ASSAINISSEMENT DES EAUX USéES

A Merdrignac (22), rénover une station d’épuration sur un territoire d’eau de surface en tenant compte du changement climatique

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

La nouvelle station de traitement de l’eau de Merdrignac illustre les enjeux d’épuration du rejet d’eau traitée dans un petit cours d’eau. En plus d’intégrer de nouveaux process, la station, inaugurée en 2025, rejette son eau plus loin, dans un cours d’eau plus conséquent pour une meilleure dilution et moins de risque d’impact sur le milieu.

Sa capacité de traitement a été augmentée, permettant l’évolution de la commune sur le plan de l’urbanisme.

Aujourd’hui rénover une station d’épuration vétuste, ce n’est pas seulement changer ce qui n’est plus fonctionnel, c’est prendre en compte les évolutions.

Pierre Tenant

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Isabelle Goré Chapel : La rénovation de la station de traitement de l’eau répond à un besoin de longue date. La construction initiale de 2003, s’est révélée, dès sa seconde année de fonctionnement, en sous capacité. Les lits de roseaux, à l’époque innovants, n’ont pas été déployés à hauteur du dimensionnement prévu. Le temps de la procédure administrative a été long. Aussi, plus de 10 ans plus tard, nous avons repris la réflexion, dans un contexte de transfert de compétences de la commune à la communauté de communes. Dans un premier temps, nous avons choisi de vérifier les réseaux d’eaux usées, avant de procéder à la rénovation de la station, pour limiter les infiltrations et éviter de surdimensionner la station.

La rénovation d’une station de traitement de l’eau c’est du temps très long – cela a représenté deux mandatures pour moi – et une réflexion de territoire.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Isabelle Goré Chapel : De mon côté, en tant qu’élue chargée du projet avant le transfert de compétences à la communauté de communes, je me suis beaucoup renseignée en mont. J’ai d’abord lu des magazines spécialisés, écouté des émissions radio. Il est nécessaire de s’informer, même si on a déjà une idée sur le sujet. J’ai également regardé ce qui se faisait dans le département, voire à l’échelle de la Bretagne. J’en ai discuté avec le cabinet d’études chargé de la maîtrise d’œuvre. J’ai appris beaucoup de choses avec le cabinet d’études qui a joué son rôle de conseil et avec l’Agence départementale d’appui aux collectivités des Côtes d’Armor (Adac22) et son service spécifique assainissement, éclairant sur ce que d’autres communes du département, avec des capacités identiques, ont déployé. Enfin, j’ai aussi beaucoup discuté avec le responsable eau de la DDTM, pour ajuster notre choix de traitement.

Pierre Tenant : Le pire serait de rester dans son pré carré sans regarder ce qui se fait à côté. D’autant qu’il existe des réseaux qui permettent d’échanger les retours d’expérience. Les colloques aussi sont précieux, notamment le Carrefour des gestions locales de l’eau, annuel, à Rennes. Il faut être curieux de ce qui se passe ailleurs, y compris à l’étranger. Et, bien sûr, l’intérêt de faire appel à un maître d’œuvre est de recueillir des propositions à étudier. Jusqu’au premier coup de pelle les ajustements sont possibles !

Les techniques sont toujours à ajuster en fonction de spécificités locales. À Merdrignac, c’est le milieu récepteur. Nous avons un territoire d’eau de surface : l’eau traitée est rejetée dans un petit cours d’eau qui peut être à sec l’été. Ou du moins était, car, de fait, nous avons déplacé le rejet d’une centaine de mètres, dans un confluent plus adapté.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Isabelle Goré Chapel : Les plus grandes compétences pour un tel projet, ce sont la patience et l’accompagnement des équipes. L’élue est là pour comprendre et pour faciliter. Il est, de fait, essentiel de comprendre ce qu’on nous dit pour pouvoir discuter. Ne pas se retrancher derrière le cabinet d’études ou la régie, même s’ils sont très bons.

