ASSAINISSEMENT DES EAUX USéES

En Moselle (57), une technologie plus souple au service de la rénovation des réseaux d’assainissement

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Dans la Communauté d’Agglomération de Thionville - Portes de France (57), la rénovation des réseaux d’assainissement se fait par la technologie du chemisage : des gaines en fibre de verre auto-structurantes se voient déployées dans les canalisations à rénover, avant d’être « gonflées » par un train de lampes à UV.

Cette technique permet notamment de ne creuser aucune tranchées, tout en promettant un gain de temps lors des travaux, ainsi qu’un coût moins élevé pour la collectivité. Le bilan est satisfaisant pour l’ensemble des équipes de la Communauté d’Agglomération, et la technologie toujours déployée lors des chantiers récents.

Il est important de se baser sur le travail d’entreprises possédant une forte expérience et une forte expertise dans la technique du chemisage.

Bertrand Mathieu

L'interview

Comment le sujet de la rénovation d'un réseau d'assainissement sans tranchées creusées s’est imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Nous cherchions depuis plusieurs années un moyen efficace de réduire les nuisances liées aux travaux de rénovation de nos systèmes d’assainissement, ainsi que leur durée. Ces travaux peuvent générer des difficultés de déplacement (piétons, voitures, transports en commun) dans les secteurs concernés, en plus des nuisances sonores ou olfactives. La technique du chemisage, qui existe depuis environ trente ans, notamment en Allemagne, nous a convaincus il y a près d’une quinzaine d’années.

Cette technique permet notamment d’éviter de creuser des tranchées pour remplacer l’ensemble d’une section du réseau : en mobilisant simplement deux regards, les étapes de diagnostic, curage, installation, gonflage et durcissement de la gaine se font beaucoup plus rapidement qu’un remplacement « traditionnel ». Les gaines employées nous viennent d’Allemagne, avec une technologie au polymère auto-structurante par UV qui présente également l’avantage d’un meilleur écoulement des eaux, avec moins de porosité - donc de retenue potentielle - du calcaire ou des matières organiques.

Nous avions donc déjà opté pour l’utilisation de cette technique - qui n’est pas toujours possible, selon la pente ou l’environnement du chantier - lors de nombreux scénarios de rénovation, et c’est ce qui nous a de nouveau amené à l’utiliser en 2024, pour la reprise du réseau rue Clément Adler, dans l’Actipole de Yutz. Nous avions déjà pu évaluer les résultats - très positifs - de gaines posées de nombreuses années auparavant.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

La technique du chemisage avait déjà été utilisée dans certaines régions françaises, principalement en Île-de-France et en Grand Est où nous avons puisé de l’inspiration et suivi plusieurs chantiers qui semblaient apporter une entière satisfaction aux collectivités. De manière globale, nous nous tenons informés des évolutions technologiques dans nos domaines d’expertise, et la technique du chemisage avait déjà prouvé sa pertinence en France et en Allemagne. Nous avons également constaté, tout au long des années de chantiers, que la technologie progressait avec la possibilité de poser des gaines de plus en plus larges, voire de formes différentes (pour certains chantiers des gaines ovoïdes ont été posées dans notre Communauté d’Agglomération).

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Nos compétences se sont additionnées au fur et à mesure des différents chantiers menés en utilisant la technique du chemisage. J’avais moi-même rendu visite à des fabricants, et nous avons veillé à demander certains certificats européens ou des normes françaises lorsque nous avons lancé nos premières commandes. Les laboratoires de nos fabricants tablaient sur des durées de vie d’une cinquantaine d’années pour les gaines, plus récemment - et même si le recul n’est pas suffisant - nous savons qu’ils étudient des matériaux possiblement résistants une centaine d’années.

De ce fait, l’idée de cette technologie est d’importuner le moins possible les habitants, et de communiquer sur les travaux aussi discrètement que ces derniers ! Il nous arrive de mettre des panneaux d’informations, tout comme nous avons parfois communiqué via des flyers ou des articles dans les médias de notre Communauté d’Agglomération.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Nous n’avons pas réalisé d’étude d’impact, mais nous avons sur chaque chantier travaillé de concert avec le fabricant et l’installateur des gaines, afin de nous assurer des bons diamètres de ces dernières. Sur l’opération menée rue Clément Adler, nous avons par exemple dû commander différents diamètres de gaine, sur les près de 500 mètres de tuyaux rénovés : 3 types de diamètre ont été déployés, pour s’adapter au réseau existant, avec intervention d’un tapis d’introduction pour le déroulement d’une gaine T100 mm. Des étapes de diagnostic, en amont, puis de contrôle de l’opération a posteriori viennent compléter ce fonctionnement.

Nous priorisons aussi ce type de chantier dans les artères assez passantes, pour limiter les nuisances sur les déplacements des riverains.

Comment votre collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

De manière globale les travaux de réfection des réseaux d’assainissement ne sont pas sujets aux aides, notamment de l’Agence de l’Eau. Nous avons donc auto-financé ces différents chantiers, dont celui situé rue Adler. Il a représenté un total de 330 000 euros, dans un marché de 4 ans à hauteur de 1,2 millions d’euros.

Globalement, les interventions par chemisage nous permettent d’obtenir des tarifs plus intéressants qu’avec des tranchées creusées, donc de mener à somme équivalente plus de chantiers de rénovation que si nous devions creuser.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Nous travaillons depuis de nombreuses années avec l’entreprise parisienne Terideal, spécialisée dans les travaux de chemisage. Deux co-traitants les ont rejoint dans le cadre de la rénovation du réseau menée en 2024, les entreprises Telerep et Grimling.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Je dirais qu’il est important de se baser sur le travail d’entreprises possédant une forte expérience et une forte expertise dans la technique du chemisage : seules 4,5 entreprises sont dans ce cas sur l’ensemble du territoire français. La reprise d’une gaine qui présenterait un pli après la pose peut vite se chiffrer à 100 000 voire 200 000 euros ! Je préconiserais également un bon travail d’analyse pour définir le diamètre des gaines, et la présence des équipes de la collectivité sur le terrain pour assister aux travaux.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2023

    Mise à l’agenda du projet

  2. 2023

    Études préparatoires et techniques

  3. 2024

    Réalisation des travaux

  4. 2024

    Livraison et contrôles

À retenir

  • La durée des travaux est considérablement réduite avec la technique du chemisage, tout comme les nuisances pour les habitants

  • Nous obtenons aussi sur différents chantiers des coûts moins importants, pour une durabilité des tuyaux qui semble satisfaisante

  • La seule question qui nous semble subsister est celle de la durabilité

Les partenaires du projet

Aucun partenaire pour le moment.

VOUS ÊTES PASSÉS À L'ACTION SUR LA GESTION DES EAUX ?

Partager mon expérience