Aquassay accompagne Limoges Métropole dans une transformation durable et systémique de la gestion de l’eau (87)
La société Aquassay, spécialisée dans l’efficacité hydrique et la transition hydrique, a accompagné Limoges Métropole dans l’élaboration de son programme « Territoire en transition hydrique ».
Cette démarche stratégique vise à repenser la gestion de l’eau à l’échelle territoriale. À travers un diagnostic global, une gouvernance transversale et l’activation d’outils techniques, scientifiques et économiques, le programme agit sur la sobriété des usages, la préservation des milieux et l’adaptation au changement climatique.
L’accompagnement d’Aquassay a consisté en la réalisation d’un diagnostic de préfiguration du programme "territoire en transition hydrique". Cette étude a abouti à un plan d’actions mis en œuvre par Limoges Métropole sur un ensemble d’actions permettant de structurer l’action publique en matière de transition hydrique, d’impliquer les acteurs économiques, de soutenir l’innovation et de diffuser une culture partagée de l’eau, dans une perspective de long terme.
En réponse à un appel à projets lancé par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et dans le cadre de Limoges Métropole – Territoire en transition hydrique – la Communauté urbaine a mis en place une campagne de lutte contre les macrodéchets polluant les milieux naturels. Depuis juin 2024, elle a installé des filets anti-déchets dans la Vienne. - Crédit photo : Limoges Métropole
Lorsqu’un territoire s’engage réellement dans une transition hydrique, il faut raisonner sur le long terme. Pour une transformation complète il faut compter 10-20 ans
L'interview
Pouvez-vous nous décrire le programme « territoire en transition hydrique » engagé par Limoges Métropole ?
Le programme « Territoire en transition hydrique », porté par Limoges Métropole, est une démarche stratégique et politique visant à repenser en profondeur la gestion de l’eau à l’échelle du territoire. Il repose sur une approche globale et systémique, intégrant d’une part des actions d’efficacité hydrique déployées auprès de tous les usagers (collectivités, services publics, entreprises, habitants, etc.) ainsi que des actions de protection des ressources et des milieux naturels et d’autre part des actions de soutien aux acteurs de la filière eau (enseignement, formation, recherche, innovation, conseils, fabricants, etc.).
Cette démarche s’appuie sur un principe fondamental : les activités humaines dépendent directement des milieux naturels pour leurs ressources en eau et y rejettent leurs eaux usées. Il est donc essentiel d’analyser le territoire dans son ensemble, en tenant compte des usages, des flux, de la disponibilité de la ressource et des impacts sur les milieux, afin de construire une gestion cohérente et durable, c’est-à-dire prenant en compte les conséquences locales du dérèglement climatique à court, moyen et long terme.
L’objectif principal du programme est de réduire l’empreinte hydrique du territoire, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Cela passe par la sobriété des usages, leur adaptation à la ressource disponible et la préservation des milieux aquatiques. Pour y parvenir, Limoges Métropole a défini six objectifs spécifiques, parmi lesquels le développement de la filière eau, le soutien à l’innovation, l’optimisation des services, la protection des ressources naturelles et l’accompagnement des acteurs dans leur transition hydrique.
Le programme accorde également une importance particulière à la sensibilisation, à la formation et à la communication, afin de diffuser une culture partagée de l’eau.
Comment la collectivité de Limoges Métropole s’est adressée à vous ?
En 2020, Limoges Métropole a souhaité renforcer le système Eau local en mobilisant les acteurs du territoire au service d’une stratégie de la « transition hydrique », allant de la recherche à l’application de solutions, en mobilisant les savoirs-faire au service des problématiques locales. Suite à une consultation, Aquassay a été retenue grâce à son approche systémique (« l’eau entendue comme un tout ») focalisée sur les usages, c’est ainsi que le premier programme “territoire en transition hydrique” a été créé. Il repose sur un écosystème public et privé sur l'eau qui est très important et historique. Par exemple, l'Office international de l’eau et l'école d'ingénieurs ENSIL-ENSCI, spécialisée en génie de l’eau, sont basés à Limoges. La filière française de l’eau y est née il y a cinquante ans. On a un tissu d'acteurs académiques, mais aussi d'entreprises, très dense. Nous avons donc proposé à Limoges Métropole de devenir un territoire d'expérimentation, un territoire pilote en adoptant le programme ‘‘Territoire en transition hydrique’’ pour leur permettre d’optimiser leurs installations et leurs services (eau potable et assainissement) et d’accompagner les usagers et les acteurs de leur territoire.
Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet ? Quelle est la proposition de valeur de votre solution pour une collectivité ?
