Piolenc (84) : l’eau du Rhône contre les incendies depuis 1995 !
La commune de Piolenc, dans le Vaucluse, fait figure de pionnière en matière de gestion durable des ressources en eau. Dès 1995, elle a mis en œuvre un projet innovant : alimenter ses bornes incendie non pas avec de l’eau potable, mais directement avec de l’eau issue du Rhône.
En détournant l’usage de l’eau potable pour la défense incendie, la commune allège la pression exercée sur les réserves destinées à la consommation humaine, tout en assurant une protection incendie performante. L’eau du Rhône est en effet disponible 24 heures sur 24, répondant aux contraintes fixées par les pompiers. Ce choix permet également une meilleure gestion des coûts, l’eau non potable étant bien moins chère que l’eau traitée.
Le projet, qui a débuté en 1995, s’est déployé progressivement. Piolenc continue d’étendre ce système, renforçant ainsi sa résilience face aux risques d’incendie tout en s’inscrivant dans une logique de développement durable. Aujourd’hui, ce sont 35 des 95 bornes qui sont branchées sur ce réseau d’irrigation sous pression. Un projet inspirant pour les collectivités qui ont la chance de disposer de sources d’eau.
La ville de Piolenc sait exploiter ses ressources naturelles. L'eau du Rhône est ainsi utilisée pour la lutte contre les incendies - Crédits photo : Mairie de Piolenc
En France, et plus largement en Europe, les municipalités doivent concilier des enjeux de sécurité avec des contraintes environnementales et économiques croissantes. La démarche de Piolenc démontre qu’il est possible d’allier innovation, respect des ressources naturelles et efficacité. Et que des projets initiés il y a trente ans sont toujours efficients ! Il est important de penser sur le long terme.
L'interview
Comment le sujet de la prévention des inondations s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Je suis maire de la commune de Piolenc depuis 1995, soit près de trente ans. C’est la longueur de mon mandat qui m’a permis de concrétiser des projets structurants, comme celui de l’utilisation de l’eau du Rhône pour la défense incendie sur la commune.
À l’origine, Piolenc disposait d’un canal d’arrosage qui datait du début du XXe siècle. Les agriculteurs l’utilisaient pour l’irrigation, mais il souffrait de nombreuses fuites et nécessitait un entretien important. Nous avons alors eu l’idée de pomper directement l’eau dans le Rhône. Ce projet s’est concrétisé grâce à l’action conjointe du Département du Vaucluse, qui a financé tous les travaux, et du syndicat ASA.
Un bassin de rétention a été construit sur une colline, à 100 mètres de hauteur. Deux pompes permettent de le remplir, avec un dispositif qui permet d’éviter le trop-plein. Ce canal est utile pour l’irrigation, avec des bornes au niveau des parcelles, mais aussi pour la défense contre les incendies.
Qu’est-ce qui était nécessaire pour que ce canal puisse être utilisé pour la défense contre les incendies ?
Les pompiers imposent que l’eau soit disponible 24 heures sur 24, 365 jours par an, ce qui n’est pas le cas avec des canaux dont l’utilisation de l’eau est soumise à des autorisations. Par ailleurs, l’eau est sous forte pression, ce qui augmente l’efficacité des aspersions. Lorsque les pompiers utilisaient l’eau potable, celle-ci était tellement brassée que des dépôts étaient remontés jusqu’aux robinets. Les habitants avaient alors de l’eau troublée dont l’impact sur la santé pouvait questionner. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les bornes destinées à la défense contre les incendies sont de couleur verte afin d’être facilement identifiables. Le risque incendie est une réalité dans le Vaucluse. Ainsi, en 2022, un incendie a détruit 30 hectares.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
À l’époque, les collectivités n’utilisaient pas l’eau des fleuves pour la défense contre les incendies. Nous sommes des pionniers. Et aujourd’hui, c’est nous qui sommes source d’inspiration.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
En 1995, nous avons été aussi pragmatiques que possible. Le syndicat ASA s’est beaucoup investi. Un agriculteur s’est porté volontaire pour s’associer au projet. C’est ainsi, en coopération, que nous sommes parvenus à mettre en place un système de lutte contre les incendies, mais aussi d’irrigation, pertinent pour tous les usages.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet ?
Dans un premier temps, nous avons raccordé au réseau du Rhône les bornes qui étaient les plus proches du fleuve. Nous continuons d’effectuer les raccordements lorsque des lotissements sont construits. Nous incitons d’ailleurs les habitants à utiliser l’eau du Rhône pour leur arrosage par goutte-à-goutte. Une façon pertinente de faire des économies tout en préservant les ressources.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
À l’époque, c’est le Département qui a financé l’installation. Le syndicat ASA gère et entretient les bornes. La commune finance l’installation des nouvelles bornes, soit 3 500 euros pour une borne, auxquels il convient d’ajouter le prix des canalisations, environ 400 euros les cinq mètres linéaires. Aujourd’hui, ce sont 35 des 95 bornes qui sont branchées sur ce réseau d’irrigation sous pression.