ASSAINISSEMENT DES EAUX USéES

Ecofilae accompagne la Communauté de communes des Vallées du Haut-Anjou dans la réutilisation des eaux non conventionnelles (49)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Au nord de l’Anjou, à la confluence de l’Oudon et de la Mayenne, le parc de l’Isle-Briand abrite à la fois un hippodrome et le haras du Lion d’Angers. Dans un objectif de préservation de la ressource en eau, la communauté de communes des Vallées du Haut-Anjou (CCVHA) a relancé un projet datant de 2013 pour la réutilisation des eaux usées traitées de la station d’épuration de la commune.

Une mission d’assistance à maitrise d’ouvrage a été confiée au groupement liant le cabinet de conseil et d’études ECOFILAE et le bureau d’études SCE pour évaluer l’opportunité et la faisabilité du projet qui a aboutie sur l’identification de trois scénarios possibles, mais aussi pour réaliser les démarches d’autorisation nécessaires si le projet est poursuivi.

Disposant d’une longue expertise dans l’économie circulaire de l’eau et la réduction d’empreinte eau, le cabinet Ecofilae a étudié chacun des scénarios en associant les acteurs concernés lors d’échanges sur les solutions proposées. La première option retenue vise à utiliser 66 000 m3 d’eau réutilisée par an pour les besoins d’arrosage des pistes de l’hippodrome et des carrières du parc de l’Isle Briand en substitution des prélèvements actuels dans la rivière l’Oudon.

La réussite d’un projet de réutilisation d’eau traitée est conditionnée par la qualité de la coopération avec la collectivité et l’ensemble des acteurs concernés.

Marjorie Kreis

L'interview

Pouvez-vous nous décrire le projet du Lion d’Angers, en Maine et Loire, sur lequel votre entreprise est intervenue ?

Le parc départemental de l’Isle Briand, au Lion d’Angers, couvre une surface de 180 hectares et comprend notamment un hippodrome, un haras et des espaces de loisirs. Il est géré par un Groupement d’Intérêt Public (GIP) qui regroupe le département de Maine-et-Loire, la Communauté de Communes des Vallées du Haut-Anjou et la ville du Lion d’Angers ainsi que l’association « Le Lion équestre ». L’irrigation de ces vastes surfaces, notamment des pistes de l’hippodrome dont le sol doit rester meuble, est assurée par des prélèvements dans la rivière l’Oudon. Le projet porté par la Communauté de Communes des Vallées du Haut-Anjou vise à substituer ces prélèvements par la réutilisation des eaux traitées de la station d’épuration de la ville du Lion d’Angers. Cette alternative nécessite le lancement d’études d’opportunité et de faisabilité indispensables pour garantir à la fois la qualité et la quantité des eaux réutilisées, et évaluer la faisabilité technico-économique et socio-environnementale de tels projets.

La mission confiée à Ecofilae, cabinet de conseil spécialisé dans ces problématiques, consiste à étudier les différentes solutions possibles conformément à plusieurs scénarios incluant des usages différents selon les surfaces et les bénéficiaires concernés.

Comment la collectivité du Lion d’Angers s’est adressée à vous ?

La sollicitation du cabinet Ecofilae a eu lieu dans le cadre d’un appel d’offres pour une mission d’assistance à maitrise d’ouvrage que nous avons remporté en groupement avec SCE. Le cahier des charges comprenait la réalisation des études d’opportunité (tranche ferme) et de faisabilité (tranche optionnelle) ainsi que l’établissement des dossiers d’autorisation (tranche optionnelle).

Trois scénarios ont pu être envisagés à partir de la réutilisation des eaux de la station d’épuration du Lion d’Angers : l’arrosage des pistes de l’hippodrome et des carrières du parc de l’Isle Briand, l’utilisation d’eaux pour le nettoyage des voiries urbaines, et l’irrigation de surfaces agricoles des exploitations voisines. Ces trois scénarios ont été étudiés en phase de faisabilité.

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet ?

Notre démarche est construite sur l’enchainement de trois grandes étapes consécutives. Dans un premier temps, nous lançons des études d’opportunité afin d’analyser très précisément les besoins du territoire en termes d’usages et de milieux, les disponibilités en termes de ressources en eau non conventionnelle et le niveau de traitement nécessaire à mettre en place pour maitriser les potentiels risques sanitaire vis-à-vis de l’utilisation finale. Cette étape est indispensable pour bâtir des scénarios d’utilisation positifs.