On a créé Aquassay en 2015. Notre premier métier, c’est celui d’ingénieur. On réalise des interventions sur site : diagnostiquer la gestion de l’eau d’un site (industrie, hôpital, etc.), installer des capteurs là où il n'y en a pas, faire des inspections, réaliser des audits techniques … Ce premier métier de diagnostic est basé sur la collecte et l’interprétation d’un ensemble de données et d'informations, ce qui nous a amenés à développer notre propre solution d'analyse de données métiers liées à l'eau. Et il se trouve que certains de nos clients ont voulu utiliser l'outil que nous avions initialement développé pour nous, pour en bénéficier de manière permanente et pas seulement lors de nos interventions. Aquassay commercialise donc aussi cette solution sous la forme de services, c’est-à-dire que nos clients s'abonnent à une application qui est en mode SaaS, qui permet d'aller collecter, gérer, exploiter et analyser en temps réel et dans les historiques longs, toutes les données et informations liées à l'eau sur des périmètres complexes. Concrètement, on digitalise des installations pour la gestion de l’eau. C’est notre deuxième métier. Et le troisième métier, c'est de l'accompagnement stratégique, qui complète les deux premiers. On accompagne les groupes industriels et les collectivités à travers des programmes de ‘‘Territoire en transition hydrique’’, de déploiement multisites ou de schémas directeurs. C'est un chapeau général, stratégique, politique, au sens premier du terme, dans lequel sont intégrés un ensemble d'actions, dont des actions d'efficacité hydrique sur des périmètres techniques.
Comment expliquez-vous votre solution et la valeur qu’elle apporte à un profane de Limoges ?
Je suis docteur en chimie spécialisé dans les problématiques environnementales. J'ai fait ma carrière dans des entreprises innovantes. Mon associé, Stéphane Gilbert (sans lien de parenté), est ingénieur et vient du monde de l'industrie. C’est cela qui a été très intéressant dans notre association : combiner deux manières de voir le sujet « eau », d'un aspect très conceptuel et prospectif, et la partie très terrain, le génie des procédés.
Il y a une douzaine d’années, en discutant ensemble, nous avons conclu qu'il allait y avoir une transition hydrique comme il y a une transition énergétique. Cette prédiction se confirme aujourd'hui avec les restrictions d'accès à l'eau, l'augmentation des coûts et le changement climatique qui induit des aléas extrêmes difficiles à gérer. Notre approche est basée sur l'efficacité hydrique. Jusqu'à présent, la gestion de l'eau consistait principalement à ajouter des traitements en amont et en aval sans se soucier de la performance et de la pertinence des usages. Cette approche mène à une explosion du coût global de l'eau et constitue une impasse technique, environnementale et économique. Notre stratégie consiste à interroger les demandes plutôt que d'y répondre automatiquement, en se demandant « qui fait quoi avec l’eau ?» dans un périmètre technique puis d’agir pour réduire les prélèvements, les pollutions émises, réduire les coûts et les risques, améliorer la productivité des usages de l’eau, etc.
Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Le premier prérequis, avant même les compétences techniques ou les moyens financiers, c’est une véritable prise de conscience. Tant que l’on considère l’eau uniquement comme un sujet technique — eau potable, assainissement, réseaux — on passe à côté de l’essentiel. L’eau est un enjeu systémique qui concerne l’ensemble d’un territoire : le milieu naturel, le développement économique, le tourisme, l’urbanisme, l’attractivité et même l’image d’une région.
Une collectivité peut sécuriser son eau potable, mais si les milieux sont dégradés et que le territoire s’assèche, le système ne fonctionne plus. Il en va de même pour les entreprises. Beaucoup perçoivent encore l’eau comme un simple poste de dépense marginal dans leur bilan. Or, en situation de stress hydrique ou de sécheresse, ce n’est plus une ligne comptable : c’est l’arrêt de l’activité qui est en jeu.
Le prérequis fondamental est donc de comprendre la nature nouvelle des enjeux liés à l’eau et leurs conséquences concrètes. À partir de là, on peut définir une stratégie adaptée : qui utilise l’eau, pour quels usages, avec quels impacts, et surtout comment agir pour maîtriser puis améliorer la situation. Cela suppose de raisonner à la fois à l’échelle des installations techniques et dans leur contexte territorial global. Sans cette vision d’ensemble, aucune transition hydrique n’est réellement possible.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?
Je préconise de commencer par un diagnostic sérieux de son contexte hydrique local.
