ASSAINISSEMENT DES EAUX USéES

Un plan de gestion pour le lagunage de Harnes (62)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Le projet de réhabilitation du lagunage de Harnes s’est imposé à l’agenda de la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin à la suite d'une étude environnementale menée en 2020.

Elle a révélé plusieurs dysfonctionnements majeurs, tels que des fuites, des affaissements de berges et une baisse d’efficacité du système d’épuration. C’est ce diagnostic qui a permis aux équipes de la CALL de fixer avec ses prestataires les grandes phases d'aménagements du site et un plan de gestion globale de la zone.

Si la première tranche de travaux est achevée, cette rénovation en profondeur sera menée jusqu'en 2027.

L’objectif de cette étude était de déterminer l’évolution écologique de la lagune depuis sa mise en service en 2001 et d’élaborer un plan de gestion

L'interview

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin ?

De manière très factuelle, les bassins ne retenaient plus l’eau dans certaines zones du lagunage. Il fallait entreprendre des travaux à grande échelle. En 2020, la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin (CALL) a commandité une étude environnementale du lagunage. Cette étude a permis d’analyser l’évolution écologique du site depuis sa mise en service en 2001 et d’identifier ses différents dysfonctionnements : fuites, affaissements des berges, efficacité globale du système. Cette démarche a permis de vérifier la pertinence des aménagements initiaux et de déterminer les ajustements nécessaires pour préserver l’équilibre écologique du site et rétablir les performances en matière d’épuration de l’eau.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Entre 1990 et 2002, le projet de lagunage est né d’une double ambition : préserver et valoriser le milieu naturel tout en honorant la mémoire du passé minier. Les habitants, les élus souhaitaient transformer ce site industriel sans en effacer les traces.

Le fil conducteur était d’engager une transition du noir, symbolisant le charbon, vers le vert, la nature et enfin, le bleu, l’eau. Inspirée par les travaux du professeur Michel Radoux, spécialiste des écosystèmes de filtration naturelle à la Fondation Universitaire Luxembourgeoise, la création du lagunage s’est appuyée sur le concept de « mosaïque hiérarchisée d’écosystèmes artificiels ». Cette approche visait à purifier l’eau grâce à une succession de bassins reproduisant les processus naturels.

Les installations d’origine ont révélé des limites techniques depuis près de 10 ans : infiltration liés à l’étanchéité des berges, surplus de dépôts de sédiments… Il était nécessaire d’engager d’importants travaux.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Oui, c’était indispensable pour avancer sereinement et sécuriser les différentes phases du projet. En 2020, La CALL a lancé une étude de mise en valeur environnementale de la lagune, réalisée par le groupement Alfa Environnement. L’objectif de cette étude était de déterminer l’évolution écologique de la lagune depuis sa mise en service en 2001 et d’élaborer un plan de gestion.

À la suite de ces travaux préparatoires, une étude bathymétrique a été réalisée en 2023, afin de déterminer le volume et la qualité des sédiments à extraire des bassins. Cette phase d’étude a permis d’envisager les interventions à prévoir et surtout de les organiser dans le temps.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

La gestion du lagunage nécessite avant tout des compétences sur les sujets des milieux aquatiques et de l’hydraulique pour créer une dynamique d’écoulement artificielle efficace, en maîtrisant les débits et la gestion d’un écosystème fragmenté. À cela s’ajoutent des compétences techniques en conception et en suivi de chantier, indispensables pour intervenir sans perturber les milieux naturels. Les travaux ont été réalisés progressivement, secteur par secteur, avec précaution : vidange, curage, réhabilitation, réintroduction des espèces naturelles et remise en eau. Parallèlement, une communication importante a été menée auprès des élus et des habitants afin d’expliquer les objectifs, les méthodes et le calendrier de cette restauration écologique.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Dès le démarrage, il a été décidé de maintenir le site ouvert au public. Une large communication a été menée en amont dans les journaux des collectivités et des communes voisines, afin d’expliquer l’organisation et le calendrier des travaux. Cette transparence a favorisé l’adhésion des citoyens, déjà très attachés à ce lieu de promenades et de détente. En parallèle, les enfants des classes de la commune ont été mobilisés pour replanter certaines berges et (re)découvrir le fonctionnement du site.

Une action pédagogique a été menée avec les classes de la ville d’Harnes pour réaménager les berges du cours d’eau à la sortie des bassins.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Depuis 2022, des travaux de terrassement, de curage et d’assainissement sont menés chaque année. Ils sont financés par la CALL via un MAPI de 300 000 euros TTC annuels sans aucune aide financière. Par contre pour la partie renaturation et les opérations d’aménagements et de plantation, des financements pourront être déclenchés par la région via le FEDER. Nous envisageons la transformation des éoliennes en tours à hirondelles, la création de gîtes pour chauve-souris aménagés dans les anciens bunkers avec le CPIE…

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la collectivité dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

En interne, la direction eau et réseaux s’est mobilisée autour de la gestion de projet, en transversalité avec la direction de l’environnement. En externe : la DDTM 62, notre délégataire assainissement Véolia, le CPIE chaîne des terrils ont été sollicités régulièrement.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2001

    Création de la lagune de Harnes

  2. 2020

    Etude de mise en valeur environnementale de la lagune

  3. 2024

    Lancement des marchés et démarrage des travaux

  4. 2027

    Curage et aménagement de la grande lagune

Chiffres clés

  • 24 ha

    ha de site

  • 2 880

    m3/jour d’effluent en sortie de station d’épuration traité

  • 7 000

    m² remis en eau en 2025 et 2026

À retenir

  • On vient de loin pour se promener ici, les enfants amènent leurs parents

  • Les équipes eau assainissement de la CALL se sont réappropriées la gestion des lieux

  • Les bénéfices importants sur la faune et la flore du site, c’est une réussite

Les partenaires du projet

  • FEDER

  • DDTM 62

  • CPIE Chaîne des Terrils

  • Veolia

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