Un Plan Résilience Eau à Lorient Agglomération (56) pour affronter le dérèglement climatique
Dans le territoire de Lorient Agglomération, dans le Sud du Morbihan, 2022 a marqué une année charnière concernant les conséquences du dérèglement climatique et notamment sa vulnérabilité face à la ressource en eau. Rapidement, les élus ont pris le sujet à bras-le-corps en demandant à la Direction Eau & Assainissement de produire un Plan de Résilience Eau, qui a été voté en conseil communautaire en juin 2023.
Ce plan, co-construit par l’ensemble des équipes de l’établissement, constitue désormais la feuille de route de l’ensemble des 25 communes de Lorient Agglomération en matière de gouvernance, de promotion des connaissances, de recherche pour mieux s’adapter au changement climatique, d’engagements vers la sobriété, d’optimisation de la disponibilité de la ressource en eau et de la préservation de sa qualité.



Entretien avec Sandrine Delemazure et Jo Daniel

Ce projet est présenté par
- Sandrine Delemazure, Directrice Eau & Assainissement de Lorient Agglomération
- Jo Daniel, Maire de Guidel et Vice-Président Eau & Assainissement à Lorient Agglomération
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Comment le sujet du Plan Résilience Eau s’est‐il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le sujet s’est imposé à la suite d’une grande prise de conscience collective de notre vulnérabilité à la ressource en eau. À l’été 2022, l’île de Groix a été particulièrement touchée par la sècheresse. Dès le mois de mars, nous savions que l’île aurait du mal à passer l’été en matière d’eau potable. Début juin, l’île a été placée en situation de crise sècheresse. Il nous a fallu déployer des gros moyens dont une unité de dessalement d’eau de mer mise en service en six semaines et qui a fonctionné trois mois, afin de compléter la ressource en eau de l’île, utilisée pour produire de l’eau potable. L’état de crise sècheresse s’est étendu à tout le Morbihan à partir du 12 août. Des cellules de crise ont alors été organisées toutes les semaines pour mettre au jour les mesures qui pourraient être prises par les uns ou les autres. Différentes réunions se sont tenues, certaines avec les autres producteurs d’eau du département, d’autres avec les services préfectoraux et d’autres encore avec les maires de l’agglomération. Toutes les communes ont été impliquées. Chacun s’est engagé dans une gestion de la ressource, dans le changement de certaines habitudes.
Il y a eu une forte sensibilisation et mobilisation. Cette crise sècheresse a été vécue comme un électrochoc. Pour autant, nous étions déjà concernés par d’autres manifestations du changement climatique, et notamment la multiplication depuis 2018 des épisodes de violentes inondations consécutives à des pluies d’orage. Nous avons en effet vécu cinq épisodes de ce type ces dernières années quand d’ordinaire ils surviennent une fois tous les 30, 50 ans voire 100 ans. Cela devient désormais du récurrent. À cela s’ajoute la question de la pollution des ressources et donc de la qualité de l’eau potable distribuée. Tout cet ensemble de préoccupations est à l’origine de la création de ce Plan Résilience Eau.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous ne nous sommes inspirés d’aucun projet similaire. La commande politique était forte, ce qui nous a conduit à mettre autour de la table plusieurs services de l’agglomération afin d’avoir une vision, la plus exhaustive possible, des sujets abordés. Notre objectif ? Qu’une telle crise ne se renouvelle pas. Ainsi, le projet s’est co-construit à l’origine au sein de la Direction Eau & Assainissement qui compte 137 agents. Nous nous sommes réunis fin 2022 lors d’un atelier pour parler ensemble de ce que nous faisions déjà pour prévenir les crises et de ce qu’il faudrait faire de plus pour mieux les anticiper à l’avenir. Les idées ont ensuite été partagées avec d’autres Directions qui y ont ajouté leurs propres points de vue. Nature, Santé et Environnement, Urbanisme, Agriculture, Habitat, Développement Économique, Tourisme… Chacun a pu compléter cette liste d’actions à la Prévert avec ses propositions. Ce travail s’est petit à petit réalisé en transversalité. Puis, nous avons organisé ces idées afin de bâtir des thématiques, des axes, des objectifs. Dès lors, nous nous sommes appuyés sur l’ébauche du Plan Résilience de la Région Bretagne, paru à l’automne 2022. D’autant que certaines de nos actions se recoupaient et d’autres se complétaient.
En mars 2023, la parution du Plan Eau d’Emmanuel Macron, est venu conforter notre projet. Puis le 4 mai, nous avons organisé un atelier avec des élus, des scientifiques de Rennes 1, des agents des services de Lorient Agglomération, des représentants des syndicats de bassins versants du territoire, les chambres consulaires (commerce et industrie, agriculture, métiers et artisanat), les services de l’État, ainsi que quelques-uns de nos prestataires (dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, de l’exploitation des ports du territoire notamment). Nos financeurs étaient invités mais n’avaient pas pu venir. Nous avons restitué l’ébauche du projet de Plan Résilience Eau pour que tous puissent y apporter leurs contributions. Cela a permis de conforter, d’enrichir et de rédiger différemment les actions envisagées. Cet atelier nous a permis de prendre de la hauteur, d’aborder les questions de bassins versants, de gouvernance. À la fin de cet atelier collaboratif, nous pouvions enfin mettre un point final à notre Plan Résilience Eau, pour qu’il soit délibéré et voté au conseil communautaire du 27 juin.