Avant d’agir, il faut comprendre. Cela signifie analyser le territoire de manière globale : qui utilise l’eau, pour quels usages, à quels moments de l’année, en quelles quantités et avec quels rejets, tant sur le plan qualitatif que sur le plan quantitatif.
Il existe des démarches très approfondies, comme les études HMUC (Hydrologie, Milieu, Usage, Climat) portées par les agences de l’eau. Ce sont des travaux extrêmement complets et précieux, mais longs à conduire et pas toujours immédiatement opérationnels. L’approche que je préconise est une sorte de HMUC à vue panoramique, plus synthétique, qui permet d’avoir rapidement une vision d’ensemble du système hydrique d’un territoire.
C’est un peu comme en médecine : on ne peut pas soigner sans diagnostic. Aujourd’hui, le grand manque de nombreux territoires, c’est de ne pas savoir précisément qui fait quoi avec l’eau. Sans cette base, il est impossible d’identifier les risques, les marges de progrès et les priorités d’action.
Une fois ce diagnostic posé, la collectivité peut alors définir une stratégie cohérente, identifier les acteurs à embarquer — collectivités, entreprises, gestionnaires, usagers — et construire des actions adaptées, à la fois techniques et organisationnelles, en tenant compte des évolutions climatiques et territoriales à venir.
Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?
Oui, il y a déjà des résultats très concrets. Limoges Métropole a créé une équipe transversale dédiée à la transition hydrique, avec deux postes spécifiquement affectés au pilotage du programme, l’un du côté « grand cycle de l’eau », l’autre en lien avec le développement économique. Cela permet enfin de coordonner les actions techniques, économiques, scientifiques et partenariales.
Sur le terrain, plusieurs actions sont déjà opérationnelles. La collectivité a lancé des dispositifs de gestion intégrée des eaux pluviales dans plusieurs communes, avec de la désimperméabilisation, de l’infiltration à la parcelle et une meilleure adaptation aux épisodes de sécheresse et de fortes pluies. Des solutions expérimentales de récupération des macrodéchets plastiques ont également été mises en place en sortie de réseaux pluviaux.
Côté acteurs économiques, le dispositif Optim’eau accompagne concrètement les entreprises via des pré-diagnostics, des conseils externes et des aides à l’investissement pour réduire leurs consommations ou intégrer la récupération des eaux pluviales.
Enfin, Limoges Métropole a fortement investi dans la recherche et la sensibilisation, avec la création de la chaire d’excellence ADAPTHY à l’Université de Limoges, le soutien au Centre technique de l’eau, et des actions de médiation auprès du grand public comme le Grand Lab’eau, un laboratoire géant dédié à l’eau qui a rassemblé sur deux éditions (2024 et 2025), 8 000 visiteurs sensibilisés. Tout cela contribue à ancrer durablement la transition hydrique dans le territoire.
Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?
Actuellement, nous accompagnons l’hôpital et prochainement le centre aquatique de Limoges. L’idée est de multiplier le nombre de projets sur le territoire pour disposer de sites pilotes et de sites vitrines, afin d’inspirer les autres acteurs. Nous accompagnons également d’autres collectivités, comme la Communauté d’agglomération Val-d’Yerres-Val de Seine et Cap Atlantique – La Baule-Guérande Agglo.
D’après votre expérience, quelle est la durée moyenne de ce type de projet ?
Pour les collectivités, ce type de projet s’inscrit au minimum sur une mandature politique. Pourquoi ? Parce que créer une véritable dynamique de transition à l’échelle d’un territoire prend du temps. On ne transforme pas un système aussi complexe que celui de l’eau en quelques mois.
Il faut d’abord consolider le diagnostic. Même lorsqu’un territoire dispose déjà de données, il existe presque toujours des angles morts : des usages mal connus, des flux insuffisamment caractérisés, des interactions entre milieux, activités et climat encore peu analysées. Un diagnostic sérieux ne se fait pas en quelques semaines ; il faut compter au minimum six mois, souvent davantage, pour disposer d’une vision suffisamment fiable pour agir. La première année sert essentiellement à comprendre la situation.
En parallèle, certaines actions peuvent être engagées rapidement : réduction des fuites, premiers accompagnements d’acteurs économiques, sensibilisation du public, expérimentations techniques. Mais ces actions ne prennent tout leur sens que si elles s’inscrivent dans une stratégie globale et cohérente.
Lorsqu’un territoire s’engage réellement dans une transition hydrique, il faut raisonner sur le long terme. Pour une transformation complète, il faut compter entre 10 et 20 ans pour adapter durablement les usages, les infrastructures, les pratiques économiques et l’aménagement du territoire aux contraintes climatiques et à la disponibilité réelle de la ressource.