore 2 (juin 2024), il connaîtra une hausse des températures plus importante que la moyenne nationale, avec des impacts majeurs sur la ressource en eau : il faut s’attendre à ce que cette ressource diminue de 60% à horizon 2050 dans le grand Sud-Ouest ; ce chiffre est issu des travaux conduits dans le cadre du plan d’adaptions au changement climatique, adopté par l’agence dès 2018. Le défi est donc immense pour notre territoire. 

Face à cette situation, le 12ᵉ programme d’intervention de l’agence de l’eau Adour-Garonne intensifie des efforts pour anticiper et atténuer ces effets. Avec d’abord un accroissement de 30 % des capacités d’accompagnement des porteurs de projets, pour une enveloppe totale à 2 milliards d’euros sur 6 ans. L’adaptation au changement climatique devient la priorité absolue, avec 73 % des financements dédiés à cette thématique, contre 60 % lors du programme précédent.

Quels sont les axes stratégiques de ce 12ᵉ programme et les solutions et outils mis en avant?

Elodie Galko : Ce programme est structuré autour de quatre axes stratégiques :

  • accompagner les politiques de l’eau dans les territoires, en facilitant le déploiement de solutions adaptées aux enjeux locaux ;
  • assurer un équilibre entre ressource, usages et milieux, en recherchant la sobriété et en favorisant un mix de solutions adaptées ;
  • préserver et restaurer les milieux aquatiques et la biodiversité, indispensables à la régulation naturelle de l’eau ;
  • protéger la qualité de l’eau, en luttant contre les pollutions et en améliorant les infrastructures de gestion de l’eau.

 

Coté outils et solutions, nous donnons la priorité à :

  • l’accompagnement des territoires en développant les contrats « Eau & Climat » : ces contrats multi-partenariaux et multi-thématiques visent à renforcer l’implication des acteurs locaux dans la gestion de l’eau et l’adaptation aux nouvelles contraintes climatiques.
  • aux solutions fondées sur la nature pour améliorer la résilience des territoires, en particulier la restauration des rivières, des zones humides et la désimperméabilisation des sols.
    • une approche préventive : 60 % des financements seront consacrés à des actions anticipant les impacts climatiques (gestion durable des sols, économies d’eau, protection des captages).
    • la transition agroécologique : avec un soutien accru aux agriculteurs pour adapter leurs pratiques, via un pacte d’engagement réunissant l’État, les régions, les filières agricoles et la recherche agronomique. L’objectif est de garantir une agriculture plus résiliente, tout en préservant la qualité de l’eau et en réduisant les déficits hydriques prévus d’ici 2050.

Comment ce 12ᵉ programme de l’agence de l’eau Adour-Garonne a-t-il été élaboré ?

Elodie Galko : Cette élaboration a suivi une démarche rigoureuse et participative, en plusieurs étapes impliquant l’ensemble des parties prenantes du bassin Adour-Garonne. Sa construction s’est faite sur deux préalables déterminants : le plan d’adaptation au changement climatique adopté en 2018 par l’agence, qui a été une base scientifique solide, et l’identification des solutions d’adaptation pour préserver les milieux, les usages et réussir la résilience du bassin.

L’agence a mené une concertation approfondie avec tous les acteurs du territoire (collectivités, agriculteurs, industriels, associations, services de l’État…) afin de définir un mix de solutions permettant de résoudre le déficit en eau et réussir la résilience des territoires. Cette approche collective a abouti à l’identification de 850 millions de m³ de ressources mobilisables grâce à un ensemble de solutions combinant économies d’eau, stockage, préservation des milieux naturels et innovations technologiques.

Cette élaboration s’est déroulée sur plus de deux ans, sous l’égide de la Commission Programme, Finances, et Évaluation et le calibrage du 12ᵉ programme a nécessité une évaluation fine des investissements nécessaires et un équilibre entre recettes et dépenses. Cette planification a conduit à une hausse des moyens financiers (+72 millions d’euros par an par rapport au précédent programme).

