GOUVERNANCE, DIAGNOSTICS OU PROSPECTIVE

Améliorer la résilience du territoire de Golfe du Morbihan - Vannes agglomération (56) en restaurant les milieux aquatiques

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Cours d’eau, étangs, marais littoraux, zones humides… Le territoire de Golfe du Morbihan - Vannes agglomération (GMVA) au sud du Morbihan ne compte pas moins de 1 130 km linéaires de ces corridors écologiques dont l’utilité est fondamentale.

En effet, certaines retenues issues de ces cours d’eau constituent des zones de captage pour l’alimentation en eau potable. Les zones humides, elles, jouent un rôle d’épuration et de filtration naturelle des polluants afin d’assurer la qualité de l’eau du golfe du Morbihan, en aval, dont dépend une grande partie de l’activité économique : chantiers ostréicoles, conchyliculture, pêche à pied et en eau douce, tourisme.

Par ailleurs, ces mêmes zones humides, sont essentielles en période de fortes pluies. Ce sont elles qui retiennent l’eau lorsque les cours d'eau débordent, et qui vont ensuite la restituer progressivement pendant la période estivale, permettant ainsi de maintenir un débit minimum dans les cours d'eau. Elles jouent ainsi le rôle d'éponge naturelle, permettant de ralentir la circulation de l'eau et d'éviter les inondations des zones urbanisées en aval, dont la ville centre, Vannes.

Les cours d’eau sont des corridors écologiques et des réservoirs de biodiversité qu’il faut préserver, restaurer au besoin et entretenir.

Floriane De Luca

L'interview

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

La compétence GEMAPI s’est imposée dans les collectivités locales en 2018. Pour GMVA, qui venait de se créer par la fusion de trois communautés de communes, ce sujet était d’abord réglementaire puisque défini et encadré notamment par le Code de l’environnement. Mais très vite, nous avons compris les enjeux sociaux, économiques et écologiques qui relèvent de la gestion des milieux aquatiques. Si le Golfe du Morbihan, au sud de GMVA, est composé essentiellement d’eau de mer, il est également alimenté par les cours d’eau qui constituent autant de ramifications humides qui maillent l’ensemble du territoire. Terrain propice au développement des activités professionnelles - conchyliculture, ostréiculture, pêche, tourisme, nautisme et plaisance – le Golfe du Morbihan préserve son attrait grâce à la qualité de ses eaux.

Aussi l’enjeu de la qualité des milieux aquatiques est-il fondamental pour le pays de Vannes, dont la vulnérabilité peut impacter l’ensemble des citoyens.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

La compétence en matière de gestion des milieux aquatiques est arrivée autour des années 1994-1995 en Bretagne et tire son origine des premiers programmes « Bretagne Eau Pure », initiés en 1990 visant à lutter contre les pollutions, notamment les nitrates et les pesticides. Aussi, nous bénéficions des retours d’expériences des territoires voisins qui portaient ce type de sujet. La mise en réseau des techniciens à l’échelle bretonne, le plan de financement de l’Agence de l’Eau, le Département, la Région, ont constitué des outils d’inspiration et d’accompagnement de ce programme.

Pour certains des travaux entrepris, nous avons retrouvé les anciens tracés des cours d’eau sur d’anciennes vues aériennes.

Les lectures et la documentation sur le remembrement, le rôle du bocage sur les milieux aquatiques, ont également aidé à une bonne compréhension de notre projet.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Les compétences et les expertises techniques sont essentielles sur un sujet peu courant. Jusqu’alors, aucune action liée aux bassins versants n’avait été menée par GMVA, aussi nous partions de loin.

La gestion des milieux aquatiques nécessite d’être vulgarisée, afin de bien considérer les enjeux, souvent sous-estimés.