Est‐ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Non, car il nous fallait aller vite. Il nous a été demandé de produire un document très opérationnel comportant pour partie des actions rapides à mettre en œuvre. Le Projet de Territoire de Lorient Agglomération avait été voté en 2021. Il évoquait peu la thématique de l’eau. Ce Plan Résilience Eau, déclinaison du Projet de Territoire, constitue désormais une feuille de route pour l’ensemble des élus du territoire en matière de préservation de la ressource en eau et des milieux aquatiques, tant en quantité qu’en qualité.
Concernant les compétences, quelles sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Notre principal atout, c’est notre fine connaissance du territoire. Plusieurs directeurs de services sont en poste depuis plusieurs années sur le territoire, ce qui a facilité la maîtrise du sujet. Connaître les acteurs, mettre en relation les uns et les autres, travailler ensemble : c’est cette dimension de la coopération qui a été nécessaire pour aboutir à ce Plan Résilience Eau.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a‐t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Il n’y a pas eu de consultation citoyenne mais un partage du document à des associations environnementales, Eaux & Rivières et Bretagne Vivante, juste avant le vote en conseil communautaire. Ils ont adhéré au projet qui vise à ce que chacun se l’approprie, que l’on soit particulier, entreprise, institution ou association. Ce sont les maires, les élus et agents communautaires et communaux, les animateurs auprès des scolaires, les associations qui relaient les actions de ce Plan Résilience Eau à travers des actions de sensibilisation sur le territoire. Les entreprises jouent le jeu en réduisant leurs consommations et en s’inscrivant dans le programme Ecod’O (programme piloté par la CCI du Morbihan depuis 2019 pour accompagner les acteurs économiques dans leurs démarches d’économies d’eau). Les collectivités ont mis en place des chasses aux fuites. Les usages ont commencé à changer. Les retours sont déjà quantifiables car la consommation d’eau a diminué : il y a une réduction des prélèvements d’eau de – 2,6 % entre 2022 et 2023. L’objectif du Plan de Résilience est de s’inscrire dans le Plan Eau national qui vise une diminution des prélèvements dans les ressources de 10 % en 2030 par rapport à 2019. Nous sommes revenus en 2023 à la situation de 2019 après une évolution à la hausse jusqu’en 2021. Les efforts restent donc à poursuivre.
Comment Lorient Agglomération a financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
L’élaboration de ce Plan Résilience Eau s’est faite en interne, sans mobilisation de moyens financiers autres que des moyens humains déjà existants, ni pour la mise en place des actions. Les actions du plan n’ont pas été chiffrées au moment de l’élaboration : c’est quelque chose qui nous a été reproché lors du vote. Pour autant, nous avons privilégié des actions de bon sens et des actions qui font partie, en majorité, de notre politique globale dont les trajectoires financières étaient déjà actées. Le Plan de Résilience s’intègre dans les prévisions budgétaires calées pour le mandat, notamment au travers de notre programme pluriannuel d’investissement. Au-delà, il conviendra d’adapter nos prospectives pour prendre en compte la mise en œuvre de nouvelles actions.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné Lorient Agglomération dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous avons été accompagnés par Aloen lors des tables rondes avec les agents de la Direction Eau & Assainissement. Ce collectif en lien avec Lorient Agglomération travaille sur la question de l’énergie, le climat et la transition écologique. L’animation est leur métier. Ce sont des facilitateurs. Par ailleurs, le bureau d’études conseil en ingénierie spécialisé sur la transition énergétique et écologique, Nepsen, nous ont accompagné lors de l’atelier du 4 mai. Des scientifiques de l’Université Rennes 1, qui travaillent déjà sur ces sujets de suivi des ressources souterraines en eau du territoire, ont également partagé avec nous le fruit de leurs recherches.
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Le projet en détails
Dates clés
Septembre 2022
Septembre 2022 - Mars 2023
2023
Juin 2023
Chiffres clés
48
-2,6
50
Résultats
Le projet a reçu un très bon écho de l’ensemble des parties prenantes du territoire. L’adhésion a été totale.
À retenir
La coopération entre les services a été très importante. Ce projet nous a permis de travailler en transversalité. Certains services non conviés à l’élaboration du Plan se sont emparés d’actions en les adaptant à leurs métiers ; ça a été le cas de la Direction de Prévention et Valorisation des Déchets, ce qui a été une très bonne surprise.
Les délais de réalisation de ce projet ont été très courts, ce qui nous a forcé à aller droit au but, à nous concentrer sur l’essentiel.
Ne pas avoir associé les usagers par manque de temps reste un point négatif de ce projet, même s’il est écrit pour eux. Autre point négatif : le manque de moyens humains dédiés à l’animation de ce projet au sein de Lorient Agglomération. La dynamique de démarrage pourrait risquer de s’essouffler.
Ressources
Lorient agglo
Lorient Agglomération et les acteurs les plus concernés ont décidé de mettre en place des actions afin de limiter durablement la consommation d’eau et préserver la ressource
CLER – Réseau pour la transition énergétique
L’Agglomération de Lorient a lancé en juin 2023 son plan de résilience eau, avec pas moins de 48 actions qui ciblent l’ensemble des usagers à la fois sur les volets quantitatifs et qualitatifs de gestion de la ressource
Le Télégramme
Comme elle l’a fait pour l’énergie fin 2022, Lorient agglomération lance un plan de résilience eau. Objectif : gérer durablement la ressource pour mieux la préserver.
Les partenaires de ce projet

Agence Locale de l'Energie et du Climat de Bretagne Sud (Aloen)

Université Rennes 1

ANEB

AMORCE
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
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