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Mont-de-Marsan (40) recycle l’eau géothermale pour irriguer des parcelles agricoles

D’un côté, une ville de Mont-de-Marsan résolue à ne plus rejeter chaque hiver dans la nature près de 300 millions de litres d’eaux géothermales issues d’un réseau de chauffage urbain.

De l’autre, des agriculteurs régulièrement soumis à des interdictions de prélèvement d’eau en période estivale.
Il n’en fallait pas plus pour imaginer une solution vertueuse : la réutilisation des eaux issues du réseau de chaleur pour l’irrigation des terres agricoles.

Un dispositif technique inédit qui passe par la réalisation d’un bassin de stockage de 300 000 m3 permettant à des agriculteurs du territoire d’irriguer leurs champs sans assécher les cours d’eau.

Entretien avec Bernard KRUZYNSKI et Patrice MARBOUTIN

Parole de collectivité
Patrice Marboutin et Bernard Kruzynski - Crédits photo : Banque des Territoires
Gestion quantitative de la ressource

Ce projet est présenté par :

  • Bernard KRUZYNSKI, maire de Saint-Pierre-du-Mont, adjoint au maire de Mont-de-Marsan (urbanisme, travaux, habitat et défense).
  • Patrice MARBOUTIN, directeur du cycle de l’eau de Mont-de-Marsan Agglo.
Lorsque nous avons appris la découverte de vestiges archéologiques sur le chantier du réservoir, nous avons d’abord cru que le projet ne se ferait jamais !
Bernard KRUZYNSKI

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Comment l’idée de réutiliser les eaux géothermales s’est-elle imposée à l’agenda de votre collectivité ?

La géothermie et Mont-de-Marsan, c’est une longue histoire commencée dans les années 1970, à la sortie du choc pétrolier, lorsqu’un industriel s’est mis en tête de trouver de nouveaux gisements d’hydrocarbures en Aquitaine. Les premiers forages à Saint-Paul-lès-Dax ont été réalisés à plus de 1 700 mètres de profondeur en 1975 et 1979, et à Mont-de-Marsan entre 1 800 et 2 000 mètres de profondeur en 1976 et en 1984. Mais, à défaut de pétrole, c’est une nappe d’eau souterraine à 60 °C qui a été découverte.

Ce premier tournant majeur a conduit la Ville à confier à l’entreprise Cogetec l’exploitation des installations géothermiques pour chauffer des équipements publics (base militaire, caserne, hôpital, école…). À la sortie du réseau de chaleur, l’eau est alors rejetée dans une rivière à une température comprise entre 30 et 40 °C. Le deuxième tournant remonte à 2006, à la veille de la reprise de l’exploitation géothermique en régie municipale, lorsque la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement nous a alertés sur l’obligation de ne pas dépasser une température de rejet de 30 °C. Nous nous sommes retrouvés au pied du mur, obligés de trouver rapidement une solution.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

L’idée d’irriguer les terres agricoles avec les eaux géothermales n’est pas arrivée tout de suite. Nous avons d’abord travaillé sur l’extension du réseau et la rationalisation de la production. Cela nous a permis, pour une production énergétique équivalente, de diviser par deux le volume d’eau pompée. Seulement 100 mètres cubes d’eau sont aujourd’hui nécessaires pour produire 1 mégawatt. Nous nous sommes ensuite penchés sur la question de la température de l’eau à la sortie du réseau de chaleur. Pour nous accompagner dans cette réflexion, nous avons fait appel au bureau d’études Antea. Nous avons envisagé dans un premier temps de réinjecter l’eau dans les nappes souterraines, mais l’assurance a refusé de couvrir les risques. Nous avons alors cherché avec la Dreal et nos partenaires d’autres solutions, avec cette fois-ci l’intention de valoriser l’eau.

C’est Julien Rabe, responsable de la gestion de l’eau à la Chambre d’agriculture des Landes, qui a eu l’idée de réutiliser l’eau pour l’irrigation. Cette solution permet de valoriser deux fois l’eau pompée – réseau de chaleur et agriculture — , de préserver les cours d’eau, tout en répondant aux besoins des agriculteurs.

Est-ce qu’une étude de faisabilité ou d’impact a été réalisée pour ce projet ?

Oui, plusieurs études ont été nécessaires. La mise en œuvre d’un tel projet soulève de nombreux enjeux : techniques, réglementaires, fonciers, économiques… Nous avions notamment besoin d’un grand bassin de stockage et d’un réseau de canalisations pour acheminer l’eau. Tandis que la Chambre d’agriculture se chargeait de négocier avec un propriétaire l’acquisition d’un foncier agricole de 6 hectares à Mazerolles, nous menions de notre côté, avec l’aide du bureau d’études Antea, les études réglementaires sur la conception du réservoir chargé de recueillir et refroidir l’eau à l’air libre : une profondeur maximale de 10 mètres pour éviter d’être soumis à des contraintes spécifiques, un réservoir en remblais pour ne pas avoir à rapporter de terre… La parcelle a finalement été achetée par la Ville de Mont-de-Marsan en 2015.

