ASSAINISSEMENT DES EAUX USéES

En Pays de la Loire, trois campings ont testé la REUT pour leurs piscines avec AquaPool

Niveau d'expertise : intermédiaire

Comment conjuguer attractivité touristique et préoccupation écologique ? Notamment pour les campings équipés de piscines, très prisées de la clientèle mais grandes consommatrices d’eau potable ?

En 2023, la Région Pays de la Loire et les Fédérations régionale et vendéenne de l’hôtellerie de plein air se sont associées pour expérimenter une solution innovante de réutilisation. Développé par la startup AquaTech, le système AquaPool régénère 80 % des eaux de nettoyage des filtres, pour délivrer une qualité d’eau conforme aux normes sanitaires de la baignade.

Après l’expérimentation, les partenaires planchent sur l’optimisation du modèle industriel et économique pour mettre cette solution à la portée de tous les campings.

L’innovation comporte toujours une part d’incertitudes.

Franck Louvrier

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la Région Pays de la Loire ?

Franck Louvrier : Nous portons dans notre Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs une accélération de la transition écologique. L’épisode de sécheresse de 2022 a favorisé la prise de conscience des professionnels du tourisme sur les enjeux de l’eau. La piscine est un facteur d’attractivité : 72 % des 657 campings en Pays de la Loire en sont équipés. Il est donc intéressant de chercher à réduire la consommation d’eau des piscines, qui peut aller jusqu’à 6000 m³ par saison pour le nettoyage des filtres.

Nicolas Charrier : La piscine est un élément essentiel pour la clientèle de camping, et l’usage collectif en fait un équipement relativement économe en eau ramené au nombre de nuitées. La Fédération régionale de l’hôtellerie de plein air travaille beaucoup avec ses adhérents sur la transition écologique. Pour l’eau, nous avons commencé par rechercher la réduction des consommations en soutenant l’installation de mousseurs sur les robinetteries, de systèmes de temporisation ou à détection infrarouge pour le lavage des mains. Pour les piscines, il n’est pas possible d’utiliser moins d’eau car une certaine quantité est nécessaire pour garantir la qualité sanitaire. En revanche, il est possible de travailler sur la réutilisation pour moins solliciter le réseau d’eau potable. Dans mon camping Les Rochelets, je voulais compléter la piscine extérieure par une piscine intérieure tout en visant la sobriété en eau.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Franck Louvrier : En 2022, Atout France a lancé un appel à manifestation d’intérêt « innovation touristique et terrains d’expérimentation ». Ce dispositif associe un territoire d’expérimentation et une solution innovante. Nous connaissions la startup AquaTech qui a créé une solution brevetée d’économie d’eau pour les piscines : AquaPool, qui permet de réinjecter dans les bassins 80 % de l’eau utilisée pour le nettoyage des filtres. Nous avons donc répondu à l’AMI d’Atout France avec les Fédérations régionale et vendéenne de l’hôtellerie de plein air. Les trois terrains d’expérimentation du système AquaPool ont été le camping des Rochelets à Saint-Brévin en 2023, puis le Domaine de Leveno à Guérande, et le camping Au bois des biches à Saint-Hilaire-de-Riez en Vendée en 2024.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Franck Louvrier : L’innovation comporte toujours une part d’incertitudes. On ne sait pas si la solution technique sera reçue positivement par les professionnels. Notre rôle en tant qu’élu est d’impulser une dynamique, de formaliser la problématique, d’identifier les acteurs innovants pour amener une solution. Nous travaillons très bien avec la Fédération de l’hôtellerie de plein air.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Nicolas Charrier : AquaTech avait développé un système de réutilisation d’eau à échelle industrielle, nous voulions voir s’il pouvait s’adapter facilement à l’hôtellerie de plein air et à différentes tailles de piscine. Il s’agissait de démontrer la faisabilité technique et l’efficacité, en chiffrant les économies d’eau. Dans mon camping, nous avons installé le système AquaPool avec un jeu de vannes afin de traiter les eaux de rinçage des deux piscines. L’équipement s’apparente à une micro-usine d’une capacité de 10 m³ par jour, avec microfiltre, traitement UV, ozonation. La qualité de sortie est celle de l’eau potable, puisque l’eau retourne dans les piscines.