Pierre Tenant : Le rôle du technicien c’est de vulgariser pour rendre compréhensible. Il maîtrise la technique, mais les décisions appartiennent aux élus. Aussi, pour qu’ils puissent décider, il faut qu’ils comprennent.

Isabelle Goré Chapel : Comprendre le traitement et connaître son territoire. Les deux vont de pair. À Merdrignac le rejet en eau de surface est un point clé. L’eau traitée se déverse dans un cours d’eau qui s’avère trop petit. Le rejet n’y est pas suffisamment dilué. Et la parcelle avoisinante est déjà en zone humide. Il est essentiel d’avoir connaissance de ces points.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Pierre Tenant : Le cabinet d’études a réalisé une étude de faisabilité comprenant une analyse précise du milieu récepteur (avec carottage).

Isabelle Goré Chapel : Il faut garder en tête qu’une station est construite pour 20 ans et que durant cette période il y aura, non seulement des évolutions techniques et de process, mais aussi climatiques. Ce qui impactera notre milieu récepteur. Il faut donc l’anticiper.

Pierre Tenant : Le traitement de l’eau répond à des normes épuratoires. Ces normes évoluent. Les équipements aussi (pompes plus efficientes, intelligence artificielle…). La quantité et la qualité de l’eau à traiter également. Et pour autant, il faut, a minima, maintenir l’état des milieux récepteurs.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Pierre Tenant : La nouvelle station de traitement de l’eau de Merdrignac a été financée par la redevance assainissement et par l’Agence de l’eau Loire Bretagne.

Le financement est un sujet en zone rurale. Notre territoire compte par exemple trois fois moins d’abonnés au km qu’à Rennes, alors que le traitement, ou le mètre linéaire de réseaux, coûte le même prix. Il faut donc trouver des solutions avec les élus, puisque les recettes proviennent des abonnés.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Nous avons été accompagnés par le bureau d’études NTE en amont et pour le suivi de travaux. Le mandataire, Sogea Ouest TP était bien-sûr un interlocuteur du projet.

Nous avons été épaulés par l’agence départementale d’appui aux collectivités des Côtes d’Armor (Adac22) et la DDTM pour le choix de traitement. La DDTM nous a d’ailleurs aidés à travailler avec les trois entreprises dont les eaux usées sont traitées par la station, pour trouver comment diminuer les à-coups de leurs rejets d’eaux usées et la charge en matière organique.

Et bien sûr Loudéac communauté est devenu le commanditaire en cours de projet.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Isabelle Goré Chapel : La patience, connaître son territoire, bien s’entourer et être curieux. La patience parce que ce projet a couru sur deux mandats. Quand un élu prend en charge la construction d’une station de traitement de l’eau, il doit connaître son terrain, comprendre le sujet pour pouvoir discuter avec les interlocuteurs et prendre conscience du travail que cela va représenter.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2023

    Construction de la précédente station de traitement de l’eau

  2. Janvier 2024

    Début des travaux de rénovation de la station de traitement de l’eau

  3. Mars 2025

    Mise en fonctionnement de la nouvelle station

  4. Aout 2025

    Inauguration de la nouvelle station

Chiffres clés

  • 4 200

    équivalents habitants

  • 513

    m3/jour d’eau traitée

  • 1,7

    million d'euros, le coût du projet

À retenir

  • Augmenter la capacité de traitement des eaux usées permet de ne pas limiter l’urbanisation de la commune. Nous ne sommes donc plus limités en cela

  • Je retiens la bonne organisation entre l’entreprise mandataire, le bureau d’études, la régie, Loudéac communauté et l’exploitant

  • Pour ce type de projet, ce qui est moins simple c’est le temps. Le temps technique n’est pas le temps politique

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Loire-Bretagne

  • Agence départementale d’appui aux collectivités des Côtes d’Armor

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