ASSAINISSEMENT DES EAUX USéES

La Station d’épuration du Reyran (83) transforme les eaux usées en biométhane

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

La station d’épuration du Reyran, construite dans les années 80 s’est adaptée techniquement jusqu’en 2010 en passant d’un traitement physico-chimique de l’eau, à un traitement biologique. Mais au cœur d’un bassin de population d’environ 350 000 habitants, avec une forte variation saisonnière, l’idée était de trouver une solution durable pour réduire la quantité de boues issues du traitement, de l’ordre de 10 000 tonnes par an.

En 2014, il a alors été décidé de mettre en œuvre un projet de méthanisation de ces boues en collaboration avec le délégataire Véolia. Considérées comme un déchet, 30% d’entre elles sont devenues une ressource précieuse : placées dans un digesteur, une immense cuve chauffée à 37° (comparable à un intestin), elles sont alors dégradées par des micro-organismes en l’absence d’oxygène, pendant 21 jours. Le produit de cette dégradation est le biogaz, une ressource qui peut être réinjectée dans le réseau local de gaz à condition d’être épurée pour devenir du biométhane pur.

Aujourd’hui, le gaz produit sur la station grâce à la méthanisation des boues permet de couvrir la consommation annuelle de 750 foyers sur le territoire de l’intercommunalité, soit 35% de la consommation totale de gaz. Une production qui rapporte annuellement près d’1,2 millions d’euros à Esterel Côte d’Azur Agglomération. Le gain se situe également dans la réduction nette des boues et les coûts de transports économisés pour les acheminer. Ils représentaient à eux seuls 400 000 euros par an pour la collectivité. Dans un optique d’économie circulaire, cette installation utilise en outre un système lui aussi innovant pour chauffer l’unité de méthanisation : un échangeur à plaques récupère les calories de l’eau usée prête à être traitée, complété par une pompe à chaleur en hiver.

Produire du gaz localement grâce à la valorisation d’un déchet issu de la filtration de l’eau est intéressant pour diversifier nos sources d’approvisionnement en énergie.

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Face à l’augmentation de la production de boues dans la station d’épuration et donc la nécessité de les transporter puis des les traiter sur un site de compostage annexe, la collectivité s’est interrogée sur la façon de réduire leur quantité. L’idée s’est alors imposée de créer un digesteur, c’est à dire un équipement qui dégrade la matière organique grâce à des micro-organismes, comme le ferait un intestin. Cette digestion produit un biogaz qui lui peut être valorisé.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Il a fallu étudier le projet sous tous ses aspects et notamment celui de la valorisation du biogaz. Il se trouve que la station est située à moins d’un kilomètre de conduites de gaz, nous pouvions donc relativement facilement connecter le système afin d’injecter le biogaz obtenu dans les conduites de Gaz et Réseau de France (GRDF). Mais avant de l’injecter, il doit être purifié et concentré en quelque sorte afin de le transformer en biométhane pur.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maitriser avant de se lancer dans ce projet ?

Les équipes du délégataire Véolia ont appris à faire fonctionner le digesteur, c’est un processus ancestral qui a été décliné de manière industrielle, c’est un fonctionnement relativement logique. Ensuite pour le volet purification et fabrication du méthane, c’est un peu plus technique car nous devons fournir un produit qui est stabilisé et de qualité constante. Les agents ont donc été formés par VEOLIA pour cela. Une partie de la maintenance est faite sur place par les équipes de la station et une autre partie est réalisée par des équipes spécialisées de VEOLIA sur le site une à deux fois par an.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Nous avons fait appel à un bureau d’études extérieur pour dimensionner au mieux le projet. Puis nous avons soumis le projet à L’agence de l’eau et à l’ADEME. Elles ont validé le projet et nous avons pu nous lancer.

Comment la collectivité a-t-elle financé le projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?

Le coût total du projet s’élevait à un peu plus de 7,3 millions d’euros. Nous avons pu bénéficier de financement de la part de l’Agence de l’eau pour 1,8 million d’euros et 648 000 euros de la part de l’ADEME. La Région Sud a elle soutenu le projet à hauteur de 700 000 euros. Il restait 60% du projet à financer par la collectivité. Nous avons donc décidé d’augmenter de 8 centimes le tarif d’assainissement pour chaque administré pendant 10 ans. Le financement a été amorti à fin 2025. Aujourd’hui, le dispositif rapporte 1,2 million d’euros par an avec la revente de méthane à GRDF.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la commune dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

L’ADEME, L’agence de l’eau et la Région ont été nos partenaires dans ce projet.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

L’une des principales questions à se poser relève de la valorisation du méthane. Est-ce que GRDF est prêt à acheter mon produit à la sortie de la station ? C’est important de se mettre en lien avec eux dès l’étude du projet. A l’époque où nous avons mis en place le projet, il fallait être situé à moins d’un kilomètre d’une conduite de gaz. Aujourd’hui, ils ont assoupli leurs conditions et sont prêts à raccorder une installation située à 20 ou 30km d’une conduite. Cela s’inscrit aussi dans une véritable nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement dans un contexte énergétique assez tendu.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 1982

    Construction de la station d’épuration

  2. 1993

    Agrandissement de la station pour intégrer l’unité de traitement physico-chimique

  3. Mai 2019

    Injection du premier mètre cube de biométhane

  4. Décembre 2025

    Financement de l’installation amorti

Chiffres clés

  • 10

    millions de mètres cubes d'eau sont traités annuellement par la station

  • 400 000

    euros sont économisés annuellement en traitement de ces boues

  • 750

    foyers bénéficient de cette production de gaz

À retenir

  • Il n’y a quasiment que des points positifs à retenir d’un tel projet.

  • Le seul frein pourrait se situer au niveau de l’emplacement même de la station d’épuration, qui doit se situer à une distance acceptable (une vingtaine de kilomètres) d’une conduite de gaz pour pouvoir réinjecter le biogaz facilement dans le réseau local.

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Rhône Mediterranée Corse

  • ADEME

  • La Région Sud

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