DéFENSE EXTéRIEURE CONTRE L’INCENDIE

La veille intelligente contre les incendies de forêt adoptée en Indre-et-Loire (37)

Parole d'entreprise

Pour vous inspirer, Aquagir donne la parole aux entreprises qui accompagnent les collectivités dans leurs projets de gestion de l’eau

Face à la multiplication des feux de forêts, la startup FireTracking a mis au point un procédé de surveillance intelligente s’appuyant sur un réseau de caméras connectées. Alors que les systèmes classiques génèrent plus de 90% de fausses alertes, le procédé innovant fait appel à l’intelligence artificielle pour réduire la marge d’erreur à moins de 10%.

L’équipement fait la différence entre une colonne de fumée ou un nuage de poussière et envoie une alerte sur smartphone avec l’image du secteur concerné en indiquant les voies d’accès, l’état de la végétation, les réserves d’eau, les infrastructures exposées, la propagation possible du sinistre et les moyens à déployer.

Ces tours de guet intelligentes ont été déployées avec succès en Nouvelle Calédonie où les surfaces incendiés ont diminué de 95%. Le département d’Indre-et-Loire vient d’adopter la même solution pour surveiller la quasi-totalité de son territoire. Une évolution du dispositif est à l’étude pour repérer les débuts d’inondation.

La détection sans erreur et l’alerte la plus immédiate avec visualisation directe sont essentielles dans la lutte contre les incendies

Jean-Simon Chaudier

L'interview

Pouvez-vous nous décrire le projet du conseil départemental d’Indre-et-Loire sur lequel votre entreprise est intervenue ?

En coordination avec le Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS), le conseil départemental d’Indre-et-Loire, était à la recherche d’une solution pour réduire le nombre et la portée des incendies dans le département. Plus de 300 départs de feu sont enregistrés en Indre-et-Loire chaque année. De plus en raison du réchauffement climatique, les risques d’emballement sont plus élevés du fait de la sécheresse des végétaux.

L’objectif du conseil départemental était donc de trouver la meilleure solution pour détecter et localiser les départs de feu le plus en amont possible de façon à pouvoir intervenir rapidement et ainsi de limiter l’extension des incendies. Comme le disent les pompiers, on sait que pour éteindre un incendie il faut un verre d’eau dans la première minute, un seau dans la deuxième minute et une tonne d’eau à la troisième minute…

La détection sans erreur et l’alerte la plus immédiate avec visualisation directe sont donc essentielles dans la lutte contre les incendies et c’est ce que permet FireTracking.

Comment le conseil départemental d’Indre-et-Loire s’est adressé à vous ?

Nous avons répondu à un appel d’offre dans le cadre d’un marché public ouvert par le conseil départemental d’Indre-et-Loire. L’appel d’offres était ainsi libellé : « fourniture d’une solution de détection et de localisation des feux d’espace naturel ». Cette problématique correspond exactement à la finalité de l’entreprise FireTracking que j’ai co-fondé en 2022. Au sortir de ma formation d’ingénieur des Mines, j’ai travaillé pour de grands groupes sur l’apport de l’intelligence artificielle. Lors d’une mission en Nouvelle-Calédonie, j’ai été alerté par la fréquence et la virulence des incendies de forêt. Là-bas, près de 20 000 hectares sont dévastés chaque année. Après deux ans et demi de recherche et développement, nous avons élaboré la solution FireTracking dont la première installation a été réalisée dans le sud de la Nouvelle-Calédonie, avec trois caméras couvrant environ 1 000 km2. Le résultat a été très concluant puisque les surfaces brûlées ont diminué de 95%.

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet comme si vous vous adressiez à une personne de la collectivité sans expertise particulière ?

La solution FireTracking associe les moyens optiques de surveillance par caméra et les algorithmes de l’intelligence artificielle. Le principe consiste à installer des caméras hautes définition sur des points hauts de façon à couvrir une vaste étendue. Une caméra peut « voir » jusqu’à 20 kilomètres de distance sur un rayon de 180 degrés. En installant deux caméras, on couvre 360 degrés sur 40 kilomètres de diamètre.

Dès qu’un signe précurseur d’un incendie est repéré, comme une colonne de fumée, un zoom optique se focalise sur le secteur concerné et analyse l’image pour identifier la nature exacte de l’anomalie. Notre algorithme intervient alors pour faire la différence entre un nuage de poussière ou un phénomène optique ou climatique et procéder ainsi à ce que l’on appelle une levée de doute. Il faut savoir que les systèmes classiques de surveillance vidéo génèrent plus de 90% de fausses alertes, ce qui nécessite de mettre en place une veille humaine de contrôle permanent.

Notre solution ne déclenche de fausses alertes que dans moins de 10% des cas et surtout elle envoie en temps réel toutes les informations utiles sur le smartphone des équipes de secours. En plus de la vidéo en direct, il est possible d’afficher la localisation exacte, les voies d’accès, les équipements menacés, les réserves d’eau disponibles et de visualiser l’estimation du parcours probable du feu avec des indications sur la nature et l’état de la végétation.

Quelle est la proposition de valeur de votre solution pour une collectivité ?

La solution FireTracking présente de multiples avantages par rapport aux systèmes classiques de détection d’incendie par caméra. Elle est d’abord beaucoup plus fiable car elle élimine 80 % des fausses alertes et détecte plus rapidement les départs de feu en donnant des informations utiles aux services d’incendie. Elle présente donc un double intérêt, économique et humain, en évitant la destruction du patrimoine forestier ou agricole, et en réduisant les effectifs de veille.