La deuxième étape est plus technique. Elle consiste à affiner les scénarios retenus en lançant les études de faisabilité portant sur les équipements à prévoir, les solutions de stockage, l’estimation des coûts globaux et le calcul de l’équilibre financier.

Sur ces bases chiffrées, on peut ensuite définir l’organisation de la gouvernance du projet, les niveaux de responsabilités, les modalités de gestion, avant de passer aux procédures d’autorisation par les services d’Etat (troisième étape). L’ensemble de ces éléments permet ensuite à la collectivité de procéder aux appels d’offres pour la réalisation concrète du projet.

En parallèle de ces étapes, notre solution consiste également en une phase de concertation avec toutes les parties prenantes. Il s’agit de réunir tous les acteurs concernés, services instructeurs, techniciens, élus, usagers et organismes d’Etat pour les informer et les sensibiliser sur l’intérêt de l’économie circulaire de l’eau, mais également pour échanger sur leur implication et leur intérêt éventuel.

Quelle est la proposition de valeur de votre solution pour une collectivité ?

Ecofilae bénéficie d’une longue expérience dans la conception et la conduite de projets de réutilisation des eaux non conventionnelles et de réduction d’empreinte eau. Cette expertise s’appuie sur de nombreuses réalisations et sur une méthodologie éprouvée qui passe notamment par des phases de concertation au travers de ce que nous appelons des ateliers d’acteurs, étape indispensable à la compréhension, la mobilisation et à l’adhésion des parties prenantes aux projets de réutilisation, ainsi que des phases opérationnelles comprenant des études d’opportunité, de faisabilité et le montage de dossiers règlementaires.

Nous disposons aussi de nombreuses références concernant des territoires et des applications très différentes qui constituent une base de données inégalables.

Enfin, Ecofilae fait bénéficier ses partenaires d’une expertise désintéressée. Notre objectif ne consiste pas à vendre des technologies ou des matériels de traitement de l’eau, mais à apporter un regard le plus neutre possible sur les solutions de sobriété à envisager. Nous sommes, au contraire, à la recherche des réponses les plus économes dans l’intérêt de nos clients et de l’équilibre global du projet. Le but de notre accompagnement est, lorsqu’un réel intérêt se présente pour le territoire, de conseiller notre client depuis l’idée jusqu’au stade de la réalisation du projet.

Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre solution et son intérêt comme si vous vous adressiez à une personne de la collectivité sans expertise particulière ?

L’objectif fondamental de notre démarche consiste à optimiser les ressources en eau en valorisant la réutilisation des rejets des stations d’épuration. C’est une façon efficace de faire face au défi du stress hydrique en favorisant une gestion durable de l'eau. Nous développons pour cela des pratiques innovantes et des solutions opérationnelles en conformité avec la réglementation pour des usages raisonnés de la réutilisation des eaux usées en France.

Cette pratique vertueuse permet de soulager les tensions sur les usages habituels de prélèvement dans les rivières ou les nappes souvent en stress hydrique lors des périodes estivales.

Les gains réalisés peuvent être d’ordres économiques et financiers dans les configurations les plus optimales, mais aussi écologiques et responsables.

Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?

Du côté du demandeur, il n’est pas nécessaire de disposer de compétences ou de connaissances techniques particulières. C’est au bureau d’études d’apporter l’expertise nécessaire. La condition déterminante est de vouloir répondre à des problématiques de gestion de la ressource en eau sur le court, moyen ou long terme, en explorant l’ensemble des leviers possibles.

L’accompagnement d’Ecofilae est construit sur un principe de coopération avec les demandeurs et les parties prenantes. Ils apportent leur connaissance du terrain et des enjeux de leur territoire, et nous apportons notre vision, nos références et la maîtrise d’une méthodologie largement éprouvée. Nous assurons également des groupes de travail et une veille sur les conditions réglementaires dans un secteur soumis à de fréquentes évolutions.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?

