Aqueduc de Roquefavour (13) : sauver un patrimoine, sécuriser l’eau
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Classé monument historique et toujours en service pour alimenter plus d’un million d’habitants, l’aqueduc de Roquefavour, le plus haut aqueduc du monde avec ses 83 mètres, a fait l’objet d’une restauration exceptionnelle entre 2020 et 2024.
Ce chantier de 16,8 millions d’euros a permis de sécuriser l’ouvrage, d’en préserver l’intégrité patrimoniale et de garantir la continuité de l’alimentation en eau du territoire.
Classé monument historique, l’aqueduc de Roquefavour demeure un maillon essentiel de l’alimentation en eau de la métropole Aix-Marseille-Provence - Crédit photo – Aix-Marseille-Provence Métropole
Nous avons restauré le plus haut aqueduc en pierre du monde sans interrompre un seul jour l’alimentation en eau de plus d’un million d’habitants.
L'interview
Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda d’Aix-Marseille Provence Métropole ?
Les désordres importants observés sur l’édifice menaçaient à terme son fonctionnement et sa mission première, qui est le transport de l'eau brute vers l'agglomération marseillaise. La tenue structurelle des ouvrages hydrauliques sur les tabliers supérieurs était grandement fragilisée. Il y a aussi un enjeu de sécurité publique. Les chutes de pierres régulières menaçaient directement la route départementale ainsi que la voie ferrée Aix-en-Provence - Rognac que l'aqueduc surplombe. Les opérations temporaires de purge ne suffisaient plus à garantir une sécurité pérenne. Il était devenu indispensable de stopper la dégradation naturelle de ce monument historique.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
L'inspiration découle directement de la volonté de sauvegarder fidèlement le chef-d'œuvre conçu au XIXe siècle par l'ingénieur Franz Mayor de Montricher. Plutôt que de chercher des solutions modernes dénaturant le site, le projet s’est inspiré des techniques d'origine, notamment en exigeant que chaque pierre de substitution soit entièrement taillée à la main par des compagnons spécialisés afin de préserver l'authenticité de l'ouvrage classé monument historique.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Une étude approfondie de gélivité a été menée pour tester la résistance des nouvelles pierres face aux cycles de gel et de dégel avant leur sélection. Les pierres retenues ont ainsi validé 48 cycles complets avant toute altération. Sur le plan technique, un plan complet de calepinage a été réalisé en amont. Enfin, une étude de faisabilité a exploré la réouverture des carrières historiques locales (Coudoux et Velaux), mais cette piste a dû être écartée en raison de contraintes foncières, administratives et financières.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Il est indispensable de maîtriser la maçonnerie ancienne et la taille de pierre lourde, sur des blocs de 6 tonnes, ainsi que la technique complexe de la "pose en tiroir" dans des espaces extrêmement contraints. Il s’agit du déploiement du deuxième plus grand échafaudage de France, soit 1 800 tonnes, qui a exigé des compétences pointues en installation de chantier et en élévation. Le tout, sans jamais interrompre le service public d'alimentation en eau.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment vous êtes-vous assuré du bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Le projet a été rigoureusement dimensionné pour cibler précisément les zones de faiblesse : remplacement des blocs abîmés, étanchéité des tabliers et du conduit supérieur… S’agissant d'un projet vital pour sécuriser l'accès à l'eau potable de plus d'un million de personnes et protéger les axes de transport en contrebas, l'utilité publique et la légitimité de l'investissement métropolitain ont immédiatement suscité l'adhésion.
Comment le projet a-t-il été financé et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Le budget global de l’opération s’élève à 16,8 millions d’euros HT. Le plan de financement associe trois acteurs majeurs : la Métropole Aix-Marseille-Provence qui a pris en charge 62 % du montant, soit 10,4 M€ autofinancés par le budget annexe de l'eau. Mais aussi évidemment l'Agence de l'Eau qui a apporté une aide de 3,5 M€ et l'État, via la DRAC, avec une subvention de 2,9 M€ au titre des monuments historiques.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les partenaires publics et exploitants : L'État (DRAC), l'Agence de l'Eau, ainsi que la Société Eau de Marseille Métropole (SEMM) qui exploite l'ouvrage.
Un groupement d'entreprises expertes : Les sociétés GIRARD, Vivian & Cie, Les Compagnons de Castellane et COMI Service (maçonnerie, taille, échafaudages, élévateurs), ainsi que NGE Génie Civil PACA, EGC Galopin et Bourgeois (étanchéité, serrurerie, métallerie, zinguerie).
Les acteurs de l'économie circulaire : L'entreprise MP Industries (basée à Gardanne) pour le moulage des cales écoresponsables (Ekistack), et des structures d'insertion par le travail pour le ferraillage réalisé par des travailleurs handicapés.
Le chantier achevé, quel est votre regard sur cette réalisation ?
Avec cet incroyable chantier, la Métropole Aix-Marseille-Provence prouve sa capacité à piloter des projets hors norme. Nous avons restauré le plus haut aqueduc en pierre de taille du monde, classé monument historique, tout en garantissant chaque jour, sans aucune interruption, une eau saine et de qualité à plus d'un million d'habitants. C’est la preuve de notre rigueur, de notre respect du patrimoine et de notre engagement absolu pour l’avenir de notre ressource en eau.