L’étape suivante a consisté à enterrer un tuyau de 200 millimètres de diamètre et de 7 kilomètres de long pour relier les installations géothermiques au réservoir. De nombreuses études ont été là aussi nécessaires. Nous avons par exemple emprunté le plus possible des pistes DFCI (Défense de la forêt française contre les incendies), mais nous avons dû aussi travailler avec la Safer pour traverser des parcelles privées.

En ce qui concerne les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Nous avons été confrontés à des sujets complexes, en particulier dans la création du réseau pour acheminer l’eau depuis Mont-de-Marsan jusqu’au réservoir à Mazerolles. Les deux principaux obstacles rencontrés étaient la traversée de la rocade de Mont-de-Marsan et le passage sous une rivière. Pour pallier les contraintes de Natura 2000, nous avons dû faire passer le tuyau à 7 mètres de profondeur sous le cours d’eau et installer 300 mètres de forage dirigé. Nous avons heureusement bénéficié du savoir-faire d’une entreprise spécialisée. L’autre sujet complexe auquel nous avons été confrontés relève de la découverte de vestiges historiques sur le site du réservoir. Les travaux ont dû être interrompus pendant dix-huit mois pour laisser la Drac mener les fouilles archéologiques. En ce qui concerne la création du réseau d’irrigation, nous avons laissé le soin aux agriculteurs de construire leur propre station de pompage à la sortie du réservoir.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Du côté des riverains, c’est-à-dire des habitants de Mazerolles, le projet a été bien accepté. La conception du réservoir en remblais avec des digues enherbées rend l’installation quasiment invisible. Elle se fond totalement dans le paysage.
Les riverains ont en outre bien compris la dimension vertueuse du projet qui évite à la fois de rejeter les eaux géothermales dans la nature, tout en préservant l’eau des rivières qui était auparavant pompée par les agriculteurs pour irriguer leurs terres en été. Et, du côté des agriculteurs, le projet répondait à une attente forte. Nous avons eu de très bons retours.

La dizaine d’agriculteurs concernés disposent désormais d’un volume d’eau garanti qui leur apporte de la stabilité et des garanties auprès des industriels qui achètent leurs productions. Cela valorise leur activité autant que leur foncier. La Sepanso, une fédération locale d’associations de protection de la nature et de l’environnement, a fait part de ses doutes sur l’impact du projet, mais leurs échanges avec la Ville ont permis de lever assez rapidement leurs craintes. Ils ont compris la dimension vertueuse du projet et mesuré les enjeux en termes de maintien de l’activité agricole dans notre territoire.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?

Le coût prévisionnel du projet s’élevait à 1,5 million d’euros, entièrement pris en charge par la Ville de Mont-de-Marsan. La découverte de vestiges historiques a cependant changé la donne, lorsque nous avons appris qu’il revenait au maître d’ouvrage de financer les fouilles archéologiques menées par la Drac. En l’occurrence, le surcoût était de 500 000 €. Face à cet imprévu, nous avons sollicité les aides de la Région Nouvelle-Aquitaine et de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, qui ont accepté d’apporter le complément de financement nécessaire. Au final, le projet aura coûté 2 millions d’euros, financés à 75 % par la Ville et 25 % par la Région et l’Agence de l’eau.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la Ville de Mont-de-Marsan dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

La Chambre d’agriculture, le bureau d’études Antea, la Safer, la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Agence de l’eau Adour-Garonne et les différentes entreprises chargées des travaux : Valerian (terrassement), Eurovia (étanchéité), L’Ami des jardins (aménagement paysager), SNB/CEGETP (canalisation et forage dirigé).

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Le projet en détails

Dates clés

2010

Inspiration

2011

Mise à l'agenda du projet

2013-2015

Diagnostic et planification

2016-2018

Réalisation du projet

Chiffres clés

300 000

m3, le volume d’eau prélevé chaque hiver pour alimenter le réseau de chaleur, et par conséquent, la capacité du réservoir construit à Mazerolles.

7

km de canalisations entre les installations de géothermie à Mont-de-Marsan et le réservoir à Mazerolles.

147

ha de terres agricoles irriguées en eaux géothermales

À retenir

Un système vertueux qui permet tout à la fois d’alimenter le réseau de chaleur en géothermie, d’irriguer les terres agricoles et de préserver les ressources naturelles

Un système vertueux qui permet tout à la fois d’alimenter le réseau de chaleur en géothermie, d’irriguer les terres agricoles et de préserver les ressources naturelles et la fin du rejet des eaux géothermales dans la rivière du Midou.

Les surcoûts et le retard liés aux fouilles archéologiques et les coûts d'investissement pour acheminer l’eau jusqu’au réservoir et les coûts de maintenance pour entretenir le réseau

Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Grand Sud-Ouest Agence de l'eau Adour-Garonne

Agences de l’Eau Adour-Garonne

Nouvelle aquitaine

Région Nouvelle-Aquitaine

SAFER

SAFER

Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet

antea

ANTEA

RS-Visuel-non-disponible-150x150

CEGETP

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Nombre d'habitants

31 455

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