Quelle est la logique d’actions qualitatives de ce programme ?

Elodie Galko : Le 12ᵉ programme d’intervention de l’agence de l’eau Adour-Garonne repose sur une ambition forte : atteindre un bon état écologique pour 70 % des masses d’eau d’ici 2027. Voici quelques-unes de nos actions qualitatives et ciblées :

  • 70 000 hectares de conversion à l’agriculture biologique seront accompagnés, contribuant à limiter l’usage des intrants chimiques ;
  • 150 000 hectares bénéficieront de paiements pour services environnementaux (PSE) afin d’encourager des pratiques agricoles favorisant la préservation de l’eau et des sols ;
  • l’amélioration des infrastructures d’assainissement, avec un engagement sur 300 systèmes identifiés comme sources majeures de pollution des cours d’eau ;
  • la réduction des pressions industrielles, avec des actions sur 100 masses d’eau en pression forte et la suppression de 2000 kg de micropolluants industriels et artisanaux ;
  • 80 ouvrages seront traités chaque année pour rétablir la continuité écologique des cours d’eau ;
  • 1 000 km de rivières seront restaurés annuellement pour améliorer leur qualité et leur biodiversité ;
  • 700 hectares de zones humides seront préservés ou restaurés chaque année pour assurer leur rôle fondamental dans la régulation du cycle de l’eau.

Et en matière quantitative au regard de l’impératif d’adaptation climatique ?

Elodie Galko : Le 12ᵉ programme d’intervention prévoit des mesures ambitieuses permettant de mobiliser 850 millions de m³ d’ici 2050, afin d’adapter les usages aux nouvelles conditions climatiques. Cela passe d’abord par l’optimisation et l’économie de la ressource eau en faisant, par exemple, de la réutilisation des eaux usées traitées un levier stratégique. 60 millions de m³ seront mobilisés d’ici 2050 pour réduire la pression sur la ressource naturelle.

Autre axe de mobilisation : la préservation des milieux aquatiques et des étiages, via notamment la restauration des zones humides, véritables réservoirs naturels qui régulent le cycle de l’eau.

Troisième axe : le développement ou l’optimisation d’infrastructures adaptées (retenues, ouvrages hydrauliques, canaux ) afin de renforcer la capacité de stockage et d’adaptation aux sécheresses ou encore pour permettre la recharge des nappes souterraines à hauteur de 15 millions de m³.

Le quatrième axe de mobilisation de la ressource eau est l’accompagnement de l’agroécologie et la gouvernance territoriale : nous allons agir sur les pratiques pour améliorer l’infiltration et la rétention de l’eau dans les sols ; et sur 88 périmètres prioritaires, nous allons œuvrer en faveur d’ une gouvernance locale efficace pour l’atteinte de l’équilibre entre ressources et usages.

Outre l’exécution de ce programme, quels objectifs vous fixez-vous en tant que directrice générale du bassin ?

Elodie Galko  : Mon engagement en tant que directrice générale du bassin repose sur trois grandes ambitions ; d’abord affirmer le rôle de l’agence comme référence nationale et locale. Cela passe par le renforcement de la confiance avec les acteurs du territoire, en démontrant dès 2025 l’efficacité de nos actions et l’impact concret du 12ᵉ programme sur la gestion de l’eau. Nous devons incarner l’excellence du service public et être reconnus comme un acteur incontournable dans l’accompagnement des territoires face aux défis climatiques.

Mon autre ambition est de valoriser les résultats pour ancrer la prise de conscience collective : les défis sont immenses mais les solutions existent et peuvent être mises en œuvre !

Enfin, je travaillerai à faire du bien-être au travail un levier de performance : la réussite de notre mission repose sur l’engagement collectif de nos équipes. Cela passe par la mutualisation de nos ressources et compétences et le recours à de nouveaux outils dans nos méthodes de travail, je pense en particulier à l’intelligence artificielle. 