Le process est très rapide, entre 1h à 1h30. Nous avons dû faire des adaptations comme l’ajout d’un filtre pour retenir les résidus de feuilles tombées dans la piscine extérieure. L’ensemble est très compact : tout tient sur 12 m². Pour un parc aquatique plus grand comme celui du camping de Guérande, le dispositif est beaucoup plus important.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Franck Louvrier : L’investissement va de 60 à 100 k€ par camping. Grâce à la sélection de notre projet par Atout France, l’Agence de l’eau a apporté globalement 60 % d’aides. Les fédérations professionnelles ont accompagné le projet auprès de leurs adhérents.

Nicolas Charrier : Pour un camping, le système AquaPool originel est très coûteux et difficilement rentable. Aux Rochelets, le coût était de 60000 euros. J’ai pu financer cet investissement grâce à la subvention de l’Agence de l’eau qui couvrait 70 %, sous réserve d’apporter la preuve des économies d’eau réalisées. Nous avons mis en place des relevés de consommation sur 2 ans pour apporter cette preuve. C’est un peu stressant ! Je visais entre 1500 et 6000 m³ d’économies d’eau. J’ai dépassé les 1500. L’investissement initial (après subvention), le coût des consommables (lampes UV, filtres…) et les économies sur la facture d’eau potable mettent le système tout juste à l’équilibre financier. Le gain est plus écologique qu’économique. Nous avons prochainement une réunion avec AquaTech. L’objectif est bien d’optimiser la solution technique pour développer une gamme à un coût acceptable et équiper massivement les campings.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Franck Louvrier : Ce dossier était multipartenarial car l’enjeu sanitaire autour de l’eau nécessite de travailler avec les services de l’État et l’Agence régionale de santé. L’Agence de l’eau Loire-Bretagne est intervenue en tant que financeur.

Nicolas Charrier : L’Agence régionale de santé nous a imposé des surcontrôles en plus des deux tests réglementaires quotidiens sur l’eau des piscines. Les agents de l’ARS sont venus plusieurs fois tester la qualité de l’eau à chaque étape du process, du point d’entrée jusqu’à la sortie ainsi que dans les bassins.

L’expérimentation était bien sûr suivie de très près par AquaTech qui nous assistait en continu et pouvait détecter les anomalies à distance.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Franck Louvrier : Pour lancer une démarche d’économies d’eau sur un camping municipal, il s’agit d’abord d’engager une réflexion globale pour cibler un maximum d’économies : piscine, mais également sanitaires, arrivées d’eau, évacuation… Ensuite, je conseillerais de visiter d’autres campings équipés, pour identifier le meilleur système à mettre en place. Enfin, il me semble qu’une mairie menant une telle démarche peut légitimement communiquer auprès des habitants. Les efforts des entreprises et des collectivités pour diminuer les impacts environnementaux des équipements touristiques dont ils assurent la gestion méritent d’être valorisés.

Le projet en détails

Dates clés

  1. été 2022

    Candidature à l’AMI d’Atout France

  2. mai 2023

    Convention entre la Région Pays de la Loire, Atout France, l’agence de l’eau Loire-Bretagne et les Fédérations de l’hôtellerie de plein air

  3. novembre 2023

    1re installation AquaPool au camping des Rochelets

  4. 2024

    2e phase d’expérimentation avec 2 autres campings pilote

Chiffres clés

  • 80

    %, la part d’eau de rinçage réutilisée par le système AquaPool

  • 16

    m³, le volume d’eau réutilisée chaque jour au camping des Rochelets pour les 2 piscines

  • 60 000

    €, le coût moyen d’investissement pour un système AquaPool dans un camping

À retenir

  • La preuve de faisabilité et d’efficacité a été faite grâce à l’expérimentation sur 3 campings pilotes

  • Tous les partenaires institutionnels ont joué le jeu de l’expérimentation, sans concession sur les enjeux sanitaires

  • Sans soutien public à l’investissement, le modèle économique n’est pas encore viable pour équiper tout type de camping

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Loire-Bretagne

  • Agence Régionale de Santé

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