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Pyrénées-Orientales : un label valorise et structure les efforts des communes sobres en eau

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Confronté à une sécheresse chronique, le département des Pyrénées-Orientales mise sur une dynamique incitative avec le label Villes et villages sobres en eau, créé en 2026. Entretien avec les deux coordinateurs du projet, Christine Espert-Portero, alors directrice de projet plan de résilience pour l'eau des Pyrénées-Orientales, et désormais sous-préfète au Vigan (Gard) et Edmond Jorda, […]

Pyrénées-Orientales : un label valorise et structure les efforts des communes sobres en eau

Contenu proposé par Aquagir

Piloté par la Banque des Territoires, le Programme Aquagir a pour mission centrale d'aider les collectivités territoriales à prendre conscience des enjeux de l'eau, à accélérer leur passage à l'action et à prendre en main le sujet de l'eau sur leur territoire. Il vise à stimuler l’émergence, à accompagner et à financer les projets des collectivités liés à la gestion durable de l’eau.

Confronté à une sécheresse chronique, le département des Pyrénées-Orientales mise sur une dynamique incitative avec le label Villes et villages sobres en eau, créé en 2026. Entretien avec les deux coordinateurs du projet, Christine Espert-Portero, alors directrice de projet plan de résilience pour l'eau des Pyrénées-Orientales, et désormais sous-préfète au Vigan (Gard) et Edmond Jorda, président de l'Association des Maires des Pyrénées-Orientales (AMF66) et maire de la commune Sainte Marie-la-Mer.

Comment le label Villes et villages en eau est-il apparu comme un outil pertinent face à la sécheresse chronique dans les Pyrénées-Orientales ?

Christine Espert-Portero : « La vie du département des Pyrénées-Orientales est bouleversée par le manque d'eau depuis (au moins) 2021 [1]. Les années 2022 et 2023 ont mis en exergue la nécessité d’embarquer les collectivités dans une démarche constructive en faveur d’une gestion sobre et durable de l’eau. Une première réponse, portée par l’AMF66 [2], fut l’instauration de chartes d’engagement municipal en 2023 pour inciter les 226 maires du département à accentuer les économies d'eau. En contrepartie de neuf engagements, la municipalité signataire accédait à des mesures dérogatoires en période de crise, pour l’arrosage par exemple des jardins potagers dont le rôle est très important dans les territoires ruraux. Mais après une réduction de 30 % de la consommation en eau potable des communes sur les deux premières années [4], un nouveau souffle s’imposait. »

Edmond Jorda : « Dans le contexte de sécheresse très marquée en 2022 et 2023, les différents acteurs de notre territoire ont été très responsables, avec une vraie compréhension réciproque des enjeux et problématiques des uns et des autres. Les chartes d’engagement, qui reposaient sur une acte volontaire des communes, ont été une belle démonstration de solidarité! Le retour de la pluie, tant attendue, comportait un risque, celui de mettre un coup d’arrêt à la gestion sobre et économique de l’eau. Or la résilience nécessite des mesures concrètes, durables et soutenables. »

Christine Espert-Portero : « La préfecture des Pyrénées-Orientales, avec le concours de l’AMF66, s’est réappropriée une initiative venue de la préfecture de la Drome [5] qui correspondait aux besoins de notre département qui fait face à une longue séquence de sécheresse où à une période très difficile succède une période difficile. Le label Villes et villages sobres en eau ancre les efforts des communes dans une dynamique positive et entraînante [6]. La préfecture et l’AMF66 ont donc uni leurs efforts pour installer dans le département ce label qui, au second semestre 2025, a intégré les objectifs du Comité interministériel pour la résilience nationale (CIRN) qui coordonne la stratégie nationale de résilience [7]. »

Comment fonctionne le label Villes et villages sobres en eau en Pyrénées-Orientales ? Tient-il compte du champ des possibles pour les petites communes ?

Christine Espert-Portero : « Pour être labellisée sobre en eau, une commune doit mesurer et intervenir sur les leviers à sa main pour gérer durablement cette ressource. Les 50 questions posées, réparties en cinq grands thèmes - les performances du réseau d’eau, les équipements municipaux, la gestion des espaces verts, la préservation de la ressource ainsi que les actions de sensibilisation et de formation- sont là pour s’en assurer, avec un système de pondération reflétant la capacité réelle à agir de la commune. Ainsi, la réutilisation des eaux traitées et usées est envisagée spécifiquement pour les petites communes rurales. La notation obtenue après étude du jury, composé des services de l’État, de l’Agence régionale de santé, de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, du département et des syndicats de bassin, débouche sur un score que l’on traduit par l’attribution de une, deux ou trois gouttes, selon l’avancement des actions, trois gouttes représentant le plus haut niveau. Chaque label obtenu a une durée de deux ans : les communes lauréates bénéficient d’un accès facilité à certaines subventions en soutien d’ investissements liés à leur gestion sobre en eau et d’une adaptation des restrictions en cas de crise sécheresse. »

L’appel à candidature pour la première édition du label Villes et villages sobres en eau en Pyrénées-Orientales ouvert en mai 2026 aura duré un mois. Avec quels résultats ?