Comment la collaboration entre l’agence de l’eau Adour-Garonne et le collectif aquagir favorise-t-elle la mise en œuvre de projets de gestion sobre et partagée de l’eau dans le bassin ?

Elodie Galko : Depuis 2013, l’agence de l’eau Adour-Garonne et la Banque des Territoires ont construit un partenariat solide et structurant, fondé sur une vision commune du développement durable et de la gestion équilibrée des ressources en eau. Cette collaboration s’appuie sur des échanges réguliers et notamment le déploiement d’appels à projets communs, facilitant ainsi la mobilisation de financements conséquents, innovants et d’expertises adaptées aux enjeux des territoires. Cet engagement conjoint permet d’accompagner efficacement les collectivités et les acteurs locaux dans leurs initiatives en faveur d’une gestion durable de l’eau et d’une transition écologique ambitieuse.

Face au mur d’investissement à opérer dans la décennie à venir, l’agence de l’eau Adour-Garonne se réjouit de cette nouvelle collaboration avec la Banque des Territoires, notamment à travers le collectif aquagir, qui représente une opportunité majeure pour accélérer la mise en œuvre de projets de gestion sobre et partagée de l’eau dans le bassin. Cette alliance permettra d’apporter un appui renforcé aux collectivités afin de réussir l’adaptation des territoires face aux enjeux climatiques.

Nous sommes pleinement engagés à nous inscrire dans le projet aquagir, avec l’ambition de mutualiser nos expertises et nos dispositifs d’accompagnement. L’objectif est de proposer aux collectivités une offre cohérente et coordonnée, simplifiant ainsi les démarches administratives et facilitant l’accès aux financements. En privilégiant une approche intégrée, nous visons à mettre en place un dossier unique, garantissant une meilleure lisibilité des aides et une plus grande efficacité dans l’instruction des projets.

 

Quelques chiffres sur le financement du 12e plan de l’agence de l’eau Adour-Garonne

Ce financement repose sur une combinaison de plusieurs facteurs dont :

Une contribution solidaire des usagers du bassin : dès 2023, les représentants du comité de bassin ont voté une augmentation des redevances locales, marquant un engagement collectif fort en faveur d’une gestion durable de l’eau.

Un rééquilibrage progressif des contributions entre les différentes catégories d’usagers :

 – La part des usagers domestiques dans le financement global diminue progressivement, passant de 78 % à 70 % et leur contribution à la redevance de prélèvement de 64 % en 2023 à 45 % en 2030 ;

 – La contribution des usagers agricoles passe de 13 % en 2023 à 9 % en 2030 (malgré l’augmentation des taux irrigation, leur contribution relative baisse notamment du fait de la forte augmentation du nucléaire) ;
 – Les industries hors nucléaire verront leur contribution passer de 16 % à 11 %, tandis que la redevance de prélèvement du secteur nucléaire augmentera fortement, apportant 30 M€ supplémentaires par an (faisant passer la contribution de ce secteur de 7% à 35%).

Un ajustement des différentes redevances :

– La redevance de prélèvement représentera une part plus importante du total des redevances, passant de 18 % à 27 % ;
– Une hausse de la redevance de prélèvement de 2,5 € par an et par foyer est prévue, tout en garantissant une réduction progressive de la part payée par les ménages sur l’ensemble des redevances ;
– Une réforme des redevances domestiques vise à encourager des performances accrues des infrastructures publiques en matière d’eau potable et d’assainissement.

Cet article vous est proposé par aquagir

aquagir est un collectif d’acteurs œuvrant dans l’accompagnement de bout-en-bout des projets de gestion des eaux dans les territoires avec une vision globale, collective et écosystémique des enjeux et des solutions.  aquagir regroupe l’ANEB, la Banque des Territoires, le BRGM, le Cercle Français de l’eau, les pôles de compétitivité de la filière eau Aqua-Valley et Aquanova et l’UIE (Union des Industries et Entreprises de l’Eau)

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