Réutiliser l’eau traitée pour de nouveaux usages (06)
Face aux restrictions d’utilisation de l’eau apparues à la suite de la sécheresse historique qui a frappé la région en 2022, la ville d’Antibes (06) et la communauté d’agglomération à laquelle elle appartient, ont souhaité lancer la mise en place du traitement et de la réutilisation (communément appelée RéUt) des eaux usées pour de nouveaux usages.
En à peine six mois, la station d’épuration de la Salis située non loin du littoral antibois et gérée par Véolia, a modernisé ses infrastructures pour produire chaque jour cinquante mètres cubes d’eau traitée réutilisable. Ses usages sont déjà connus : nettoyage des rues, irrigation des espaces verts. Mais la ville veut aller plus loin avec notamment la revente de cette eau (à un cout inférieur à celui de l’eau potable) aux ports et golfs de l’intercommunalité dans l’optique pour les uns du nettoyage des bateaux et pour les autres de l’arrosage de leurs greens.





Entretien avec Olivier Berard, directeur Eau et Assainissement de la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis

Ce projet est présenté par:
- Olivier Berard, directeur Eau et Assainissement de la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis.
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Comment le sujet de la Réutilisation des eaux usées s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le sujet s’est imposé lorsque nous nous sommes retrouvés en 2022 dans une situation de sécheresse inédite dans notre région, un constat alarmant et sans précédent.
Début 2023, le maire d’Antibes et président de la CASA (Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis), Jean Leonetti nous a missionnés, la direction eau et assainissement de la CASA pour mettre en place en six mois la réutilisation de l’eau usée pour de nouveaux usages, dans une optique d’économie de la ressource.
Il faut savoir que notre région possède une topographie très particulière, avec des sommets alpins qui culminent à 2000 mètres à une cinquantaine de kilomètres à vol d’oiseau du littoral.
C’est un atout inestimable qui nous permet de disposer, pour notre approvisionnement, d’une eau issue de la fonte des neiges que l’on pensait jusque-là inépuisable. Sauf qu’en 2022, le fleuve Var qui irrigue entre autres notre territoire et dans le lequel se jettent de nombreuses rivières venant des sommets accusait un débit dangereusement bas, jamais vu de mémoire d’homme.
Comme on ignorait si cette sécheresse allait s’installer avec les causes de changement climatique que l’on connaît, la volonté du maire a été de prendre les devants.
Je vous avoue qu’à ce moment là, on ne savait pas si on allait parvenir à nos fins, car l’agenda nous paraissait assez contraint pour pouvoir mettre tous les acteurs que sont l’Agence Régionale de Santé (ARS), la Direction Départementale du territoire et de la Mer (DDTM) et Véolia, le délégataire, d’accords !
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Cette idée a germé dans la tête de Jean Leonetti et je pense qu’il s’est inspiré de ce qui se fait ailleurs, dans d’autres pays et qui fonctionne très bien depuis de nombreuses années comme en Espagne, en Israël ou encore en Namibie. Ce sont des pays où la ressource n’est pas aussi abondante que chez nous, et où le recyclage des eaux usées devient une nécessité.
Véolia est présente dans certains de ces pays et utilise déjà ces technologies, comme d’autres délégataires. De fait, nous savions qu’en relançant l’appel d’offre de la délégation de service public qui arrivait à échéance au même moment, nous allions y insérer la clause de la RéUtilisation d’une partie des eaux usées, et ainsi en faire une condition sinéquanone du choix du futur délégataire de service public.
Est-ce qu’une étude de faisabilité ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Non pas du tout, nous nous sommes lancés directement, sans aucune étude préalable et en plus avec un délai contraint de six mois.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maitriser avant de se lancer dans ce projet ?
C’est évident qu’il faut maîtriser les questions liées au traitement de l’eau.
La RéUt est une technique de traitement de l’eau assimilable et comparable au traitement de l’eau potable. En termes de moyens humains, pour notre station d’épuration de la Salis, c’est l’équivalent d’un quasi temps plein supplémentaire. Véolia a dû réadapter l’ensemble du fonctionnement de l’usine en fonction de cette nouvelle production qu’est la RéUt.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
La majorité de la pédagogie que nous avons dû faire s’est située au niveau de la formation des agents et techniciens d’entretien de la ville. Ces derniers étaient au départ assez frileux pour réutiliser cette eau « recyclée » dans leurs petites camionnettes de nettoyage. Nous les avons formés, sur place, et tout a été clairement expliqué afin de faire disparaître leurs réticences. Aujourd’hui ils sont parfaitement convaincus de l’utilité et de la pertinence de la démarche.
Comment l’intercommunalité a-t-elle financé le projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?
La première étape d’investissement pour la mise en place de cette technique, qui a l’époque, était encore très contrainte avec notamment une utilisation pour le nettoyage des rues à des horaires très précis entre quatre heures et sept heures du matin, a été faite par le délégataire qui a remporté la délégation de service public. Concrètement, ce fut un investissement en machines de traitement et cuves de stockage de l’ordre de 150 000 euros.
Après ce premier échelon réussi, nous avons souhaité aller plus loin en réunissant tous les acteurs (ARS, Direction départementale des territoires et de la mer, Véolia) afin de s’atteler à la mise en place d’un niveau de filtration supplémentaire permettant d’élargir les usages (et les horaires d’utilisation !). Ce travail en concertation a duré plusieurs mois, l’intercommunalité a investit 350 000 euros supplémentaires et nous sommes arrivés au résultat satisfaisant que nous connaissons aujourd’hui, c’est à dire un usage pour le nettoyage des rues aux horaires et aux modalités plus souples, une utilisation pour l’irrigation des espaces verts, …
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné l’intercommunalité dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
La réalisation de ce projet s’est faite en concertation avec tous les autres acteurs impliqués que sont le délégataire Véolia, l’Agence Régionale de Santé (ARS) et la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM). Nous avons choisi de travailler main dans la main pour parvenir rapidement à un résultat qui satisfasse règlementairement toutes les parties. Travailler en concertation nous a permis de gagner un temps précieux.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.

Le projet en détails
Dates clés
2022
Janvier 2023
2023
2023 - 2024
Chiffres clés
10
500 000
12
À retenir
La disponibilité de 10m3 d’eau recyclée par heure utilisable pour plusieurs usages communaux
C’est un premier pas vers l’économie de la ressource. Grace à cette expérience, nous avons acquis les compétences nécessaires pour pouvoir dupliquer le processus à d’autres stations d’épuration de notre territoire, en fonction des financements que nous pourrons mobiliser, du délégataire concerné et des débouchés possibles en termes d’utilisation, comme la proximité immédiate de la station en question (quelle que soit sa taille) avec un golf ou un port, tous deux gourmands en eau, et donc potentiellement intéressés.
L’aspect règlementaire a véritablement été un frein ! En mettant en place ce projet nous nous sommes heurtés à des normes extrêmement restrictives. Nous avons dû prouver par nos propres moyens à la DDTM et à l’ARS que la brumisation aérienne issue du nettoyage des rues avec l’eau de RéUt ne présentait pas de bactéries ou de micro-organismes en suspension.
Les partenaires de ce projet

ARS

DDTM

VEOLIA
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