Notre solution est aussi plus économique à installer car elle est autonome. Il n’est pas nécessaire de prévoir une alimentation électrique ou un câblage informatique car nos caméras fonctionnent à l’aide de capteurs solaires et sont connectées en 4G.

Il est néanmoins possible de prévoir un câblage par fibre optique comme l’a demandé le département d’Indre-et-Loire pour des raisons de fiabilité et de sécurité informatique.

Enfin, la solution FireTracking est évolutive et pourra s’appliquer à d’autres surveillances comme le risque inondation, les accidents de la circulation ou la protection d’équipements publics.

Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?

Les services de lutte contre les incendies maîtrisent parfaitement les compétences et connaissances indispensables à la bonne compréhension des solutions et des réponses que nous pouvons apporter.

Nous mettons en place pour les opérateurs une formation à l’utilisation de notre application sur smartphone et sur ordinateur.

Du côté de l’installateur, nous faisons appel aux compétences de notre partenaire Axione, filiale du groupe Bouygues, pour le déploiement technique sur le terrain.

La solution FireTracking évolue en permanence grâce à notre partenaire Emerton Data et ses experts spécialisés en data science et IA.

Quels conseils donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?

Pour une collectivité comme un conseil départemental qui serait intéressée par ce type de solution, il est indispensable d’étudier au préalable la nature et l’importance des risques avec le Service Départemental d’Incendie et de Secours. En France, plus de 50 départements sont exposés à des risques élevés de feux de forêt, et le nord du territoire n’est plus à l’abri.

Il est aussi important de s’assurer du soutien et de l’accompagnement des services de l’Etat qui peuvent apporter un appui technique mais aussi financier, notamment grâce au Fonds vert.

Enfin, il convient de s’assurer que l’acteur qui sera retenu pour apporter la solution dispose bien d’une expertise complète sur l’ensemble de la chaîne de valeurs, en particulier sur la sécurisation et la souveraineté des données.

Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?

En Nouvelle Calédonie, sur le site du Mont Dore, le système FireTracking a permis de réduire de 95% les surfaces brûlés.

Le pourcentage de fausses alertes, qui est souvent très élevé avec les solutions traditionnelles de surveillance vidéo, est très réduit avec notre solution. Dans le département d’Indre-et-Loire, le taux de fausses alarmes a été réduit de 75% en seulement trois mois d’utilisation.

Il faut moins de 3 minutes pour qu’une alerte soit transmise.

Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?

Nous travaillons sur l’apport de nouveaux services grâce au dispositif de surveillance FireTracking, et en particulier l’alerte précoce du risque inondation par l’analyse du comportement des cours d’eau se trouvant dans le champ de vision de nos caméras. Il s’agira de détecter les débordements et de simuler les évolutions prévisibles sur le terrain. Le département d’Indre-et-Loire nous demande d’ailleurs d’approfondir ce sujet.

On peut tout aussi bien paramétrer notre réseau de surveillance pour repérer les décharges sauvages, alerter sur les accidents de la circulation ou surveiller des infrastructures stratégiques.

D’après votre expérience, quelle est la durée moyenne de ce type de projet ?

Le délai moyen de déploiement du réseau de caméras intelligentes FireTracking est d’environ quatre mois, une fois la notification du marché public obtenue et après les études d’implantation sur le terrain.

L’installation proprement dite, lorsqu’il n’est pas nécessaire de poser des pylônes, peut aller très rapidement. Sur un nouveau site, une fois les autorisations obtenues, il faut une petite semaine pour installer et configurer le matériel.

Pour le département d’Indre-et-Loire, le déploiement sur douze sites a été réalisé en deux tranches successives et en utilisant les points hauts disponibles comme les châteaux d’eau et les mats de télécommunication.

Quelle était l’organisation de l’équipe projet ?

Pour le projet d’Indre et Loire, du côté de l’équipe FireTracking nous étions cinq à travailler sur le montage du dossier et la préparation du déploiement. Ensuite, deux chefs de projets ont coordonné les repérages et les équipes d’installation. L’équipe d’Axione en charge du déploiement était composée d’une dizaine de techniciens et deux personnes d’Emerton Data ont procédé au paramétrage de l’application.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Septembre 2023

    Appel d’offre du conseil départemental d’Indre-et-Loire pour une solution de veille active d’incendie

  2. Décembre 2024

    Notification de passation du marché à FireTracking par le conseil départemental d’Indre-et-Loire

  3. Janvier à avril 2025

    Déploiement de la première tranche à l’ouest du département

  4. Mai à juin 2026

    Déploiement de la deuxième tranche à l’est du département et configuration logicielle

Chiffres clés

  • 6 000

    km2, la superficie de la surveillance vidéo

  • 20

    km, la portée de surveillance par caméra

  • 100 000

    euros, le coût de surveillance d’un site sur 40 km2 avec exploitation sur 5 ans

À retenir

  • Protection du patrimoine forestier, agricole, des activités économiques et de l’habitat

  • Fiabilité et autonomie du dispositif de surveillance équipé de caméras intelligentes

  • Piste de progrès : valoriser l’infrastructure existante en l’élargissant à de nouveaux usages de surveillance

Les partenaires du projet

  • Emerton Data

  • Axione

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