Christine Espert-Portero : « Alors que nous en escomptions une cinquantaine, l’appel à candidature au label a comptabilisé 82 dossiers ouverts ! Certaines communes ont abandonné par manque de données et travaillent désormais à les recueillir et/ou à les traiter. D’autres ont réalisé la marche qu’il leur restait à monter. Au bout du compte, 44 communes ont été labellisées, dont neuf au niveau optimal (consulter la liste des 44 communes labellisées). Tout cela prouve que les communes des Pyrénées-Orientales se sont pleinement emparées du sujet gestion sobre de l’eau. Un tel engouement a aussi été rendu possible grâce à la fluidité de l’outil en ligne proposé par la société Verdéo pour porter le questionnaire. L’expérience utilisateur côté candidat était aisée tout comme l’exploitation des données coté jury. »

Edmond Jorda : « En effet, ce questionnaire a prouvé l’engagement du territoire pour une gestion sobre de l’eau ! Or, près de 40 communes n’ont pas finalisé leur dossier. Il nous appartient d’aller à leur rencontre pour cerner le pourquoi de cet abandon. Nous pourrons alors les accompagner et donc les aider à progresser. »

Quelles sont les prochaines étapes pour le label Villes et villages en eau ?

Christine Espert-Portero : « En 2027 s’ouvrira un nouvel appel à candidature, destiné à accueillir de nouveaux postulants et à réajuster le score des communes lauréates. D’ici là, grâce à un retour d’expérience consolidé sur l’édition 2026, nous menons une analyse pour en affiner les critères et la notation. Nous portons aussi beaucoup d’intérêt au champ des réponses libres, très éclairant sur les initiatives menées. Nous faisons remonter celles-ci à l’AMF66 pour nourrir son projet de mise à disposition des actions déployées en faveur d’une gestion sobre de l’eau à destination des communes intéressées.»

Edmond Jorda : « Le label Villages et villages sobres en eau constitue un référentiel des actions menées et propose une trajectoire. Il a une autre ambition : accompagner les communes dans l’ingénierie et susciter des financements. Nous travaillons donc avec la préfecture à l’organisation en fin d’année 2026 d’un forum des bonnes pratiques pour une gestion sobre de l’eau, qui s’appuiera sur toutes les actions recensées grâce au questionnaire du label. Nous nous attachons à répondre aux questions pratiques, telles que : où aller chercher tel conseil, quel accompagnement solliciter… Ce contenu sera aussi mis en ligne via une boite à outils en ligne. »

Christine Espert-Portero : « Ce label suppose la conjonction de deux paramètres : une sécheresse intense chronique et une capacité à absorber la coordination et l’ingénierie nécessaires. Il est le socle d’une mobilisation de fond comme le prouve le nombre de candidatures et l’effervescence autour de la remise des labels en juillet 2026 qui a attiré des acteurs de renom et donné lieu à de nombreux relais spontanés sur les réseaux sociaux. La remise du label a créé une opportunité pour les communes lauréates de partager leurs initiatives et leur joie. Cette dernière dimension me réjouit car elle valide notre volonté de valoriser les efforts accomplis ! Je souhaite que le label perdure en gardant cet esprit d’émulation entre collectivités et de partage entre acteurs, qui même s’ils ne sont pas experts de l’eau, s’emparent du sujet parce qu’ils sont les mieux placés pour parler aux usagers. Positiver l’effort me semble la condition nécessaire de la résilience. »

Sources :
[1] Article France info, 26 janv. 2024 (lien externe, nouvelle fenêtre)

[2] Made in Perpignan, Sécheresse : la préfecture propose aux maires une charte d’engagement (lien externe)

[4] Sur ce nouveau souffle nécessaire, lire ici (lien externe, nouvelle fenêtre)

[5] La préfecture de la Drome avait déjà lancé le label Villes et villages sobres en eau afin d'encourager et de récompenser les efforts de sobriété hydrique des municipalités (lien externe, nouvelle fenêtre), « avec une première promotion rendue publique début juillet 2025

[6] Ainsi le département était, au 1er mai 2025, le seul à connaître un niveau des nappes « très bas », avec une triple situation de sécheresse météorologique, agricole et hydrologique. (nouvelle fenêtre) Revenu à la normale au printemps 2026, ce niveau était à la baisse au 1er mai 2026 et l’été 2026 a à nouveau été marqué par la sécheresse et bien sur les incendies.

[7] Mieux comprendre cette stratégie nationale de résilience (lien externe, nouvelle fenêtre).

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