Par ailleurs, la restauration des cours d’eau implique l’accord des propriétaires terriens, souvent des privés, qui doivent accepter le passage des engins de travaux. Cela peut être contraignant, mais il reste important de convaincre un maximum de propriétaires afin de réussir à renaturer l’ensemble du maillage humide du territoire.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Les études ont été réalisées entre 2018 et 2020. Elles portaient sur l’état des lieux écologiques des cours d’eau dans le territoire de Golfe du Morbihan Vannes - agglomération. Les cours d’eau ont été étudiés de manière précise, par tronçons. L’évaluation de l’état d’altération des habitats des cours d’eau s’est fait autour des principaux compartiments : état des berges, état du lit mineur, continuité, ligne d’eau…

Ce sont ces études qui ont permis de mettre au jour des travaux de restauration de certains cours d’eau. Les premiers ont ainsi été programmés entre 2022 et 2027. Nous réaliserons un bilan en 2027 et reporterons les travaux qui n’ont pas pu être encore menés. Un second programme de restauration des cours d’eau devrait être envisagé pour la période 2028-2033. Il s’agit de récupérer le mal fait il y a 70 ans liés aux travaux connexes au remembrement du bocage et des campagnes, auquel s’est ajouté la problématique de la densification urbaine.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Grâce à l’accord de territoire, l’Agence de l’Eau a accompagné notre projet à hauteur de 50 % du financement. Le Département et la Région ont abondé à près de 30 % du financement total. Restent 20 % à la charge de la collectivité, qui lève la taxe GEMAPI.

Le projet a nécessité 12,5 M€ pour l’ensemble de l’accord de territoire (travaux en milieux aquatiques, qualité de l’eau et actions agricoles), dont 9 M€ pour les travaux d’études sur les postes, et travaux indicateurs. Ce montant a été porté par GMVA sur la période 2022-2027.

5,6 M€, dont 2,9 M€ ont été réalisés pour les milieux aquatiques entre 2022 et 2024.

GMVA a fait montre d’une politique très ambitieuse de préservation des milieux aquatiques.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Chacun des financeurs de ce projet est également partenaire technique. Ils font partie des instances de concertation, aux côtés des services de l’État, de la DDTM, de l’Office Français de la Biodiversité, de la Fédération locale de la pêche, du Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan et des associations agréées pour la pêche et la protection des milieux aquatiques.

Des comités de suivis et des ateliers de concertation ont été organisés dès la première étude.

Élus et techniciens ont également fait partie des comités de pilotage.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le conseil le plus important pour un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet de restauration des cours d’eau serait de mettre un point d’honneur à vulgariser et à être pédagogue. En effet, les travaux dans les milieux aquatiques se font avec les propriétaires des parcelles et les exploitants. Il faut alors les convaincre de revenir à cette situation d’avant-guerre, bénéfique pour l’environnement, la biodiversité et les territoires. Pour s’investir dans une telle démarche, les élus doivent expliquer et rendre compréhensibles les enjeux. L’intérêt collectif doit primer sur l’intérêt individuel.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2018

    Prise de compétence de la GEMAPI par GMVA, première étude générale sur l’état des lieux des cours d’eau

  2. 2019

    2è étude plus ciblée sur certains bassins versants les plus prioritaires (Vincin, Marle, Bilair)

  3. 2020

    3è étude sur les bassins versants du Loc’h et du Sal

  4. 2022-2027

    Premier programme de restauration des cours d’eau

Chiffres clés

  • 110

    km de cours d’eau

  • 126

    km2 de zones humides

  • 4

    captages d’eau superficielle

À retenir

  • Pour un premier programme, l’ambition politique et financière a été importante, mettant des moyens humains significatifs pour mener à bien ce projet. De 0,5 ETP en 2017, l’équipe est montée en effectif rapidement, à 1,5 ETP en 2019 et 5 ETP en 2022

  • L’acceptation des travaux, notamment sur le territoire du Plessis qui est assez agricole et qui n’avait connu aucun programme de travaux en milieux aquatiques jusqu’à présent. Nous pensions avoir des refus, mais globalement nous parvenons à davantage de renaturation

  • Une menace : l’urbanisation est un frein physique à la restauration des cours d’eau. Elle continue de progresser et s’installe parfois là où elle ne devrait pas. Il faudrait alors pouvoir agir sur le PLU. En étant trop proche de certains cours d’eau, des zones urbanisées sont davantage susceptibles d’être inondées

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Loire-Bretagne

  • Département du Morbihan

  • Région Bretagne

  • Office Français de la Biodiversité

  • Fédération locale de la pêche

  • Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan

VOUS ÊTES PASSÉS À L'ACTION SUR LA GESTION DES EAUX ?

Partager mon expérience