La réussite d’un projet de réutilisation d’eau traitée est conditionnée par la qualité de la coopération avec la collectivité et l’ensemble des acteurs concernés. Parmi les prérequis, il est important que la collectivité dispose des données les plus larges et précises sur les sources d’eau non conventionnelles disponibles. Quelles sont les volumes rejetés et quel est leur niveau de qualité ? En aval, il est utile de pouvoir identifier et localiser les consommateurs importants d’eau (potable ou non) qui seraient intéressés par l’utilisation d’eau réutilisée, notamment pour certaines activités industrielles. La mobilisation des élus et des décideurs du territoire constitue aussi une condition favorable.

Enfin, les porteurs du projet doivent avoir la capacité de pouvoir organiser la concertation entre l’ensemble des parties prenantes afin d’éviter les situations de blocage qui tiennent souvent à une mauvaise compréhension ou à une absence de communication.

Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?

Sur les trois scénarios étudiés, seul le premier ressort comme particulièrement intéressant. Il s’agit de l’arrosage des pistes de l’hippodrome et des carrières du parc de l’Isle Briand, représentant la réutilisation de 66 000 mètres cubes d’eau de la station d’épuration. Cette ressource nouvelle se substituerait aux prélèvements effectués jusque-là dans la rivière l’Oudon. Cette solution est évaluée avec un coût de revient de l’ordre de 60 centimes par mètre cube. La mise en œuvre de ce projet reste toutefois incertaine en raison des potentielles contre-indications avec le futur arrêté cadre sècheresse départemental.

Le deuxième scénario de remplacement de l’eau potable pour les usages urbains n’est pas viable économiquement en raison du faible volume d’eau utilisé et du traitement poussé à mettre en place pour respecter les qualités d’eau règlementaires.

Enfin, le troisième scénario concernant les usages agricoles pose des problèmes de création d’importants réservoirs de stockage et de réseaux de transfert et distribution pour tenir compte du caractère saisonnier de l’activité. Il n’a donc pas été retenu.

Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?

Au-delà des projets que nous menons avec les collectivités ou les industriels, nous élargissons le périmètre des utilisateurs potentiels d’eau recyclée en l’ouvrant au secteur des chantiers d’infrastructures comme les routes, les autoroutes, les voies ferrées ou les lignes électriques.

Ces activités utilisent généralement de l’eau potable acheminée par des citernes qui pourraient tout aussi bien être remplies avec de l’eau recyclée ou pluviale.

Nous avons aussi une offre orientée vers les aménageurs, promoteurs immobiliers, bailleurs sociaux et syndicats de copropriétés pour les inviter à repenser l’utilisation de l'eau pour les espaces verts, les façades végétalisées et les toilettes dans un objectif de performance hydrique.

D’après votre expérience, quelle est la durée moyenne de ce type de projet ?

La durée moyenne de prise en compte de projets de réutilisation d’eau dépend du nombre de scénarios à étudier et de la complexité technique. Pour la phase d’étude d’opportunité, il faut compter de 3 à 4 mois, tandis que la phase de faisabilité demande généralement de 2 à 3 mois.

Les délais de traitement des procédures d’autorisation et d’instruction réclament une période plus longue qui dépend fortement des réponses administratives et peuvent durer de 6 à 8 mois.

Quelle était l’organisation de l’équipe projet ?

Chez Ecofilae, le dimensionnement d’une équipe projet comprend généralement trois personnes : une directrice de projet, un chef de projet et un ingénieur d’études. Pour le projet du Lion d’Angers, un intervenant supplémentaire a été sollicité en co-traitance pour le dimensionnement et le pré-chiffrage des équipements.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Juillet 2024

    Appel d’offres par la Communauté de communes des Vallées du Haut-Anjou

  2. Octobre 2024

    Attribution du marché à ECOFILAE et démarrage de la phase d’opportunité

  3. Novembre 2025

    Restitution de la phase de faisabilité

  4. 2026

    Projet conditionné au futur arrêté cadre sècheresse départemental et à la décision finale du GIP de l’Isle Briand

Chiffres clés

  • 66 000

    m3 d’eau potentiellement réutilisables par an

  • 600 000

    euros, le coût d’investissement global

  • 60

    centimes, le coût de revient du m3 traité

À retenir

  • Sécurisation des besoins d’arrosage du parc en toute saison

  • Impact positif sur l’activité économique et touristique liée à l’hippodrome

  • Potentielle soumission des projets de REUT aux mêmes restrictions que les autres ressources en eau dans le futur arrêté cadre sécheresse départemental

Les partenaires du projet

  • SCE

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