GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

A Arjuzanx (40), un site industriel reconverti en Réserve naturelle nationale

Niveau d'expertise : intermédiaire

Situé dans les communes de Morcenx-la-Nouvelle, Rion-des-Landes et Villenave, le site d’Arjuzanx, classé Réserve naturelle nationale (RNN) en 2022, se compose d’une mosaïque de milieux naturels diversifiés et remarquables où l’eau est omniprésente.

Réputé pour la richesse de sa biodiversité terrestre comme aquatique, le site est particulièrement connu en Europe pour accueillir chaque hiver plusieurs dizaines de milliers de grues cendrées. En parcourant ses sentiers ou en se baignant dans son lac aménagé, difficile d’imaginer que le site était jusqu’en 1992 une mine de lignite à ciel ouvert.

Gérée par le Syndicat mixte de gestion des milieux naturels, la Réserve naturelle d’Arjuzanx est un modèle de renaturation réussie.

Le classement en Réserve naturelle nationale est l’aboutissement de tout un territoire. Les habitants sont très satisfaits et demandent toujours plus d’animations sur le site. C’est un véritable levier d’attractivité pour les élus de petits villages comme les nôtres

Paul CARRERE

Comment le classement du site d’Arjuzanx en Réserve naturelle nationale s’est-il imposé à l’agenda de votre syndicat ?

Il faut remonter à 1958, lorsque EDF se lance dans l’exploitation du gisement de lignite d’Arjuzanx afin d’alimenter une centrale thermique. Le site devient alors une vaste mine à ciel ouvert destinée à extraire le lignite enfoui entre 15 et 20 mètres de profondeur. Dans les excavations, les eaux provenant des nappes ou de la pluie sont pompées, stockées dans des bassins de décantation, puis rejetées dans le réseau hydrographique. Près de 200 millions de mètres cubes de couches sédimentaires sont ainsi extraits jusqu’à la fermeture du site, trente-quatre ans plus tard. Considéré alors comme la plus grande friche industrielle de France, le site bénéficie d’un vaste projet de réhabilitation porté par EDF avec le concours de l’Office national de la chasse (devenu l’Office français de la biodiversité). Racheté 2 M€ par le Département en 2004, le site est depuis géré par le Syndicat mixte de gestion des milieux naturels (SMGMN), qui s’est engagé dans une politique volontariste de protection de la nature calquée sur la gestion-type d’une réserve naturelle. L’idée d’aller vers un classement en Réserve naturelle nationale a véritablement germé à partir de 2014, au moment du projet de création de la Maison de site.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Le SMGMN était déjà gestionnaire de deux autres Réserves naturelles nationales dans les Landes : celle de l’étang Noir, dans les communes de Seignosse et de Tosse, classée en 1974, et celle du marais d’Orx, à Labenne, à Orx et à Saint-André-de-Seignanx, classée en 1995. Le Syndicat connaissait les démarches nécessaires à une candidature pour un classement en Réserve naturelle et connaissait également les implications en termes de gestion. Le retour d’expérience de créations plus récentes d’autres Réserves en France a également été une source d’inspiration. Nous avons par ailleurs pu compter sur le soutien du Conseil national de la protection de la nature. La création en 2015 de la Maison de site a permis de consolider l’engagement de l’État et des collectivités locales autour de ce projet : le Conseil départemental des Landes, la Région Nouvelle-Aquitaine, ainsi que les Communautés de communes du Pays morcenais et du Pays tarusate.

Est-ce qu’une étude de faisabilité ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Dans le cadre d’une création de Réserve naturelle, on ne parle pas d’étude de faisabilité ou d’impact. Le Code de l’environnement prévoit dans ce cas une « étude d’opportunité ». Cette étude a pour objet de présenter le patrimoine naturel du site. Elle permet ensuite au Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) et au Conseil national de la protection de la nature (CNPN) de se prononcer sur l’intérêt du classement du site en Réserve naturelle. Dans ce projet, le CNPN a émis un avis favorable le 14 décembre 2021. La procédure a été dès lors engagée par les services de l’État en concertation et en collaboration étroite avec les agents du Syndicat mixte.

En ce qui concerne les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

La démarche de classement en Réserve naturelle nationale nécessite avant tout une « compétence patrimoine naturel ». Un tel projet nécessite ensuite des compétences juridiques, pour bien maîtriser les différentes étapes de la démarche soumise à enquête publique. Une autre compétence relève de la capacité à conduire une négociation avec les acteurs locaux. C’est essentiel pour bien ancrer la Réserve naturelle dans son territoire et favoriser l’acceptation de l’ensemble des acteurs.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment le syndicat a-t-il assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Il y a un temps officiel, conduit par les services de l’État avec un formalisme de consultation des acteurs locaux : groupes de travail, recueil des avis formels, enquête publique. Puis un autre temps non officiel, mais pas moins important, concernant les échanges entre les élus et les différentes parties prenantes. L’adhésion des citoyens n’a pas été un souci. Ils ont adhéré au projet plus vite qu’on ne l’imaginait. Les principaux enjeux portaient sur la mixité des usages, à la fois pour préserver les milieux et pour faire cohabiter promeneurs et chasseurs chargés de la régulation des grands gibiers sans risque d’accident. Sur le premier point, nous avons décidé de diviser le site en deux zones : une première de 2 205 hectares classée Réserve naturelle nationale et fermée au public ; et un espace naturel sensible de 500 hectares accessible aux visiteurs. Sur la chasse, nous avons sollicité une étude balistique sur la viabilité des battues avec l’utilisation moins dangereuse de chevrotines au tungstène. Un protocole d’expérimentation a été mis en place en intégrant les considérations écologiques : perturbation de la faune, dispersion et risque de contamination des milieux. Tout le monde s’y retrouve.

Comment le syndicat a-t-il financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?

L’État est porteur et finance la totalité du projet de création. S’agissant du SMGMN, les dépenses engagées correspondent aux salaires des membres du personnel mobilisés par la démarche pour travailler notamment sur la connaissance et l’analyse de la valeur patrimoniale du site. En parallèle, le SMGMN a fait construire la Maison de site pour accueillir les visiteurs, l’équipe d’Arjuzanx (gardes naturalistes, agents d’entretien…) et les services support du Syndicat mixte.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné le SMGMN dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

C’est l’État qui a conduit le projet, avec le soutien du Conseil départemental des Landes et les collectivités du territoire.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 28 avril 2014

    Date de la demande du SMGMN

  2. 13 juin 2014

    Lettre du préfet au Ministère, marquant la mise à l'agenda du projet

  3. 19 mai 2015

    Avis du Conseil national de la protection de la nature

  4. 2 septembre 2022

    Date de publication du décret ministériel

Chiffres clés

  • 32,5

    M de tonnes de lignite extraites de 1958 à 1992

  • 200 000

    visiteurs par an

  • 25 000 à 30 000

    grues hivernantes et des pics migratoires pouvant atteindre 8 0000 grues

À retenir

  • Une reconnaissance nationale de l’intérêt du patrimoine naturel du site d’Arjuzanx qui consolide l’identité et l’attractivité du territoire.

  • Un financement important de l’État via la Dreal (dotation et aide à l’éducation à l’environnement) et de l’Agence de l’eau Adour-Garonne (environ 40 % des charges).

  • La longueur des délais. La démarche de classement a monopolisé les salariés et la direction du SMGMN pendant près de huit ans, de 2014 à 2022. Egalement, le manque de sécurisation des financements et des budgets qui sont toujours compliqués à boucler.

  • Agences de l’Eau Adour-Garonne

  • DREAL

  • Département des Landes

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